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L?économiste et le politicien

8 juin 2008, 00:00

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Abordons d?abord la question politique ; elle domine les considérations économiques. Après avoir été voué aux gémonies deux ans durant, vilipendé et lâché par ses propres collègues, voilà maintenant Rama Sithanen porté en triomphe. Hier fossoyeur, il est devenu par la magie d?un discours, le sauveur de la patrie travailliste. Il faut se garder des positions extrêmes : le ministre des Finances n?a jamais été cet ogre inhumain et insensible, vendu à la cause des capitalistes accapareurs que ses détracteurs n?ont eu de cesse de dénoncer ; il n?est pas non plus devenu subitement un faiseur de miracles capable de distribuer indéfiniment prébendes et faveurs.

Les terribles pressions politiques que le ministre a subies, les procès instruits, les incompréhensions vécues, les méchancetés endurées ont sans doute autant pesé sur les orientations de ce budget 2008-2009 que les strictes exigences économiques. Au point que l?on est en droit de s?inquiéter, deux ans avant les prochaines élections législatives, d?une stratégie budgétaire qui fonde certaines de ses propositions davantage sur des arrière-pensées politiques que sur la rationalité économique.

Cette inquiétude exprimée ? j?imagine qu?elle n?est nullement partagée par les nombreux bénéficiaires des générosités gouvernementales ? les Mauriciens auront peut-être réappris une nécessaire leçon : il y a un temps pour tout. Il y a le temps de l?effort, des sacrifices, le temps des semences, comme l?a rappelé à juste raison le Premier ministre, et puis, il y a le temps du réconfort, le temps de la récolte. L?un ne va pas sans l?autre. Il n?y a que le leader de l?opposition qui prétend que le ministre des Finances peut « lâcher du lest » sans d?abord avoir lesté. Mais à vrai dire, le budget fait mieux que « lâcher du lest » ; grâce à la croissance économique induite par les réformes de ces dernières années, il répond à la question que l?on n?a pas cessé de se poser dans les milieux hostiles au ministre : à qui profite la réforme ? Au service de qui est l?économie nationale ? Réponse : l?économie profite à tous, et en particulier à ceux qui ont le plus besoin du soutien de l?État, les plus pauvres de la société.

Cette démonstration est facile à faire si l?on se réfère à ce qui détermine la qualité d?une société, le degré de satisfaction de sa population, les déterminants du succès. On peut allonger comme on veut la liste des critères de réussite. Mais il existe tout de même des indicateurs universels de la qualité de vie d?une nation. J?en vois au moins quatre : le nombre d?emplois créés, le niveau des revenus des familles, les impôts que l?on paie, et l?éducation que l?on reçoit. Sur chacun de ces critères, le ministre des Finances a présenté un bilan et proposé des mesures qui démontrent avec clarté l?efficacité de la réforme engagée. Réforme qu?il sait inachevée, même s?il est resté silencieux sur ce qui est à parfaire.

La croissance ne profite pas à tous si elle n?est pas accompagnée des conditions pour promouvoir la création de richesse par des entreprises génératrices d?emplois productifs pour les citoyens. Les réformes, notamment les diverses incitations accordées aux investisseurs locaux et étrangers, l?amélioration de l?environnement d?affaires, la faible fiscalité, tous ces soi-disant « cadeaux » donnés aux capitalistes se sont transformés en emplois nouveaux et généralement bien rémunérés. Le nombre d?emplois créés pour les Mauriciens « a plus que doublé depuis 2005 ». Le vrai problème du pays est au fait le manque de main-d??uvre et non pas le nombre de « chômeurs », même s?il est vrai que l?inadéquation de l?offre et de la demande empêche des demandeurs d?emploi de profiter des opportunités existantes.

Si les gens travaillent, c?est pour gagner de l?argent, nourrir leur famille et profiter au mieux des choses de la vie. Les circonstances n?ont pas été favorables récemment. L?augmentation des produits importés largement déterminée à l?étranger, amplifiée localement pendant un temps par la dépréciation voulue de la roupie, la crise alimentaire mondiale, le renchérissement du prix du pétrole ont rongé le pouvoir d?achat des Mauriciens. Pour beaucoup d?entre eux, il vient d?être rétabli et mieux encore amélioré. Pour les 106 000 employés et retraités de l?Etat, la progression est fabuleuse ; pour les autres, la compensation annuelle, les augmentations généralement accordées par les entreprises individuelles, la baisse des tarifs douaniers sur un large éventail de produits de grande consommation, le maintien des diverses subventions se traduisent par un soulagement significatif.

Le ministre estime que ces réductions de taxe douanière augmenteront le pouvoir d?achat des consommateurs par Rs 1,8 milliard, soit l?équivalent d?une baisse de l,5 % de la TVA.

Il n?y a pas que les revenus ; ce que l?Etat récupère sous diverses taxes, et en particulier sous forme d?impôt sur le revenu, est une indication majeure de son respect des citoyens. Il fut un temps où l?Etat vorace accaparait jusqu?à 70 % des revenus des Mauriciens. Sithanen se plaît à souligner que Maurice est maintenant devenue l?un des rares pays au monde à bénéficier d?une fiscalité aussi légère. Trop généreuse en réalité. Le ministre s?en glorifie, mais je ne suis pas certain qu?il soit de bonne politique d?exempter un nombre aussi grand de contribuables potentiels ? 36 000 ? précise le ministre.

Les Mauriciens n?ont pas de raison de se plaindre sur ce plan, ils sont extrêmement bien traités.

Et plus important que tout car c?est elle qui détermine le reste : l?éducation. Ce qui est initié cette fois peut véritablement pousser le pays à un nouveau palier. Le dispositif annoncé par Sithanen vient compléter l?heureuse réforme réalisée par l?ancien ministre MMM de l?Education, Steve Obeegadoo, en faveur du secondaire. Le ministre des Finances intervient aux deux extrémités du système, le préscolaire et l?éducation supérieure. Si l?on veut vraiment donner une égalité de chances aux enfants, c?est dès le préscolaire qu?il faut soutenir les plus vulnérables, après c?est trop tard. Et si Maurice veut réaliser ses ambitions, il faut ouvrir l?université à un nombre beaucoup plus grand de nos concitoyens. Le ministre consacre à ces deux objectifs des moyens financiers colossaux.

On reconnaît là l?homme d?Etat, non pas celui qui ne pense qu?aux prochaines élections, mais celui qui prépare les prochaines générations. Le Premier ministre, qui a été souvent le seul à soutenir son ministre des Finances pendant la tourmente, doit maintenant l?aider à réaliser les nombreuses promesses du budget. Il faudra des institutions publiques autrement plus performantes et une équipe gouvernementale largement remaniée. Faute de quoi, l?euphorie sera de courte durée.

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