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Kanbar, racines vivantes de Jan Maingard

20 décembre 2004, 00:00

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Saisir tout de suite l?allusion. Batatt kanbar exétéra laké ti léra. Et la palabre peut commencer. Les neuf ti zistoir an kreol de Jan Maingard peuvent s?avancer. Un véritable défilé, avec parfois, des allures de carnaval.

Des têtes à claques, des cas d?écoles, tout le monde en prend pour son grade. Pas méchamment. Juste des égratignures là où le ?zalou fer mal.? Les neuf histoires de Jan Maingard ? dont la conception, est signée 18 Editions Maurice ? c?est un ?kari melanz.? Une de ces recettes qui mijotent pendant des heures.

La graphie choisie par l?auteur y est pour beaucoup. Alors que des efforts ont été faits pour harmoniser la manière d?écrire le créole, Jan Maingard a choisi de n?écouter que les élans de sa plume.

Son écriture penche vers l?oralité. Les descriptions sont chargées de ces phrases gouailleuses qui illustrent à merveille l?inventivité du créole. Mais comme Aliss miss Ingliss, le lecteur ?gagn také.? Il sent très vite que Jan Maingard cherche à le faire rire ou à lui arracher un sourire tout prix. L?auteur lui-même nous le dit, la pauvre Aliss, ?A forss rapé pou pronons lett ?th? ti bouton zaf fleuri partou partou andan labouss.?

Certes, les nef ti zistoir sont divertissantes. Elles feraient incontestablement la joie de tout un chacun autour d?un feu de camp, grâce à la magie d?un bon orateur. En plus, les personnages à la limite du clownesque, c?est un peu nous même, avec dans certains cas, un sens de l?humour en plus. Ce sont nos délires exposés à la lumière du jour. Nos bonnes blagues sur l?hygiène plus que douteuse de nombre de marchands ambulants, des stéréotypes ? plaisants ? sur les touristes dits haut de gamme, la bonne volonté des profs, les chômeurs ?

Il n?y a pas de doutes. Jan Maingard a su les croquer. Mais il laisse passer trop de temps avant d?arriver au noyau de ce qui fait l?intérêt de ses personnages. Ses histoires sont en somme des descriptions tellement minutieuses de quelques centimètres carrés du quotidien, que le lecteur de surprend à tourner les pages pour trouver une scène d?action? qui n?arrive pas. Ceci est particulièrement vrai pour l?histoire qui ouvre le recueil : Kliff zong kanif.

Le personnage-titre est un de ces marchands ambulants comme on en fait presque plus : c?est avec l?ongle du pouce de la main droite qu?il prépare ses pains fourrés. ?So zong dan so pouss, servi kouyér pli boukou, li servi sa zouti-la pli boukou pou réglé doz margarinn oussoi piman krazé avan li tall sa dan dipain?Sa dozaz-la, sa mem ki appel sa enn zonglé.?

Nos yeux nous sortent de la tête. La trouvaille de Jan Maingard a réussi son pari. Mais il aura fallu attendre d?ingurgiter une digression sur tous les types de mouche qui rendent visite à Kliff, le ?tabaziss vakabon.?

C?est une question de rythme. Il est plus soutenu dans Aliss miss Ingliss. Les problèmes de prononciation de la prof d?anglais étayent avec efficacité les thèses que Jan Maingard pose dans son avant-propos. Après avoir expliquer que ?enn kanbar sé enn rasinn so godam,? il poursuit en postulant que ?dan nou péi, lor nou teritoir, langaz kreol sé nou kanbar. Kanbar éna lamémoir li gardd zistoir, zénétik so grand dimoun.?

Nous l?avons dit. La graphie de Maingard n?a rien à voir avec les modèles de LPT ou de Dev Virasawmy, ou de la grafi larmoni. L?auteur qui a tracé sa propre voie ajoute ?nek ziss pir langaz kreol tousél pou resi maintenir enn lakorité dan nou nationalité.?

Pureté de la langue créole ? N?est-il dangereux de rechercher la pureté là où il est avéré que le produit est le fruit du métissage ? Dans ce cas, de quoi faudrait-il purger le créole ? De ses emprunts au français ? Ce serait ébranler sa base. Rayer ses recours à l?anglais ? Ce serait l?amputer de son mordant.

Libre à l?auteur de disséquer la culture créole pour décider lequel de ses éléments est le plus important. ?Promié pilié dan nou kanbar morisien sé nou langaz kreol. Apré lamizik ravann avek santé séga pou vini, apré manzé pou vini é dal pou koui, apré pli tar?? Mais laissons là au moins exister.

?Il n?y a pas de doutes. Jan Maingard a su les croquer. Mais il laisse passer trop de temps avant d?arriver au noyau de ce qui fait l?intérêt de ses personnages.?

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