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L?Église réclame un « dialogue de vérité »

14 février 2004, 20:00

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«Je suis tout à fait disposé à reprendre le dialogue, mais il faut que ce dialogue repose sur la vérité des faits reconnus par tous. » C?est ce qu?écrit l?évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, dans un message qui sera lu aujourd?hui dans les paroisses de l?île.

Ce message constitue la toute première réaction officielle de l?évêché de Port-Louis à l?invitation du Premier ministre, Paul Bérenger, aux autorités catholiques, le 4 février. Ce dernier les avait invitées à reprendre le dialogue après le jugement du Privy Council, qui rejetait l?appel des autorités catholiques contre le verdict de la Cour suprême décrétant anticonstitutionnelle l?utilisation du critère religieux dans l?admission dans les collèges catholiques.

Le 1er février, à l?issue d?une cérémonie commémorant le 169e anniversaire de l?Abolition de l?esclavage à Maurice, à l?église St-Esprit, à Bel-Air-Rivière-Sèche, Mgr Piat avait dénoncé, en des termes qui avaient « choqué » les représentants du gouvernement présents ce jour-là, « la trahison » de celui-ci envers l?Église.

Une éducation de qualité

Pour sa part, le ministre de l?Éducation, Steven Obeegadoo, se réjouit de cette prise de position. Il a rappelé que les deux parties avaient convenu d?attendre le jugement écrit du Privy Council avant de se rencontrer. « Le Premier ministre a souhaité une rencontre avec les représentants des autorités catholiques dès son retour de France. »

Après une analyse des circonstances ayant conduit à sa sortie contre le gouvernement, Mgr Piat évoque dans son message une éventuelle reprise du dialogue dans le cadre d?un « dialogue de vérité ».

Parlant de l?avenir des collèges catholiques, l?évêque laisse entendre qu?un nombre de plus en plus grand de catholiques pense que l?Église devrait consacrer davantage ces collèges aux pauvres. Il les invite à considérer cette question globalement.

« C?est l?État qui est responsable de l?éducation nationale et c?est à l?État que revient la responsabilité de donner une éducation de qualité à tous et d?abord aux pauvres. » Steven Obeegadoo n?en disconvient pas. « C?est là que se justifie la réforme dans l?éducation avec des projets visant à intégrer les plus défavorisés dans le système de l?éducation nationale. »

L?évêque observe cependant que les collèges catholiques ne contrôlent que 4,5 % des places disponibles au secondaire. « L?Église veut bien participer à l?effort national qu?il y a à faire et militer pour qu?une éducation de qualité soit donnée aux pauvres. Mais cette participation sera toujours très modeste par rapport à l?ampleur du problème. »

Quand on compte ceux qui échouent au Certificate of Primary Education (CPE) et ceux qui abandonnent leurs études en cours de route, 50 % des enfants sont éjectés chaque année du système, rappelle Mgr Piat. Pour lui, l?échec scolaire est le problème n° 1 de l?éducation.

« La réalité des pauvres »

Dans ce contexte, il estime que le problème n?est pas tant d?équiper les écoles que celui d?élaborer une pédagogie adaptée pour les pauvres.

« Donner une éducation de qualité aux plus pauvres est tout à fait possible, mais il faut se donner les moyens : or le moyen principal, c?est d?investir sérieusement dans la formation intense des enseignants pour les motiver et les équiper pour ce type d?éducation. » Pour Mgr Piat, cette formation est nécessaire si l?on veut offrir aux plus pauvres une éducation qui soit respectueuse de leur culture, de leur langue, de leur dignité.

« Je suis heureux de cette convergence de vue sur la priorité à donner à l?échec scolaire », se réjouit Steven Obeegadoo.

« Nous demandons qu?on nous donne les moyens d?adapter nos écoles à la réalité des pauvres. Ce n?est pas une question de quota », explique le vicaire général, Jean-Maurice Labour.

Cette position constitue une réponse au gouvernement qui avait proposé l?adoption d?un critère social à la place du critère religieux. Les autorités catholiques posent trois conditions : l?abolition des leçons particulières dans ses écoles, le souhait que ses élèves consacrent deux à trois heures par semaine au service des plus pauvres et enfin, la possibilité de mettre dans la même classe des élèves de niveaux différents.

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