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Johanne, visiteuse nocturne et éclair, perturbe
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Johanne, visiteuse nocturne et éclair, perturbe
Dix heures de suspense, pendant lesquelles la dépression modérée tropicale Johanne slalome entre les îles s?urs, dans la nuit du 5 au 6 mars 1981. A 5 h 30, le 6 mars, elle se trouve à son point le plus proche de Maurice, soit à 96 kilomètres à l?ouest-sud-ouest du Morne. Ses rafales restent raisonnables : 81,6 km à l?heure au Fort William et 70,4 km/heure aux Vacoas. Johanne apporte, heureusement, dans son sillage, une pluviosité abondante qui réjouit le c?ur des planteurs qu?une longue sécheresse inquiète. Normal, diront nos experts-météorologues, amateurs et professionnels : cette visiteuse nous vient de l?ouest.
Johanne est baptisée le 5 mars 1981 à 9h30. Elle est alors une faible perturbation tropicale, située à 240 km à l?ouest-nord-ouest du Cap Malheureux. Elle évolue rapidement en dépression tropicale. Notre météo la surveille de près. A 22 heures, le 5, elle émet directement un avertissement cyclonique de classe II, pour passer à la classe III vers 4 heures du matin le 6 mars. Celle-ci reste en vigueur pendant seulement deux heures. On retourne rapidement en classe II avec toutes les implications que cela suppose, au saut du lit. Au bon moment (mauvais pour les paresseux), Johanne abandonne sa direction est-sud-est pour se diriger vers le sud-est, s?éloignant ainsi du sud-ouest de l?île, à la vitesse de 24 km/heure.
Advance, journal travailliste par excellence, rapporte, méchamment que notre MBC s?emmêle allègrement les pinceaux avec les avertissements météorologiques et cycloniques. D?une speakerine à l?autre, on passe et on repasse en classe II ou en classe III, selon le cas, selon le bulletin. Il nous reste à imaginer la tête que font les auditeurs, en se réveillant, sachant que la classe III signifie jour chômé forcé et la classe II, journée de travail comme à l?accoutumée. Le directeur, Jean Delaître, doit intervenir en personne pour annoncer ex cathedra que l?avertissement en vigueur en est un de classe II et que la journée sera laborieuse comme à l?accoutumée. A 8 heures, un autre problème surgit : la météo enlève la classe II, rouvrant du même coup les écoles et collèges, fermés jusque-là en raison de la classe II. Nouveau branle-bas de combat et grogne féroce du côté du corps enseignant. La MBC-Radio doit intervenir de nouveau et d?autorité mais à 9 heures. Plus de classe II mais aussi pas de classe ni d?école, sinon buissonnière. Comprenne qui pourra. Mais pas les écoliers attendant, sous la pluie, que la porte de leur école daigne s?ouvrir.
Du côté des planteurs, en revanche, c?est sourire aux lèvres, d?une oreille à l?autre. Les rafales, n?ayant pas dépassé les 80 km/heure, leurs cultures ont, dans l?ensemble, peu souffert. Le spectre d?une ?coupe? cannière désastreuse s?éloigne. L?espoir renaît, en effet, avec les pluies de Johanne. Il était temps : l?élongation accuse un retard de 45 cm dans le Nord et même de 57 cm à Saint-Antoine S.E. Fin donc d?une sécheresse qui dure depuis plusieurs mois dans les régions les plus arides. Des planteurs nordistes ont même décidé qu?ils ne couperaient pas leurs cannes, cette année. Voilà que du 3 au 5 mars, il tombe 5 pouces de pluie (12,5 cm) à Saint-Antoine S.E. et il continue de pleuvoir. La terre y est tellement sèche qu?elle absorbe instantanément ces cinq pouces de pluie. A l?Est et dans le Sud, l?élongation de la canne à sucre accuse un retard moindre : une moyenne de 20 à 30 centimètres.
Dans la rade du Port Louis, la confusion est encore plus grande. Normalement les navires attendent la mise en vigueur de l?avertissement de clase II pour quitter le port et gagner le large. Plus facile à dire qu?à faire surtout quand l?avertissement de classe II est émis en pleine nuit. La Marine Authority n?a arrêté aucune mesure d?urgence, en dépit de la présence de Johanne dans nos parages. Le manque de communication entre la capitainerie du port et la météo est flagrant. Les capitaines des navires en rade attendent vainement des consignes de nos services maritimes. Ceux-ci regagnent leurs bureaux quand tout danger est écarté, encore que la rade demeure houleuse. Le temps se remet mais pas au point de mettre un chaland en rade.
Contrairement à ce que croit le populo, les navires ne sont pas en sécurité à bon port en cas de cyclone. L?avertissement de classe II signifie qu?ils doivent gagner le large car, à tout moment, ils peuvent rompre leurs amarres et aller heurter d?autres navires ou encore les quais en eau profonde, pour ne rien dire des risques d?échouage sur les hauts fonds. Ainsi le Mauritius heurte le quai et subit des dommages à la coque. Sept navires sont restés au mouillage pendant le passage de Johanne entre Maurice et la Réunion. A ce nombre, s?ajoutent une dizaine de navires de pêche chinois et sud-coréens. Le Trou Fanfaron n?est pas encore encombré par une multitude de bateaux de plaisance.
Il n?y a pas à dire : nous, Mauriciens, devenons ?wiser? après chaque cyclone. Mais comme nous sommes volontiers amnésiques, la sagesse additionnelle ainsi acquise ne nous sert à rien
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