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Joe Pando, l?homme qui fait chanter le fils de Marley

14 novembre 2005, 00:00

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C?est fou comme on se laisse enfermer dans des clichés parfois. Un agent dites-vous ? Nous imaginions un gars avec des doigts pleins de bagues et des kilos de chaînes en or au cou. Le tout abrité derrière d?énormes lunettes de soleil. D?accord. C?est exagéré. La description rappelle même un peu les caricatures d?un parrain de la mafia au cinéma.

Joe Pando n?est rien de tout cela. Lui, le producteur de Julian Marley pour la zone francophone (outre son concert du 31 octobre à Rose-Hill, le chanteur s?est produit le samedi 5 novembre aux Seychelles) est en jean et chemise décontractés. La paire de Nike est discrète. Avec un sourire moqueur, il nous confiera avoir fait des études en? topographie, en France. De bagues, il en a trois. De chaîne, une seule. Avec en guise de pendentif : un médaillon ayant la forme de l?Afrique.

Joe Pando parle bas. Le ton est mesuré, les manières impeccables. C?est que dans son métier, il faut être diplomate. Les caprices de star, il connaît. De très près. Dans son carnet d?adresse, un nom brille plus fort que tous les autres. Celui d?Alpha Blondy (qui était en concert chez nous au mois de juin). Avant de s?occuper de Julian Marley, ainsi que de l?un de ses frères : Kimani, Joe Pando a dirigé pour ne pas dire ménager ce personnage fort en gueule qu?est Alpha Blondy.

À force d?insister, Joe Pando finit par nous raconter une anecdote de derrière les rideaux. ?Lors d?un concert à Carthage en Tunisie, le promoteur m?a dit qu?il ne fallait pas qu?Alpha Blondy interprète le titre Yitzhak Rabin sur scène. Connaissant Alpha, je savais que si je lui en parlais, il allait faire exactement le contraire de ce que demandait le promoteur. Alors, quand il a soumis sa liste de chansons, je lui ai dit que c?était trop long. Cela a fonctionné jusqu?au moment où le promoteur a parlé directement à l?artiste.?

Maintenant, c?est à Tony Farla que Joe Pando parlera directement. Le leader de Negro Pou Lavi et animateur sur Radio One est désormais son ?contact?. Genèse d?une rencontre : il y a trois mois, Tony Farla met le cap sur Paris. Sur place, un compatriote, Yoven Sadasiven, de la société de production Flowers Island, présente Joe Pando à Tony Farla. Le contact est établi, le courant passe bien, on discute d?une éventuelle collaboration.

<B>Implanter l?artiste dans la région</B>

Il se trouve que l?agent gère la tournée française de Julian Marley. (Elle commence aujourd?hui à Marseille et ira jusqu?à Mayotte le 31 décembre.) Les négociations aboutissent et c?est comme cela que le fils de Marley a atterri chez nous. Interrogé quant au bilan du concert de Julian Marley chez nous, Joe Pando prudent affirme : ? Avec l?expérience, je sais que le résultat n?arrive pas tout de suite. Nous avons juste semé?Nous ne regardons pas l?argent avant, mais plutôt comment implanter l?artiste dans la région.?

En clair, cette stratégie de communication est à la base de la participation de Julian Marley à un match de foot contre les anciennes vedettes de la défunte Fire Brigade. ?Les gens gardent les images en tête.? Ce qui peut toujours servir.

Et quelles sont les images que Joe Pando (qui exerce comme entrepreneur de spectacle depuis 1989) conserve de la musique africaine ? Lucide, cet agent qui a eu l?occasion de monter les éditions du festival Africa Fête à Paris, a une analyse tranchante de l?avenir de ces courants artistiques.

?La musique africaine a fait du chemin en France entre 1981 et 1998, avec les Youssou N?Dour, Manou Dibango, Salif Keita. Depuis, on note un ralentissement. C?est dû à un changement de politique en France. On préfère aider l?opéra et diminuer les fonds alloués à la world music. Les nouveaux courants : le rap, le r?n?b ont fait battre en retraite la musique traditionnelle.? Quid de la relève ? Sans hésiter, Joe Pando cite le groupe Magic System, ?parce qu?ils ont su allier la musique afro avec ce que les jeunes veulent.?

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