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L?écrit créole, une vue panoramique

7 mai 2007, 00:00

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Travaux de titan. Partition jouée à quatre mains. Pour répertorier la production créolophone des origines à l?Indépendance. Et faire tenir tout cela dans un volume. Le premier de ce panorama de la littérature mauricienne. Avec des textes réunis et présentés par Robert Furlong et Vicram Ramharai.

Un ouvrage de référence. Il nous en faut d?urgence. Surtout par ces temps où les documents originaux se détériorent à vitesse grand V. ?Nous avons pris soin de reproduire les documents en créole, en français et en anglais avec la plus grande fidélité allant jusqu?à respecter ce qui pourrait être considéré comme des fautes ou des coquilles non corrigées afin de rester totalement fidèles au texte d?origine.?

C?est dit d?emblée. Le parti-pris de la fidélité. A un esprit. Celui des pionniers de l?écrit en créole. Une chasse aux premières. Pour avoir pris l?habitude de nous méfier des ?premières fois?, toujours difficiles à prouver dans l?absolu, l?ouvrage de référence de Robert Furlong et Vicram Ramharai en ce sens nous rassure, nous étonne. Nous donnent des balises indispensables. Celles d?un travail de recherche mené sur un an. Minutieux, méticuleux. Pour être vraiment sûr de qui est réellement le premier à avoir tracé un point de destinée.

Á ce jeu de découverte, nous avons fait connaissance avec Pierre Lolliot et ses Poésies créoles publiées en 1855. Premier en ce sens que son recueil ne contient ?que des textes en créole si on le compare aux recueils de François Chrestien?, nettement plus familier pour ses Essais d?un bobre africain.

Distinguo. Pour les auteurs du panorama, Chrestien (Commissaire civil d?un quartier puis interprète pour le patois créole près du Tribunal ( ?) mort le 5 mai 1846) est bien : ?le premier écrivain mauricien en créole.?

Au fil des cinq cent pages de ce premier volume, nous allons de découverte en apprentissage. Pour tenter de regarder en un seul coup cet ensemble riche, volumineux mais disparate aussi.

Bien sûr il y a la question : pourquoi commencer par le créole pour un panorama de la littérature mauricienne ? Langue honnie, langue reniée, mal vue. Langue du combat. Langue combattue. Les auteurs y ont pensé. Ils répondent. Se justifient peut-être même. Trop ? En appellent au ?fait identitaire? avant de citer ?l?abondance de sa production?, ainsi que sa ?richesse thématique encore méconnue?. D?où cet autre parti pris : révéler en juxtaposant sans commentaires des textes d?âges différents.

Sobriété éclairante pour mieux déguster ces textes fondateurs qu?il soit premier (encore ce mot) catéchisme en créole au nom d?un certain Laray, Capitaine (1828), paru avant les versions du Père Roger Dussercle en 1936 et 1949. Les auteurs du panorama expliquent : ?l?existence de ce catéchisme de 1828, d?une part postule l?existence d?un lectorat pouvant en tirer profit et, d?autre part, met l?accent sur un besoin d?utiliser le créole comme moyen d?expression et d?apprentissage du sacré. Cela ne va pas sans soulever plusieurs interrogations quand aux véritables destinataires de ce texte. Il est a priori destiné aux créolophones, certes ! Mais qui et où sont-ils ? Chez les esclaves ? Chez les libres ? Chez les blancs ??

Salutaires interrogations. Qui pimentent les textes du Cernéen et de Le Mauricien du 18e siècle, avant d?aller à la rencontre de Charles Baissac, qui est celui (pour les auteurs du panorama) qui entrepris la ?première recherche formelle sur le créole?, notamment avec étude sur le patois créole ( 1880).

Au fil des pages, Léoville L?Homme et Savinien Mérédac se donnent la main. Bien qu?entre temps, les polémiques ont fleuri. ?Jusqu?aux années 1920, la question du créole ne suscite guère de querelles ou de polémiques?, notent les auteurs. ?L?attitude générale est plutôt caractérisée par une grande tolérance pour cet idiome folklorique et pittoresque et personne n?utilise à son endroit le mot ?langue?.?

Tout cela s?emballe juste après. En 1922 , à une séance du conseil municipal de Port-Louis, survient un incident. Le Dr Edgar Laurent proteste contre l?utilisation du créole par Mamode Ellam, conseiller municipal.

C?est de ce contexte-là, qu?à ?l?ombre de la langue française, une littérature a pris corps?, comme le note Fred Constant, conseiller de coopération et d?action culturelle à l?ambassade de France, dans son message. Cinq cents pages pour combler ?les blancs de la mémoire?. En attendant le prochain volume de la collection des Textes inconnus et méconnus d?auteurs mauriciens (Timam).

?ZENES FILLES A PRESENT?, PIERRE LOLLIOT

Zènes fill? à présent

Comment zot fin? vin? bêtes !

Zot tous prend l?air méçant

Et na plis vié coquettes.

Quand zot bisoin sourti

Faut qui zot gagn? zot voile ;

Zot croir? pour convert

Faut mett? morceau la toile.

Zot na plis all?bazar

Pour fair? voir? qui zot belles,

Et zour qui par hasard

Zot lévé zot prinelles,

Zot croir? zot fair pécé,

Et zot gagné sottise

Bien vite dépécé

All? confessé l?Eglise.

Zamais mo va pensé

Qui Père la cause;

Son l?esprit trop sensé

Pour d?ir? qui faut qui rose

Zamais guetté soleil.

Bon Dié, dans so sazesse,

Na pas té donn? conseil

Faut touzours dans tristesse.

Zot croir? la r?lizion

Empécé zot aimables,

Na plis çanté çanson

Pour zot na pas coupables ;

Mais dir? moi donc, Bon Dié,

Qui zènes zens va faire ?

Bien sir? qui la moitié

Tout sel dans moustiquaire

L?aut? fois là dans cimin

Zot té fair? la zentille,

Zot té gagn? l?air malin,

Zot té senti vanille,

Zot té bien contents bal ;

A présent fin? çanzé,

Et zot croir? qui li mal

Quand zot cerç? amisé.

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