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Kriz la kas konte !

18 octobre 2008, 20:00

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Le budget 2008-2009 a été l?occasion pour le gouvernement de parler de « early harvest » et de « bumper crop » et de dire qu?à partir de 2009, la population récoltera davantage les fruits de la réforme économique. L?Alliance sociale (AS) était confiante pour les prochaines législatives. Et voilà que surviennent la crise financière et le spectre d?une récession mondiale. Une crise « kas konte » qui vient tout bousculer avec ses conséquences sur l?économie réelle. Va-t-elle cannibaliser les prochaines législatives ? Comment risque-t-elle d?avoir un impact sur le jeu des alliances électorales actuellement en cours ?

Au niveau mondial, le Plan Paulson « revisited » et les plans coordonnés des banques centrales et des Etats en Europe ont évité le pire : l?effondrement du système financier international. Mais les problèmes de l?économie réelle restent entiers avec le spectre de la récession aux Etats-Unis et en Europe. Dans les économies émergentes, on prévoit un ralentissement de la croissance. L?année 2009 s?annonce difficile, voire même très difficile. Si certains pensent à une reprise éventuelle en 2010, d?autres considèrent que le processus d?assainissement et de relance s?étalera sur plusieurs années ? le prix Nobel de l?économie 2008, Paul Krugman, parle de risque de « violente récession pour la planète ». On évoque même la possibilité d?une dépression.

Notre économie va connaître les difficultés qu?a engendrées la crise financière. L?ampleur et l?intensité de ces difficultés dépendront d?une part de l?évolution de la situation sur le front du chômage et du pouvoir d?achat des ménages dans les pays qui sont nos marchés, et d?autre part, du comportement des investisseurs étrangers devant les opportunités qu?offre Maurice.

A ce jour, la croissance nationale a été revue à la baisse légèrement : de 5,7 % à 5,6 %. Le secteur touristique connaîtra une croissance de moins de 4 % cette année, loin des 10 % projetés. On craint sérieusement pour ce secteur en 2009. C?est aussi le cas chez les opérateurs du textile-habillement, gros employeurs. Le BOI a déjà revu à la baisse l?investissement direct étranger pour 2008 ? Rs 15 milliards au lieu de Rs 20 milliards. Les IRS vont prendre du plomb dans l?aile. Le secteur de la construction risque aussi d?être affecté. Le JEC a tiré la sonnette d?alarme et réclame une action concertée, dont une baisse du taux d?intérêt par la Banque de Maurice (BoM). Le gouverneur de la BoM n?a-t-il rien appris des récentes initiatives des banques centrales à travers le monde ? Car la priorité d?un médecin au chevet d?un cancéreux n?est certainement pas de s?inquiéter de son panaris !

Rama Sithanen s?est fragilisé avec sa « banalisation nombriliste » de l?impact de la crise financière. Et ses adversaires politiques, de Paul Bérenger à Vishnu Lutchmeenaraidoo en passant par Pravind Jugnauth, n?ont pas manqué de parler de « manque de lucidité », « d?irresponsabilité », de « frivolité », « d?orgueil ». Vivement qu?il se ressaisisse pour inspirer à la population la confiance de sa capacité à piloter une économie entrant dans une zone de fortes turbulences. Le pays attend de lui non pas de l?autosatisfaction mais ce qu?il entend faire maintenant, sachant que les moments difficiles peuvent souvent être sources de nouvelles opportunités.

Ses adversaires et critiques n?ont de cesse de l?accuser depuis 2005 d?être un ultralibéral pratiquant une politique qui ne profite qu?aux riches tout en provoquant la paupérisation des classes moyennes. Ils lui reprochent aussi de n?avoir rien apporté de nouveau en termes de piliers de l?économie, se contentant de ceux initiés par ses prédécesseurs. Ces opposants vont mettre tout l?impact de la crise financière sur le dos de la réforme qu?il a initiée. Or, une analyse tant soit peu honnête de la réforme montre qu?effectivement l?économie mauricienne est mieux armée aujourd?hui pour faire face à la crise financière. Il convient aussi de reconnaître que tout le programme d?« empowerment » et plus récemment celui qui vise l?éradication de la pauvreté sont des initiatives innovantes menées dans le cadre d?un « rethinking » des rapports tant entre l?économique et le social qu?entre l?Etat et le marché. Il appartient aux citoyens de faire la part des choses entre la critique saine, juste et positive et la démagogie partisane sur fond d?un échiquier politique en pleine ébullition dans la perspective des prochaines législatives.

A première vue, la dégradation de l?économie mauricienne va jouer contre l?AS. En effet, la population qui s?attendait à récolter les fruits de la réforme sera frustrée et rendra l?AS responsable des difficultés qu?elle va connaître et le fera savoir dans les urnes. La crise pourrait précipiter le jeu des alliances en fournissant au MMM ou au MSM l?argumentaire de « l?intérêt supérieur du pays » pour conclure une alliance avec le PTr. L?autre possibilité, c?est que le MSM et le MMM décident de surfer sur les difficultés à venir pour surmonter les obstacles à une formule d?entente entre eux.

La conjoncture exige de la part de nos responsables politiques et économiques de la lucidité. Un monitoring rigoureux des effets de la crise s?impose et le débat doit porter sur le concret des problèmes et le concret des solutions. Que tous ceux qui s?inquiètent de l?avenir commencent à faire part à la population de leurs propositions pour combattre les difficultés actuelles et à venir ! Au diable les formules chocs et autres déclarations pompeuses. L?heure est à la responsabilité. Sommes-nous capables dans un grand élan d?unité et de vérité nationales, de « marye pike pu kas konte sa kriz la » ?

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