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Kushal Gaya ou le magicien de la musique expérimentale

9 janvier 2005, 00:00

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Designer Babies : ce nom leur a été inspiré par quelques scènes macabres. À la télé, on diffusait un reportage sur les bébés génétiquement modifiés ! Choc, indignation, révolte : le quatuor ne peut rester indifférent ! Pour donner de la voix, il y a Kushal, 23 ans, dit Sir Kush D, qui puise dans ses cordes vocales pour faire couler les émotions. Mark Lowman, alias Dusty Bible, lui, est à la guitare.

Canadien de 28 ans, il a joué dans plusieurs groupes de punk-psychedelia, dont Space Rock. Le plus jeune du groupe, Nick Perry, 20 ans, dit Roster, fait retentir la batterie, et il est doté d?une énergie débordante. Dernière arrivée au sein du quatuor : Kate Amean, 26 ans, la bruiteuse du groupe, qui vient du Devon, en Angleterre.

Bruitages et effets sonores

Avec des instruments de musique d?envergure et un ordinateur sur lequel pianote l?unique élément féminin du groupe, on s?attend à ce que cela déménage. Mais attention, vous n?êtes pas au bout de vos surprises ! Le registre musical des Designer Babies surprend. Genre avant-gardiste, rock, musique japonaise, électronique, punk, blues : toutes les fusions sont permises ! On voyage à travers les générations qui ont marqué le monde de la chanson. La musique prend une nouvelle dimension. Elle permet de ne pas mâcher ses mots, d?exprimer ce que l?on a au plus profond de son c?ur. Depuis son jeune âge, elle n?a eu de cesse de l?inspirer. Aujourd?hui, telle une muse, elle le guide sur les chemins du show-business.

Dans la maison de Quatre-Bornes où il grandit, Kushal Gaya, s?essaie d?abord à d?autres choses. Petit, il joue au basket-ball, sport très côté chez les jeunes à cette époque, mais en vain. « J?étais vraiment mauvais », confie-t-il en souriant. Ne renonçant pas au sport pour autant, il se passionne pour la vitesse, notamment pour la moto. Mais les parents ne veulent guère qu?il poursuive sur cette lancée, les compétitions sont risquées.

Et voilà que la musique prend le dessus. « À huit ans, je suis tombé par accident sur une émission de radio qui jouait de la musique classique. ça a été le déclic. Je me suis dit que je voulais jouer comme ça », raconte Kushal Gaya, étudiant alors au lycée Labourdonnais à Curepipe. Dès lors, les choses s?enchaînent rapidement. Comme la famille possède un piano, le jeune homme se met à suivre des cours d?initiation avec une prof russe. La base étant surtout théorique, notre interlocuteur finit par abandonner : « J?étais comme dégoûté. Je ne pouvais plus toucher au moindre instrument de musique pendant quatre à cinq ans ».

À l?âge de 16 ans, il renoue avec la musique et découvre des artistes qui lui servent de modèles dont Danyèl Waro, Miles Davis, Captain Beefheart and The Magic Band, The Ruins, Neurosis, The Boredoms, entre autres. Il s?inspire de divers genres musicaux : culturalisme, musique indienne et séga : « Cela se passe inconsciemment. J?absor-bais les notes, les mélodies. Cela m?encourageait à créer ma propre musique. Je plongeais aussi dans la musique ésotérique de Miles Davis à travers les albums Bitches Brew et In a Silent Way, la génération électrique, entre autres. J?étais animé par une passion commune pour la musique, mais aussi l?envie d?expérimenter et de faire fi des structures musicales classiques, de vraiment essayer de pousser le plus loin, vers l?extrême, notre propre appréciation de la musique ».

Après avoir complété son bac, Kushal poursuit des études en sciences politiques à Nottingham en l?an 2000. Lors d?une soirée, il rencontre Mark, 28 ans, qui fait de la Noise Music, avec un DJ. Après la représentation, il se met en contact avec celui-ci pour savoir s?ils peuvent collaborer ensemble.

« J?étais déterminé à faire de la musique. En 2001, cela a vite démarré. Au bout de deux ou trois mois, on avait déjà un concert de prévu. Nous n?avions pas grand-chose, mais nous voulions travailler jour et nuit. On avait la rage ! On en avait marre de toute la musique faite sur mesure pour plaire à un marché défini. On essaie de se distancer le plus possible de toutes ces horribles imitations. Tout ce qui s?appelle télé-réalité, toutes les poupées préfabriquées? ça nous dégoûte un maximum », explique notre interlocuteur.

En mars 2003, Rusty Sheriff, le DJ quitte le groupe. Entre-temps, Nick Perry, 20 ans, batteur, se joint à eux. Pendant un an, les Designer babies jouent en trio. Puis Kate, 26 ans, épouse de Mark, vient compléter le groupe. Mais ce n?est pas d?un instrument de musique dont elle joue. Dans un coin de la scène où ils se produisent, elle se trouve derrière une table à manipuler un PC pour ajouter des bruitages et autres effets sonores électroniques à leur musique. En 2003, les Designer Babies sortent Monstrous Fromage Excavator, un EP contenant onze titres dont Jimminey the Skull et Les tribulations d?un puriste déconfit. Ils font également des expositions avec des groupes japonais, jouent avec le groupe Melt Banana, The Apes et avec Deer Hoof, groupe préféré du producteur de la série Les Simpsons, en Angleterre.

Démarrage sur les chapeaux de roues

En 2004, les Designer Babies sortent un single intitulé Baghdad Boogie sous le label de Gringo Records. Sonorités diffuses qui vont et viennent avec une multitude de genres. La chanson créé la surprise. Un mini CD vient tout juste de sortir, signé Olwynplant Records. Mal-gré les contraintes du métier, Kushal Gaya fonce pour aller plus haut : « C?est un milieu ou il faut faire très attention, on peut se faire duper très facilement. Il faut défendre ses droit en permanence, garder un ?il sur le nombre de ventes, sur la promotion, sur la distribution, les copyrights? et garder les pieds sur terre. Dans le monde de la musique le plus difficile, ce n?est pas de gravir les échelons, c?est de durer ! Et pour ça, il faut une intégrité à toute épreuve, ne pas chercher la voie de la facilité. »

Et pour la nouvelle année, les Designer Babies démarrent déjà sur les chapeaux de roue. Plusieurs concerts sont prévus en février, ainsi que des expositions. Et qui sait, peut-être aussi une nouvelle escale musicale à Maurice ?

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