Publicité

l?épine Hurnam

16 août 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Devendranath Hurnam, plus connu sous le nom de Dev Hurnam, député du MMM condamné à six mois de prison, est une épine dans le pied du gouvernement, une épine que le gouvernement ne peut se permettre d?enlever? Ce postulat devient incontestable, à entendre les opinions exprimées, avec gêne, « off record », par des membres du gouvernement.

« Nous n?avons pas d?autre choix que de le soutenir », explique un ministre MMM manifestement embarrassé. Il nous a référé à une déclaration qui sera faite ultérieurement « afin de préciser la ligne de pensée commune du MSM-MMM ». Lui, il préfère ne pas prendre de risques.

La gêne est présente à plusieurs niveaux : d?abord au sein du MMM, puis par rapport au partenaire MSM, et enfin face à l?opposition qui, depuis mardi, ne lâche plus l?os Hurnam. « Il aurait dû partir de son propre chef pour l?honneur du parti. En restant sur sa position, il incommode tout le monde », avance un parlementaire mauve.

Ce n?est pas la première fois que Hurnam embarrasse son parti, condamné à le tolérer. Au sein des mauves, on raconte cet incident qui a eu lieu au comité central en juillet 2001, quand il avait été suspendu du barreau pour indiscipline. Un ancien maire avait interpellé le leader sèchement : « Ki fer nou pas fou Hurnam déhors. Li pé trop fané. » Paul Bérenger avait répondu : « Zot croire ki nou capave permettre nou ene partielle dans n° 5. » Deux ans ont passé et Dev Hurnam fait de nouveau parler de lui. Et le MMM a toujours les mains liées.

« Mo pou alle tou seul »

Dev Hurnam le sait : il ne risque aucune sanction de son parti. Si tel devait être le cas, il a déjà son plan : démissionner, quitte à reposer sa candidature en indépendant. « Si parti pas d?accord, mo pou alle tou seul. C?est ene décision qui mo assumé tout seul », martèle-t-il à la presse depuis sa condamnation.

« Pour pareille déclaration, un autre aurait déjà été suspendu », observe un membre du comité central du MMM. Mais Dev Hurnam a déjà pris ses précautions et se la joue populiste, à l?image de son ancien leader, Sir Gaëtan Duval. C?est en tête d?une délégation de ses partisans qu?il est venu devant les grilles de l?hôtel du gouvernement, le lendemain de sa condamnation. Un message clair, d?autant que parmi ses supporters, il y avait des membres de Voice of Hindu, ceux-là même que Paul Bérenger vient de rencontrer longuement afin de les rassurer qu?il n?y avait pas de « Hindu Bashing », à quelques mois de son accession comme Premier ministre.

« Nous sommes là pour défendre les intérêts des hindous : ministres, députés, commerçants et autres. Nous avons rencontré Bérenger à cet effet. D?ailleurs, nous estimons qu?on n?aurait pas dû demander au ministre Choonee de step down », déclare Navin Unoop, l?un des dirigeants de Voice of Hindu.

Hurnam contre Choonee

Mukesshwur Choonee. Une autre gêne du gouvernement, une gêne exacerbée aujourd?hui avec l?affaire Hurnam. « Sur le plan de l?honneur, le MSM est nettement mieux que le MMM. Il y a une charge provisoire contre Choonee et il a démissionné comme ministre. Hurnam, lui, a été condamné par un Full Bench et il est toujours en place », fait ressortir Madun Dulloo, ancien membre du MMM, puis du MSM, passé depuis dans l?opposition (voir son interview en page 7).

Reclus dans sa maison à Moka, l?ancien ministre MSM évite tout commentaire et attend patiemment que la cour statue s?il y a lieu de rayer la charge provisoire qui pèse sur lui. Il sera fixé jeudi. Si la charge est rayée, reprendra-t-il son fauteuil ministériel ? « Ses chances ont augmenté depuis l?affaire Hurnam. Il s?agit de ne pas créer de friction au sein de l?alliance à l?approche de l?échéance capitale », reconnaît un membre du MSM.

Un ministre, décrit comme l?une des têtes pensantes du MSM, nous a, lui, promis une déclaration qui résumerait la position du parti « après discussion avec le leader ». La déclaration promise se fait toujours attendre...

Si la partition officielle exprimée jusqu?ici par Ivan Collendavelloo, le secrétaire général du MMM, fait état de « solidarité » et souligne le fait qu?il y a « appel du jugement », force est de constater que les discours officieux sont ponctués de notes de désaccord. Vendredi soir, aucun MSM n?a osé un commentaire « on record ». C?est Hurnam lui-même qui a dit à la presse qu?il « a obtenu le soutien de Pravind Jugnauth, le leader du MSM ».

Une étrange invitation

Interrogé, Maurice Allet, député du PMSD, autre partenaire de l?alliance au pouvoir, souligne l?évidence : « Hurnam n?est pas dans l?illégalité. » Il ajoute que « c?est au parti auquel il appartient de prendre une décision? » Il n?en dira pas plus. Comme bien d?autres d?ailleurs.

L?opposition, elle, jubile. Sa stratégie offensive est axée, entre autres, sur la tentative d?utiliser le cas Hurnam pour créer une dissension au sein du gouvernement. La déclaration de Dulloo sur l?honneur du MSM par rapport à celui du MMM s?inscrit dans cette ligne.

À Triolet, circonscription de Dev Hurnam, l?Alliance sociale a fait vendredi feu de tout bois. Tour à tour, Harish Boodhoo, Rama Valayden, Navin Ramgoolam ont affirmé que « c?est Bérenger qui soutient Hurnam et que Jugnauth n?a plus de pouvoir et est condamné à tout accepter ».

À un certain moment, les orateurs de l?opposition en accentuant leurs tirs sur Bérenger, ont même lancé une étrange invitation à Dev Hurnam : « To déjà dans fond. To pas pou capave coule davantage. Pas écoute Bérenger, démissionné toi, pou to propre l?honneur. Anous laguerre ensam contre Paul, l?ennemi commun? » Plus d?une fois, il a été affirmé que le MSM « disparaîtra » quand Jugnauth sera au Réduit, que le pouvoir « hindou » glisse? et qu?une « partielle » au 7 comme au 5 enverra un signal clair à qui de droit.

Sur le long chemin qui mène au poste suprême, Bérenger rencontre des embûches. Sur le plan politique, bien plus que les amendements constitutionnels, que la grille de la MBC, l?épine Hurnam est sans doute la plus douloureuse?

Publicité