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Jowaheer détaille la combine
«C?est Rashid Khoyratty qui m?a expliqué la combine pour échapper aux droits de douanes.» Le fonctionnaire Abdool Rahman Jowaheer ne s?est pas fait prier pour expliquer les rouages de la fraude sur les chaussures. Etant commerçant de chaussures, au noir, il raconte dans ses dépositions à la police que l?ancien douanier est venu le rencontrer pour lui expliquer le plan qu?il avait concocté pour passer des marchandises à travers les mailles de la douane. Comme les conteneurs de matière première destinés à la zone franche ne sont pas habituellement contrôlés, c?était relativement facile de faire entrer des cargaisons de chaussures en utilisant une firme à son insu.
En retour pour ses services visant à faciliter le dédouanement des marchandises, Rashid Khoyratty réclamait une commission de Rs 400 000 pour chaque conteneur de marchandise, selon Jowaheer. A plusieurs reprises, Jowaheer assiste à des réunions de travail chez l?ancien douanier à L?Avenir, en présence du businessman Abdool Raouf Soobratty. Les discussions tournent sur les moyens d?éviter de payer les frais de douane.
De son coté Abdool Raouf Soobratty indique que le 2 septembre dernier, c?est Rashid Khoyratty qui lui a remis les Bills of lading pour les deux conteneurs de chaussures saisis. Le commerçant a alors pris contact avec Sultan Allam Bheewa, le représentant d?un camionneur afin qu?il prenne livraison de la marchandise. Les conteneurs devaient par la suite être acheminés chez le cousin d?Abdool Raouf Soobratty, Ahmad Raffick Mohamedally, à Riche Terre.
De là, les conteneurs étaient vidés et les boîtes de chaussures étaient transportées chez Jowaheer à Vallée-des-Prêtres par camionnettes.
Lorsque la douane a mis son véto sur la livraison du deuxième conteneur le mercredi 3 septembre, Soobratty a paniqué. Il s?est rendu chez Rashid Khoyratty afin de savoir comment ils pouvaient s?en sortir dans cette affaire. En débarquant à L?Avenir ce jour-là, Soobratty fut accueilli par Jowaheer qui était déjà sur place... Les événements se sont bousculés durant le week-end lorsque la police et la douane ont effectué des saisies chez les beaux-frères Ahmad Ibrahim Edoo et Abdool Rahman Jowaheer. Edoo a indiqué qu?il ne faisait que stocker la marchandise que Jowaheer importait de la Thaïlande.
show-room illégal à Vallée-des-Prêtres
Les chaussures importées par le gang étaient fabriquées en Thaïlande, transitaient par Singapour avant d?être débarquées à Port-Louis. C?est Jowaheer qui, régulièrement, faisait le va-et-vient en Asie pour l?achat de la marchandise. Avec sa femme, il opérait un business sans permis. Leur maison de Carreau Lalo à Vallée-des-Prêtres servait de show-room en toute illégalité. Le stock restant était écoulé à travers un réseau de magasins dont certaines sont des enseignes réputées...
A la douane on se félicite de cette découverte. Surtout que c?est encore une fois le trio Baree, Doyedary et Hossenbaccus qui a révélé un deuxième cas de fraude sur les marchandises importées au nom d?une entreprise de la zone franche. Il y a deux mois, la même équipe avait découvert que l?usine Chentex de Saint-Pierre, avait importé du prêt-à-porter de l?Asie en déclarant sa cargaison comme étant du tissu. Des blousons et pantalons pour enfants fabriqués en Asie et portant le label Made in Mauritius furent toutefois trouvés dans le conteneur destiné à l?usine. Il avait été fouillé car son poids était en deçà de la moyenne des importations de l?usine. L?entreprise, elle, a été condamnée à une amende de Rs 2 millions.
Avec la découverte de l?envergure de la fraude sur les chaussures, la douane met les bouchées doubles et va renforcer son équipe de contrôle des conteneus destinés à la zone franche. Désormais, un douanier sera présent dans la cour des entreprises soupçonnées d?importation frauduleuse. Le contrôle des sorties des conteneurs, lui, sera plus sévère avec la clôture de cette zone et l?installation de caméras de surveillance, indique le surintendant Mahen Bedacee responsable de la sécurité du port.
Il est estimé que 42 conteneurs sont entrés à Port-Louis au nom de la Carton & Boxes Ltd sans vérification aucune depuis 2001. Deux autres ont déjà été embarqués à bord d?un navire qui sera à Port-Louis dans peu de temps. « Cela aurait été difficile pour nous de découvrir qu?on a été utilisé comme paravent. Seul Rodney Ramboro utilisait le système informatique installé dans l?entreprise par la douane pour faciliter le dédouanement de nos marchandises. C?est clair qu?il a abusé de ce système et cela a échappé à notre contrôle. Mais on n?arrive pas à comprendre comment la douane n?a pas découvert le pot aux roses plus tôt car nous soumettons à ce département la liste de nos importations régulièrement », confie un responsable de l?entreprise.
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