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Krike Krake parle d?imaginaire et de langues
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Krike Krake parle d?imaginaire et de langues
L?ASSOCIATION culturelle réunionnaise, Kriké Kraké, a tenu, le vendredi 19 mars, deux tables rondes, l?une au collège St. Joseph et l?autre, à la galerie Max Boullé, à Rose-Hill. Toutes deux étaient présidées par Issa Asgarally. Les thèmes en étaient L?Imaginaire littéraire dans les îles, proposé par Serge Ng Tat Yuen, recteur du collège, et Quelle place pour les langues, en général, et pour le créole, en particulier, dans la création et l?enseignement à la Réunion ?
Krike Krake, est le pendant de notre Sirandann Sanpek, devait expliquer Sophie Hoareau, enseignante de lettres françaises, de langue et culture réunionnaise, et Présidente de l?association. Le premier terme désignant le conteur, qui propose une histoire, et le second, la souscription du public à sa proposition. Les trois autres participants étaient Nicole Bigot, enseignante de langue et culture réunionnaise, Axel Gauvin, romancier et poète, auteur, entre autres, de Train fou et Bernard Payet, auteur.
Axel Gauvin, s?adressant à un public des Form V et VI, précisa, au départ, le sens même du mot imaginaire, notamment ce qui nourrit une ?uvre, puis son propre imaginaire. Ses romans, pour le Réunionnais qu?il est, de surcroît vivant à La Réunion, sont donc nourris ?de la vie de tous les jours, à La Réunion, aujourd?hui, et aussi de l?enfance. D?anecdotes que je connais bien, des choses qui me sont très personnelles, des traits familiers, comme Ti Jean, Grand-mère Khal? Je plonge dans la culture de mon pays. Je raconte aussi autre chose. Je ne crois pas dans le roman réaliste. Le rêve m?est important.?
Pour Bernard Payet, sont aussi à la source de ses textes, de son émotion, l?environnement, la nature, mais aussi ?le système social, les faits divers dénoncés. L?inspiration divine n?existe pas. Le texte ne naît pas par magie. Une fois que la transcription commence à naître, il y a un énorme travail de sonorités, de métaphores, d?allégories.? Signifiant que l?imaginaire ne suffit pas à la création. Le poète n?est pas nourri seulement de son île. Il n?y a pas de barrière. Il peut parler des Jeux d?Athènes, d?un garçon qui participe à un rituel dans un village qui n?existe pas. Relève aussi de l?imaginaire, ?le vers torturé mille fois?. Les deux écrivains devaient insister sur l?importance de garder la mémoire d?un peuple.
L?enseignante Nicole Bigot, la première à avoir obtenu un CAPES en Langue et culture réunionnaise, parle, comme composantes des imaginaires, de l?entourage, du milieu dans lequel on grandit. ?Est-ce que ceux qui sont là écriront comme quelqu?un qui n?aura jamais quitté l?Afrique ??, expose-t-elle, à titre d?exemple. L?imaginaire est un mélange des différentes cultures que l?on reçoit. Sophie Hoareau parle des difficultés encourues en milieu réunionnais à faire passer des textes de Zola, de Flaubert? ?Neige, sapin? sont très loin de l?imaginaire des élèves réunionnais.? Elle devra changer sa méthode d?enseignement. Décider d?elle-même de commencer par l?étude des textes locaux, tels ceux de Gauvin, Payet, Samlong? les habituer aux images qu?ils vivent, pour ensuite aborder les métaphores..
A l?heure de l?échange, l?un des étudiants se montra fort pertinent. Dénonçant les faiblesses d?un certain raisonnement mauricien, qui veut que le livre mauricien serait inférieur à celui de l?étranger. A cela, Issa Asgarally dira, ?Il faut être reconnu ailleurs, avant de l?être ici.? Gauvin insistera sur le fait que nos écrivains sont remarquables, et conseille fortement à l?assistance de les étudier. Mais, fait-il remarquer, l?imaginaire est aussi fait de l?universel, plus que jamais à notre portée aujourd?hui, avec les possibilités nouvelles de communication.
Les Réunionnais face à leurs angoisses linguistiques
- Autant nos s?urs et frères réunionnais, écrivains et enseignants, nous auront donné un visage serein pour parler d?imaginaire à nos étudiants, autant ils nous auront paru angoissés face à des murs insurmontables, à parler de leur situation par rapport aux langues, en tant que département d?une terre-mère. Ils n?ont pourtant pas le problème qui déchire notre île ces jours-ci, celui de la langue mauricienne, le kreol, versus les langues orientales. Ni celui de trouver un consensus sur la graphie à utiliser. Ni le complexe d?infériorité face à cette langue, le Réunionnais, aujourd?hui, s?exprimant tout aussi bien en français qu?en langue réunionnaise. Et ils l?écrivent comme ils le veulent ? il faut savoir qu?à la Réunion, le français est la seule langue officielle. Les écrivains ont exposé les étapes du processus de leur écriture. Chez Bernard Payet, aucune préméditation, de choix délibérée. La langue est acceptée comme elle vient, selon les besoins intérieurs du moment, sans rejet. ?Ecrire en créole est une façon d?exprimer.? Mais l?emploi du créole est aussi chez lui un acte de revendication identitaire. Une façon d?exprimer ce qu?il a de profond en lui, un besoin d?expression très ancré. C?est tout autant sauvegarder une mémoire. ?Une manière de contrer les détracteurs qui avancent que le créole est tellement pauvre, qu?il ne peut tout exprimer.? Que la création s?en trouverait forcément perturbée.
Axel Gauvin, qui a publié en français et en créole, a un processus particulier d?opérer. Il écrit d?abord en créole, puis il traduit ses écrits en français. Ce n?est pas une contrainte, bien au contraire, une jouissance. Il met l?accent sur le désir et le besoin, le plaisir. Cependant, ?je n?écris plus la poésie en français. Les mots viennent davantage en créole. J?éprouve du plaisir à écrire dans les deux langues.? Malgré toutes ces joies de l?écriture, l?on décrypte le désarroi, le pathétique même, de ces écrivains et enseignants réunionnais, à être, pour longtemps encore, semble-t-il, les marginaux d?une réglementation, de tout l?arsenal de la République qui les accule. Alors que nos questions mauriciennes sont déjà posées. Notre langue mauricienne n?aura pas été récupérée par l?université. Qui veut écrit en créole. Dans le concret, le journal télévisé en créole est là. Chez nous, le créole n?est pas un problème scientifique mais politique.Le statut de non-indépendante de leur île, contrairement à leur s?ur, Maurice, les fixe, malgré la richesse des langues régionales, dans une situation de problème absolu.
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