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L’art fait violence au cloisonnement identitaire

24 octobre 2004, 20:00

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Il est une fois, une musique et une rythmique qui nous viennent d’ailleurs. Thierry “Titi” Robin à l’oud, bouzouki et à la guitare et Gulabi Sapera, chant et danse, accompagnés de Francis Varis à l’accordéon, de Pascal “Kalou” Stalin à la basse et de Zé Luis Do Nascimento à la percussion, nous ont entrouverts une fenêtre sur cet ailleurs, le 19 octobre dernier, au théâtre de Port-Louis.

Cette musique-là, c’est l’inconscient de l’âme. Ce qui ne peut être défini. L’innommable. Ce sont des notes, des refrains, des ondulations musicales qui ramènent à la surface des soupirs nostalgiques. Une nostalgie qui est autant de sensations subies comme des tiraillements. Ce mariage de musiques, de l’Est à l’Ouest, raconte le même métissage qui est demeuré une vaine ambition identitaire.

Mariage, contact ou fusion. Qu’importe la définition terminologique, on est dans le registre des rencontres. Belles et fascinantes. Entre Thierry “Titi” Robin et ses musiciens et l’envoûtante Gulabi Sapera, cette danseuse gitane venue du Rajasthan.

Insouciance

Mosaïque culturelle. Fusion des sentiments. C’est un spectacle particulièrement suggestif et illustratif de tableaux pluriels. Avec une Gulabi Sapera souple, gestes amples, yeux rieurs ou malicieux, aussi bien à la danse qu’au chant, c’est tout un art qui s’empare des sens pour créer de la vie. C’est ce que nous dit la chanteuse-danseuse. Le langage et le geste de l’art transcendent les frontières. On est ici dans un mouvement poético-philosophique où sourde la joie d’être dans la musique. D’être de la musique.

Ce sont de tels moments qui deviennent perfection. Comme ceux où derrière sa guitare, Thierry “Titi” Robin entre dans un dialogue fait de douleurs avec Gulabi Sapera. Ce ne sont plus des artistes mais des artisans qui bricolent l’art. Ce faisant, ils créent un spectacle qui met en scène une aventure du rythme qui est synonyme de vagabondage dans l’univers de l’indicible.

Ce style vivant et sensuel se décline en autant de sonorités venues de l’Orient, de l’Occident et des murmures arabesques. Nous sommes là dans ce qui pourrait être pour nous, adeptes des composite cultural shows, l’interdit des musiques du monde. Ces musiques qui sont la négation des projets culturels qui nous enferment dans des ghettos. Ces musiques qui sont autant de déclinaisons d’une identité qui est un processus de co construction identitaire.

C’est ce dialogue que nous livrent Thierry “Titi” Robin et Gulabi Sapera. Un dialogue avec des temps morts. Un dialogue avec des pointes paroxysmiques. Parfois même, une absence de dialogue. C’est dans ces moments où les spectateurs viennent à goûter le plaisir d’une paralysie, d’une attente avant que les artistes ne livrent leur secret dans une note de musique ou dans un pas de danse.

Ici, à Maurice, on ne connaît pas ces sonorités. Ni ces déhanchements qui disent l’insouciance de l’art. Voire sa légèreté. L’art n’est pas chez Thierry “Titi” Robin et Gulabi Sapera un discours, une revendication. Au contraire, c’est le discours qui revendique l’art. Perversion idéologique de cet art qui rime souvent avec engagement ou sinon prétention.

Avec Thierry “Titi” Robin, le voyage est autant culturel, artistique qu’identitaire. C’est une même soif d’absolu. Un refus même des lieux communs. Une même passion de pureté. Et surtout une revendication : celle de n’être que de l’art. Car, enfin, l’art se nourrit profondément de l’implicite. Ce que nous donnent à voir et à entendre Thierry “Titi” Robin et Gulabi Sapera, c’est cette expression vivante d’une culture qui est spectacularisation d’un vivre qui ne sera jamais prisonnier des poncifs qui font si bien notre mal-être identitaire.

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