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Jugdish : ma vie avec la schizophrénie

7 octobre 2007, 00:00

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«Ki mo pou fer? mo pena plas, mo malad mé mo pena personne? ». Les mots riment avec ses maux. Ceux d?un homme au regard hagard qui est perdu dans ses pensées. Le quinquagénaire aux cheveux grisonnants, vêtu d?une chemise grise aux manches retroussées, est affalé dans un fauteuil. Jugdish tâche de déterrer ce passé trouble qui fait foisonner colère et douleur. À 55 ans, il vit avec la schizophrénie, entre autres maladies mentales et pathologies, qu?il a préféré effacer de sa mémoire.

Mais les 24 comprimés qu?il doit ingurgiter chaque jour pour prévenir ses crises le ramènent à la dure réalité. Et la mauvaise compagne de ses nuits qu?est la maladie mentale resurgira tel un mauvais cauchemar qui ne finit pas.

Elle est apparue en 1972. À l?enfance et l?adolescence, elle sommeillait sournoisement. Jugdish, habitant de Curepipe, vivait paisiblement auprès de ses quatre s?urs et de son frère. Pour subvenir aux besoins de la famille, son père vendait des goyaves « jaunes et rouges », précise-t-il, tandis que sa mère s?occupait de la famille.

Jugdish n?a jamais pu aller à l?école. « Mo pa ti konne lire di tout, pas konne nanié, mo pa fine alé. Mo fine koumanse travay dans karo kannes, mo ti pé koup lherb, mo ti travay lor camion », raconte-t-il.

Mais les jours heureux s?éclipsent vite pour céder la place à l?obscurité. C?est là que la maladie sévit. La schizophrénie s?empare de lui. À 20 ans, Jugdish accumule les querelles avec sa famille, fait des crises et est admis à l?hôpital psychiatrique. « Prémié fwa mo fine arrive la bas, zot ine fer moi bane sok. Zot fer ène pikir, mete ène zafer kaoutchou dan la bous après zot fer mwa sibir ban sok electrik. Ler fer sa, mo gagne dimal mé pa kapav fer nanié, apré mo dormi mé la tête gâté », relate-t-il.

Pendant cinq ans, il fait le va-et-vient. Les disputes avec sa famille n?arrêtent pas. Si bien que finalement, ses proches finissent par le placer de nouveau à l?hôpital Brown Séquard. « Mo mama fine dire moi vine avek li pou nou acheté médecine et après li fine kitte moi dans la salle d?attente line alé. Mo fine bizin reste la bas mem. Ena bane malade séki bon et bane lézot ki pas bon. Ena ki lagère pou nanié, mo fine déza gaign baté avec banne patients ki admette », confie-t-il.

Délaissé par ses proches

Ainsi, il a passé 25 années de son existence sur ce lit d?hôpital à subir de nombreux chocs électriques, les uns les plus pénibles que les autres. Il aura fallu l?intervention d?un officier de la Sécurité sociale pour que Jugdish puisse en sortir. « Mo ti envi ale déhor mé mo fami pa lé mwa, kan mo ti dan mental, zot pa ti pé tro vine guet mwa, mo pa sagrin zot, zot pa kontan mwa. Aster là mo fine sorti mé mo péna plas, mo pa konne lire. Ki mo pu fer? », désespère-t-il.

Depuis sa sortie, Jugdish a été pris en charge par Margaret Couty, responsable du Gables Home. Il y vit depuis cinq ans et essaie de contrôler ses troubles. Il lui arrive de piquer des colères et de cogner sur ce qui l?entoure, mais après il oublie. Comme il doit passer devant un comité médical chaque trimestre, Jugdish se plie à un traitement assidu pour éviter ses crises. Bien qu?il ait trouvé un toit et brave sa schizophrénie, il est délaissé par ses proches, ce qui lui brise le c?ur. « Ene fwa lé temps mo ser vine guett mwa mé aster la li fine abandonne mwa?. Personne pa kontan mwa. »

LES SIGNES DES TROUBLES MENTAUX

Si vous décelez les signes suivants chez un proche ou un ami, il se peut qu?il y ait une possibilité de maladie mentale :

● Un isolement de sa famille, de l?école et de ses collègues.

● Un manque d?appétit ou des insomnies l Un changement dans le comportement. l Une négligence dans son apparence, son hygiène et ses responsabilités familiales.

● Une baisse dans la performance au travail ou à l?école. l Des difficultés de concentration et un désintéressement de tout.

● Une anxiété démesurée et des propos insensés.

● L?impression d?être espionné, d?avoir des pouvoirs spéciaux ou un emportement sans raison fondée.

Lorsque vous observez cela, faites appel à un médecin ou à une association pour vous venir en aide.

LA VIE APRES LA MALADIE MENTALE

Le surmenage l?a rendu dépressif. Sunil, 37 ans, atteint de troubles mentaux, a aujourd?hui, pu se réhabiliter et trouver un nouvel espoir : l?art plastique. Petites esquisses, peintures, crayonnage, entre autres, il les maîtrise sur le bout des doigts pour confectionner des cartes de souhaits. « Zordi mo senti mwa bien, avant mo la tête ti fatigué, mo fine appran boukou, mone alle l?Inde mone fer dégré dans engineering me après mo fine tombe malade. Kan mone rétourné mo fine rétombe malade, mone gagne dépression ek tracas. Zordi mo fine gagne ène grand soutien », indique-t-il.

Le jeune homme a été encadré par l?association Friends in Hope, qui soutient les personnes souffrant de maladies mentales, avant qu?elles soient canalisées vers Hopeway, un atelier de travail protégé. Cela se fait avec un programme basé sur les modes d?expression comme l?art, le chant, le sport, le théâtre, la cuisine et des activités cognitives pour aider les adhérents à reprendre confiance en eux et retrouver leur autonomie avec un suivi psychologique. L?organisation fait également le suivi et l?encadrement familial. Toutefois, Friends in hope ne subsiste que grâce à une subvention partielle de l?État et elles doivent organiser des levées de fonds pour pouvoir réhabiliter les personnes souffrant de maladies mentales et leurs familles.

Malgré tout, les responsables militent afin de briser la stigmatisation de ces maladies à Maurice. Pour toute information, vous pouvez contacter les responsables sur le 424.40.67, 427.04.95, par fax au 427-1870 et par e-mail : [email protected].

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