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Kasenally réclame une stratégie énergétique et agricole diversifiée
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Kasenally réclame une stratégie énergétique et agricole diversifiée
Ringadoo et Boolell, applaudissant chaleureusement un député MMM à la fin de son intervention lors des débats budgétaires, n’est pas un événement ordinaire dans les annales parlementaires. C’est pourtant ce qui est arrivé à Swalay Kasenally en cette mi-juin 1980. L’orateur pose courageusement la question de savoir si Maurice peut affronter la crise énergétique, sévissant alors, et si elle peut réduire sa dépendance de l’étranger en ce qui concerne son approvisionnement en denrées alimentaires, rééquilibrant du même coup sa balance des paiements. Il en va de l’avenir économique du pays, affirme-t-il. L’éthanol pourrait ainsi réduire de 20 % nos importations pétrolières. Un train de mesures, entre autres fiscales, permettrait de développer avantageusement la production alimentaire. Il rappelle que carburant et importations alimentaires représentent jusqu’à 55 % de nos importations annuelles. Le projet de raffinerie de pétrole, pourtant jalousé par l’opinion publique réunionnaise, pourrait buter sur un grave problème de ravitaillement de matières premières. Les classes populaires seront les premières à souffrir cruellement d’une éventuelle introduction de la “Sales Tax” dans la panoplie des mesures fiscales. La production agricole tous azimuts pourrait bénéficier de certificats de développement, tout comme les nouvelles usines de la zone franche manufacturière.
Kasenally remarque que la plupart des pays étrangers y compris ceux beaucoup plus riches que Maurice, entre autres en ressources naturelles, font l’effort de réduire leurs importations pétrolières en raison de la hausse des prix des produits pétroliers. Non seulement Maurice n’a pas suivi cette tendance mais encore sa consommation de produits pétroliers, bien sûr importés, a augmenté de 12.1 % en 1979. Il est indispensable que Maurice trouve des sources énergétiques autres que le pétrole. On perd énormément de temps sur le projet de fabrication de l’éthanol. Au lieu de progresser le plus rapidement possible sur ce sujet, on le réfère de nouveau à une commission chargée de se prononcer sur sa viabilité économique. D’autres pays producteurs de sucre se sont déjà lancés dans la production d’éthanol. Il cite le cas du Zimbabwe qui commercialise déjà l’éthanol qu’il produit. On pourrait citer tout autant le Kenya, le Soudan, la Zambie, la Haute-Volta (aujourd’hui le Burkina Faso). Il s’agit d’une priorité qui devrait primer sur toute autre considération.
Le projet de raffinerie de pétrole n’enthousiasme guère, en revanche, le député MMM de la circonscription No 13 de Rivière des Anguilles et de Souillac qui le trouve hasardeux. Il cite, à cet effet, le cas d’un pays de l’Afrique de l’Ouest, possédant une raffinerie depuis quatre ans mais qui ne peut l’utiliser faute de pétrole brut. Les pays du Golfe Persique ont, certes, promis à Maurice de lui fournir l’indispensable pétrole brut. Mais cela ne suffit malheureusement pas à assurer la rentabilité d’une raffinerie de pétrole.
Swalay Kasenally recommande également une nouvelle stratégie de production agricole. L’objectif est de réduire notre dépendance alimentaire sur l’étranger. Il estime que Maurice peut produire jusqu’à 60 % du riz qu’elle consomme. Il se réjouit qu’elle soit autosuffisante à 75 % en ce qui concerne sa consommation de pommes de terre. Elle ne peut se contenter plus longtemps de produire seulement 1 000 tonnes de maïs alors qu’elle en consomme 10 000. Les petits producteurs sont confrontés à de graves problèmes d’emmagasinage de leurs produits. Le gouvernement doit leur fournir une aide adéquate à ce sujet. Ils ont droit à un certificat de développement, les exemptant du paiement de la taxe pendant un certain nombre d’années. L’orateur militant termine en demandant au gouvernement de ne pas aller de l’avant avec la “Sales Tax” qui frappera plus lourdement les classes les plus défavorisées et qui aggravera d’autant les problèmes d’inflation. Celle-ci ne sera pas appliquée par le gouvernement travailliste mais par le ministre des Finances, Paul Bérenger, après le 60 à 0 du MMM du 11 juin 1982.
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