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K. Venkatasamy :?Respecter les limites syndicalistes?

17 avril 2006, 00:00

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A l?heure où de graves divergences d?opinion fragilisent le MLC, à l?heure où des chefs de département remettent en cause le ?time-off sur-utilisé? par certains syndicalistes, il n?est pas inutile de se référer aux propos d?un des dirigeants syndicalistes les plus respectés, tant par ses troupes syndiquées que par les autres parties concernées (gouvernement, secteur privé, classe politique, journalistes), à savoir Koomara Venkatasamy, alors président de la Fédération des syndicats du service civil (FSSC). Interviewé par la presse, il déclare d?emblée : ?Le syndicaliste responsable est celui qui sait ne pas franchir les limites du syndicalisme.?

Il situe, pour commencer, le principal échec de la fonction publique post-Indépendance. Elle ne s?est pas assez rendu compte qu?est révolue à jamais l?époque colonialiste, permettant au secrétaire colonial de prendre toutes les décisions, sans devoir rendre compte à personne ou presque, du moins à Maurice.

Les fonctionnaires, y compris les secrétaires permanents, les chefs de département et même les cadres moyens, disposant pourtant d?attributions bien précises, sont toujours en quête d?un grand décisionnaire, pouvant les soulager du fardeau de devoir assumer leurs responsabilités, quitte à déplaire à un supérieur administratif, à certains intérêts particuliers ou pire encore à certains politiciens, n?ayant, bien sûr, aucun pouvoir administratif mais se prévalant souvent abusivement de leur statut de député. Il n?y a pratiquement pas eu de bras de fer entre la politique et l?administratif/exécutif. Certes, quelques secrétaires permanents et chefs de département, ont su résister victorieusement aux ingérences politiques. Cette résistance, pourtant exemplaire, ne peut, cependant, se maintenir au-delà de la mise à la retraite de celui qui l?inspire. Il suffit aux politiciens de remplacer les fortes têtes par des béni-oui-oui, sinon par des inconditionnels, pour que la victoire reviennent finalement aux politiciens qui parviennent même à conserver certaines allégeances après que l?électorat les eut envoyés valser dans ?caro cannes?. Le fait que le jeu politique s?est dévergondé à un tel point que n?importe qui, à n?importe quel moment, peut faire alliance avec n?importe qui, pour retrouver la ?volupté du pouvoir? et le ?pouvoir de la volupté?, incite les fonctionnaires à accepter encore plus volontiers le statut de robot, de pantin, de marionnette, laissant aux politiciens le soin de tirer les ficelles décisionnaires, ce dont ils ne se privent guère, surtout si l?exercice peut leur lubrifier les phalanges. Le fonctionnaire passe le plus clair de son temps à son sport favori, à savoir passer la balle ou le bébé (tout dossier compromettant) à un autre fonctionnaire, un subalterne de préférence. Le sommet de cet esprit démissionnaire est atteint quand, un soir, un gouverneur de la Banque de Maurice se vante, à la MBC/TV, de prendre conseil, aussi souvent qu?il le peut, du Premier ministre alors que c?est l?inverse qui aurait dû se produire. D. Burrenchobay, alors chef de cabinet, estimait que 75 % des dossiers, remontant jusqu?à lui, auraient pu et dû avoir été réglés à des niveaux inférieurs.

Koomara Venkatasamy admet volontiers qu?il convient de ?décoloniser? la fonction publique, de la décentraliser. Elle doit définir et imposer ses objectifs. Il cite, en exemple, le concept du développement économique. Il était inexistant aux yeux de l?occupant colonialiste. Il ne figure donc pas dans les règlements ni dans les consignes de l?ère coloniale. L?Indépendance donne pourtant à ce concept priorité sur d?autres dont le respect dû à des consignes désuètes parce qu?imposées par un colonialisme anti-développement. Il propose la nomination d?une commission, composée d?experts en management, pour proposer, à tous, la refonte idéale de notre fonction publique. Nous l?attendons toujours.

Pour Koomara Venkatasamy, le fonctionnaire doit savoir et pouvoir assumer certains risques, comme le font la plupart des managers du secteur privé. Il n?est pas normal qu?il apparaisse aux yeux du public comme celui qui fait le minimum afin de commettre le moins d?erreurs possible et préserver ses chances de promotion et de retraite fructueuse.

Koomara Venkatasawmy récuse qu?il ne peut y avoir de réconciliation tripartite possible. Il tient au contraire que gouvernement, patronat et syndicalisme partagent souvent les mêmes objectifs, les mêmes intérêts nationaux. Les cadres font partie de la catégorie la moins syndiquée de la population active. Non pas qu?ils soient entièrement satisfaits de leur sort mais ils savent que leurs difficultés sont moindres comparées à celles des classes laborieuses moins privilégiées. Les cadres souffrent pourtant d?une dégradation de leur pouvoir d?achat alors qu?ils doivent tenir leur rang social, en possédant notamment leur voiture.

Koomara Venkatasawmy tient pour normales les fréquentes relations et mêmes activités communes entre classes syndicale et politique. Il craint, cependant et par dessus-tout, le syndicaliste-politicien qui réagit toujours en politicien d?abord et en syndicaliste ensuite. Un politicien, même syndicaliste, accordera toujours priorité aux implications politiques.

Il conclut son entretien par cette déclaration prophétique : ?Le sucre en tant que ?sweetener? a un avenir très sombre, sinon pas d?avenir, mais en tant que matière première il a un avenir formidable.?

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