Publicité
L?école-espoir des enfants « misère »
Dans leur ancienne école, ils étaient les « cancres, fainéants, bons à rien ». Enfants de misère, certains n?avaient appris de leur maître qu?à prendre des coups. Mélanie, Jason, Jonathan, ces petits de Bois-Marchand, n?ont jamais pu s?adapter au milieu scolaire. L?école Sainte- Famille, fondée par s?ur Marie-Josée Koo Seen Lin, de l?Institut des s?urs de Lorette, les a pris par la main, en 2001, pour leur donner une vraie vie d?écolier. Nombreux sont ceux qui ont saisi cette chance et évité d?être livrés en pâture à la rue.
Ils gardent un souvenir amer de leurs premières années de scolarité. À 12 ans, Mélanie a quitté les bancs de l?école car elle n?en pouvait plus de subir le martyre. « Elle a tellement été frappée qu?elle est devenue abrutie. Au début, je la croyais handicapée, mais au fil des mois, elle s?est vite intégrée à la classe. » Triste constat de la s?ur, qui ajoute que d?autres avaient atteint la Std VI sans savoir lire ou écrire. C?est le cas de Jason, qui, à 12 ans, découvre enfin la magie des livres.
Le projet de cette école pour enfants recalés a vu le jour avec l?aide du Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups, de la Fondation espoir et développement et de la United Way.
Les dévots de Saï Baba, des volontaires et des commerçants de Port-Louis fournissent le matériel scolaire et le déjeuner. « Les habitants de Bois-Marchand étaient désespérés de voir leurs enfants traîner les rues après avoir été éjectés du système », explique s?ur Marie-Josée. « Ils souhaitaient qu?on les prenne en main. Beaucoup d?enfants, issus de familles en difficulté, étaient livrés à eux-mêmes. Alors nous avons commencé des cours d?alphabétisation avec cinq élèves. »
Un passeport pour l?avenir
Les écoliers ont retrouvé le sourire et le goût de s?instruire. Dans la cour, les moins timides posent devant la photographe pour amuser la galerie. Certains sortent tout juste de l?enfer, comme Johathan, qui était battu et exploité par sa belle-mère avant d?être recueilli par la s?ur. Avant, il était forcé d?aller travailler, souvent le ventre vide, et de marcher entre Bois-Marchand et Port-louis.
« Mo ti pe lav pavaz, fer lezot louvraz depi gramatin ziska tanto ». En deux ans, il a fait des progrès spectaculaires et montre fièrement son cahier proprement tenu. De son côté, Kenny, 9 ans, exprime son bonheur d?être venu « kot maser ». « Avan mo pa ti ena kas transpor pou al lekol Terre-Rouge. Mo ti bizin marse. Mo pli kontan vinn isi. Zot pran nou kont. »
Aujourd?hui, l?école accueille cinquante élèves, encadrés par quatre enseignants dans des classes allant de Std I à Std VI. Elle occupe un bâtiment neuf grâce au financement de l?Union européenne, à travers « Anou dibout ensam ». Adaptée aux capacités de chacun de ces petits rescapés, l?école leur permet de s?épanouir rapidement, comme en témoignent leurs résultats : sur 12 enfants présentés aux examens du CPE l?an dernier, la moitié a réussi et poursuit des études secondaires.
« Il faut leur donner beaucoup d?amour. Je ne veux pas reproduire l?image d?une école primaire classique. Le programme est plus souple, et complété par des activités qui les aideront à trouver leur voie plus tard. »
Deux fois par semaine, les filles apprennent la couture. Les garçons apprendront la menuiserie, ou encore la ferronnerie. À condition de trouver les enseignants : « Je fais un appel aux sponsors pour employer un enseignant en menuiserie. Je suis inquiète car j?ai 30 garçons qui s?impatientent? »
À terme, s?ur Marie-Josée souhaite que l?établissement devienne une institution pré-professionnelle qui offrira aux enfants un passeport pour l?avenir. Lorsqu?ils auront terminé le primaire, ceux qui le désirent pourront s?inscrire dans une école technique. « Ils ne deviendront peut-être pas avocat ou médecin, mais pourront gagner honnêtement leur vie et sortir de la misère. »
Publicité
Publicité
Les plus récents