Publicité

KAROLINA KENNERLEY l?art de communiquer

21 mai 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Une femme d?action. Karolina Kennerly a fait des technologies de l?information et des communications (Tic) son dada. «Une libéralisation réussie indique l?esprit d?un pays», dit-elle. Ainsi, lorsque l?Information and Communication Technologies Authority (Icta) exige que les opérateurs privés alignent leurs tarifs des appels internationaux sur ceux de Mauritius Telecom (MT), la Marketing Director d?Outremer Telecom n?hésite pas à monter au créneau.

«Ce Telecom Order de l?Icta est un bâton dans les roues des opérateurs. D?un côté, on demande aux opérateurs d?investir et de l?autre, on fixe des prix», s?insurge-t-elle. Le rôle de tout régulateur dit-elle, n?est pas d?accorder le même traitement aux opérateurs mais d?offrir à tous les mêmes chances. «MT a 300 000 abonnés et utilise ses factures pour faire la publicité de ses cartes prépayées. Nous n?avons pas autant d?abonnés et c?est tout à fait normal que nous puissions offrir un tarif inférieur. Encore faut-il nous donner une chance !»

Karolina est toutefois optimiste. Elle est convaincue que l?Icta reviendra sur sa décision comme elle l?a fait l?an dernier en imposant des frais d?interconnexion de Rs 5 par appel. «Nous avons fait du lobbying et elle a fait marche arrière en ramenant ce prix à Rs 2,50 l?appel. Je pense sincèrement que les personnes concernées verront l?erreur de cette décision qui va à l?encontre de l?esprit de libéralisation.»

Le client est roi

Mais comment cette britannique d?origine polonaise a-t-elle atterri à Maurice ? Car Karolina n?a cessé de parcourir le monde : Ecosse, Londres, Pologne ou encore la Réunion. Son parcours mérite d?être retracé.

Lorsque Karolina termine ses études secondaires, elle décide d?étudier en Ecosse afin de cumuler des matières généralement considérées comme étant aux antipodes. Des matières telles que les sciences, les langues, les mathématiques et la philosophie. Elle s?inscrit ainsi en maîtrise de russe, de français et de linguistique et même d?économie qu?elle laisse tomber à la deuxième année.

Voulant découvrir le monde, elle met un bémol à ses études et profite des accords entre les universités britanniques et françaises pour obtenir un poste d?assistante enseignante d?anglais pour un an dans les Départements d?outre-mer. Elle se retrouve à la Réunion, plus précisément dans un lycée du Port où elle enseigne le Brevet technique supérieur de travaux publics et de bâtiment.

La plupart de ses étudiants, des garçons, sont plus âgés qu?elle. Mais elle réussit à établir un rapport de respect mutuel quand, au lieu de leur imposer des textes d?anglais littéraires, elle leur déniche des textes liés à leurs spécialités, notamment le béton. Le séjour réunionnais lui permettra ainsi de découvrir Maurice à la va-vite.

A son retour en Ecosse, elle reprend sa maîtrise. Voulant parler couramment le russe, Karolina se rend à Odessa, en Ukraine. Là, les réalités sont autres. Le confort est à son strict minimum. Karolina est surtout impressionnée par ses professeurs qui exercent dans des conditions qui seraient jugées inacceptables par leurs homologues britanniques ou français. «Les professeurs n?avaient pas été payés durant les trois derniers mois mais cela ne les empêchait pas de donner le meilleur d?eux-mêmes.»

Au bout de six mois, elle regagne l?Ecosse, parlant un excellent russe. Quand elle obtient ce diplôme, Karolina prend trois mois de congés pour visiter plusieurs pays d?Amérique du Sud dont les Honduras où elle essuie la plus violente tempête que ce pays ait jamais connue.

A son retour à Londres, elle se fait embaucher chez Arthur Andersen, en tant que consultante en stratégies. Elle conseille les entreprises souhaitant se lancer dans des partenariats ou des rachats. Dans ce département, elle croise l?homme qu?elle épousera quatre ans plus tard : Praveen Joynathsing, un Mauricien.

Son premier contact avec les Tic découle d?un projet qui l?entraîne en Pologne. L?opérateur historique de ce pays souhaite connaître les coûts des produits et des services dans le cadre d?une prochaine libéralisation des télécommunications. Karolina y passe six mois et se passionne pour le sujet. Et à son retour à Londres, elle demeure dans le secteur des télécommunications et des médias. Parmi ses clients, figure l?opérateur Orange qui veut acquérir des stratégies sur le contenu à mettre sur un site figurant sur le cellulaire.

Si elle prend énormément de plaisir sur ce dossier, elle découvre, en revanche, que le client est roi au contact de l?ancien chef du quotidien The Sun. Il veut exploiter le e-service et réclame des propositions sur lesquelles Karolina se fait un plaisir de plancher. Mais à la dernière minute, cet homme connu comme caractériel, annule la présentation. «C?était décourageant mais c?est aussi une réalité du métier. Il faut le prendre philosophiquement.»

L?aventure mauricienne débute lorsqu?elle se marie avec Praveen Joynathsing. Le couple décide de vivre à Maurice. Une décision qui a été prise non sans craintes. Karolina a peur de piétiner, de s?enliser, surtout professionnellement.

femme de convictions

Mais son arrivée correspond à la libéralisation des télécommunications. Après un passage éclair chez DCDM, elle veut profiter de cet espace d?élargissement pour conseiller en business et en stratégie dans le secteur des télécommunications. Elle se met donc à son compte et nomme sa compagnie Ilumine Consulting.

Un de ses premiers clients est Rogers qui outre de se lancer dans le business de centre d?appels, veut aussi entrer sur le marché des télécommunications. Karolina se met alors en quête d?un partenaire techniquement compatible avec Rogers qui a comme facteur clé une connaissance optimale du marché.

Des entreprises intéressées à se lancer comme opérateur, Outremer Telecom lui semble la plus compatible. «Outremer Telecom, c?est une expérience de 20 ans dans les télécommunications et de cinq ans en tant qu?opérateur privé et concurrent de France Telecom. C?est le premier opérateur privé dans les quatre Dom qui possède un réseau couvrant trois continents de la Réunion aux Caraïbes.» Elle recommande donc un partenariat avec cet opérateur.

Lors de la présentation au conseil d?administration de Rogers, les directeurs se rétractent et veulent concentrer leurs efforts sur le centre d?appels. A l?époque, Karolina n?est pas au pays et quand elle l?apprend, elle est surprise. Lorsque Outremer Telecom lui propose leur poste de Marketing Director, elle accepte. «Je m?étais totalement investie dans ce projet. Je connaissais le business plan et mon intérêt était de l?appliquer. Mon adhésion à Outremer Telecom n?a surpris personne.»

Dès son lancement, Outremer Telecom fait mouche, recevant plusieurs demandes d?abonnement d?entreprises. Comme l?opérateur vient juste d?installer ses bureaux à Rose-Hill, Karolina touche à tout. Du recrutement aux relations avec la presse. La Marketing Director a le sentiment d?avoir un produit imbattable. Elle s?investit à fond dans ses rôles et ce n?est pas la décision de l?Icta qui va diminuer son enthousiasme.

Etant femme de convictions, Karolina milite aussi au sein de l?association ACT dont l?objectif est d?aider à créer un environnement propice à la compétition saine et équitable.

Elle ne risque donc pas de s?ennuyer professionnellement car tout reste à faire dans le secteur des télécommunications. «C?est passionnant tout cela. Le plus vite on applique la vision du gouvernement de libéraliser le secteur des télécommunications, le mieux ce sera pour les Mauriciens et tous les secteurs de l?économie? »

Publicité