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Jocelyn Lacour, empreintes dans le béton

25 avril 2004, 20:00

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LA PEAU de ses ?uvres d?art, c?est le béton. Rudes, fortes, tenaces, ses mains sculptent des tableaux et remontent le long des courbures délicates des vases vertigineux. Jocelyn Lacour possède bien plus qu?un métier de contracteur, il a surtout le flair d?un artiste qui voit tout en grand. Il expose actuellement ses prodiges bétonnés à la Galerie Max Boullé.

De ses mains, il extirpe le beau. Son imagination, Jocelyn Lacour la porte en bandoulière. A l?entrée de la galerie Max Boullé, on sent déjà la peinture fraîche et naïve de l?artiste-peintre. Ses tableaux sont entièrement faits à partir du béton, avec leurs plis et leurs reliefs. Avec des zestes de peinture vert goémon ou rouge écaille, qu?il éparpille pour provoquer l?illusion de la spontanéité. Pour cet homme qui a commencé à poser ses empreintes sur les murs extérieurs de sa maison à l?âge de 17 ans, cette exposition concrétise enfin sa liberté.

On se met au diapason. Sur les murs crème glacé de la galerie, une trentaine de tableaux représentent des crustacés, des mouches farfelues, des bottes amusantes, des aliments, et des vases qui prennent les formes affinées d?un corps de femme. ?A travers mes sculptures, je me vide de mes émotions?, explique Jocelyn Lacour, 48 ans et pourtant grand enfant. Quand les ficelles de l?imagination le capturent, il tâte d?abord le ciment. Le manipule. Et plonge ensuite les doigts et l?âme dans les ruelles de l?inspiration. ?Je sens mes vases. Je saisis les idées qui planent autour de moi et de mes mains, je sculpte, enlève, tiraille et crée??. Contracteur de profession, cela ne fait que quelques années qu?il a repris sa passion pour ce type d?art ?peu commun? à Maurice.

Outre ses tableaux, Jocelyn Lacour expose aussi des vases multicolores qui semblent fleurir de leur coque de béton. Saumonés, vert vif ou marron, les vases boursouflés se transforment en de splendides compagnons de maison. En forme de pomme ou d?arrosoir, ils se métamorphosent aussi en fontaine. Dans son jardin, à Coromandel, Jocelyn les expose constamment, étalés çà et là; il prend soin de créer chacun d?eux sans moule. S?ils se ressemblent, ce n?est qu?une illusion. Chaque vase est méticuleusement travaillé par Jocelyn. ?Je taille, gratte, invente des formes sur mes vases pour les faire revivre?. Père de trois enfants et de centaines d??uvres d?art, il caresse ses vases de peinture dès l?aube. Son heure d?inspiration.

Une des particularités de ses oeuvres, c?est le message qu?il veut y faire passer. Un pot de table peut faire penser à une silhouette féminine. L?extrémité d?un vase se termine par le renflement fin d?une poitrine de femme. L?artiste délie les limites des a priori et se met toujours à la recherche des formes enfantines et simples.

Rêvant de tout voir en grand, il incruste ses doigts dans la chair opaque du béton. Son but ici, étant de réveiller les couleurs ternes du ciment et de rallumer la passivité des tableaux par des couleurs spontanées. Ses petites ?lacaze créoles? pastels, ses coquilles de vases ?sur-humains? et ses coups de pinceau se reverront bientôt au Caudan du 16 au 26 mai.

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