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Journée mauricienne
par Nazim ESOOF
On s?est préparé depuis des semaines pour ce week-end qui vient de passer, si riche en animation culturelle. D?une pierre, on a fait tant de coups. Figurez-vous : le ministère des Arts et de la Culture a célébré la Journée internationale du livre et du droit d?auteur, celle du patrimoine aussi bien que le 150e anniversaire du National Portrait Gallery, consacré à William Shakespeare. On a eu droit à la visite du conteur réunionnais Daniel Honoré comme un bonus culturel.
On en a donc profité pour célébrer le livre de manière exubérante. On a déclamé à travers l?île dans une orgie de mots les vertus de la lecture. N?oubliant ni Shakespeare ni Beckett encore moins les auteurs indiens et américains, nous nous sommes signalés par la diversité de nos goûts littéraires. L?île Maurice plurielle s?est mise en scène. De jeunes artistes ont dansé sur les notes conjuguées de Bach et de Shankar. La poésie d?Iqbal a côtoyé celle de Baudelaire. Le ghazal de Pankaj Udhas a entamé un dialogue avec les odes de Keats. Témoignage vivant aussi de l?auteur réunionnais Daniel Honoré qui nous explique que ?les histoires, ce n?est jamais uniquement une identité, mais elles racontent le long parcours de nos ancêtres. Toutes les leçons qu?ils ont tirées aussi. On retrouve généralement les mêmes histoires, qui viennent de l?Europe, de la Chine??
Tant d?événements pour marquer cette Journée mauricienne. Si on a parlé de cultures ancestrales, on a par contre fait l?économie des stéréotypes misérabilistes. Si on a chanté notre diversité, ce n?était que pour mieux spectaculariser une certaine hypocrisie du compartimentage. Si on a vanté notre unité, ce n?était que pour mieux vanter une certaine dramaturgie du métissage.
C?est cette île Maurice qu?on a rencontrée durant ce fabuleux week-end. Nos artistes n?ont pas réclamé l?intervention de l?Etat pour pouvoir créer. Le ministre des Arts et de la Culture a promis de nettoyer les couloirs de son ministère qui sont infestés de personnes qui ne comprennent rien à la culture. Le Premier ministre n?est pas demeuré en reste puisqu?il a délivré un discours balise sur sa vision culturelle du pays. Il nous a démontré que c?est le vécu culturel qui détermine l?imaginaire d?une société. Il a aussi insisté sur le fait que c?est cette créativité qui permettra à la nation de construire son identité au-delà des lieux communs. L?ancien Premier ministre, pour sa part, emporté dans cet élan de générosité générale, a admis que ses centres culturels sont une grave erreur de jugement.
On aurait cru que l?île était devenue folle d?authenticité le temps d?un week-end. Qu?elle avait ouvert toutes grandes fenêtres aux vents du grand large. Celui-là même qui permet à un pays de confronter ses mensonges aux vérités et à l?altérité de l?aventure identitaire. En 48 heures, on s?est réinventé. Les pays de peuplement n?étaient plus cités que pour créer un effet cosmétique. Nous avons préféré rentrer dans la grande cosmogonie des nations qui revendiquent l?universalité.
Maurice s?est racontée ce week-end. Dans des déhanchements endiablés. Dans des notes sulfuriques. Dans des mots subliminaux. Dans un à-dire qu?on désespérait d?entendre jusqu?à ce que nous soyons conviés à cette fête de la Journée mauricienne.
?Un peuple n?a une vie réelle grande que s?il a une vie irréelle puissante?, disait Jean Giraudoux. Pour l?instant, il semblerait que nous n?avons ni l?un ni l?autre?
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