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Jean-Paul Martin : ?Il ne suffit pas de former des cadres??

28 septembre 2003, 20:00

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Le stage d?une semaine organisé à l?intention d?une quinzaine de cadres et animé par l?expert de la Fédération internationale de tennis de table (FITT), le Français Jean-Paul Martin s?est achevé samedi. Ils étaient quinze au total à tirer profit de ce stage, qu?il faut préciser, était sanctionné par un examen. ?Tout s?est très bien passé. Le niveau des participants, en général, était moyen. Les conditions matérielles étaient au top tant au niveau de la salle, que de la restauration ou encore de la qualité des moyens audiovisuels mis à notre disposition. Les conditions de travail auraient été les mêmes si le stage avait eu lieu en France. Maurice n?a donc rien à envier à la France?, se réjouit-il.

Le Français regrette cependant qu?il n?y ait pas eu plus de participants. Le stage qui devait regrouper 25 cadres au départ n? a eu que quinze finalement. ? Je pense que la période était mal choisie. Il y a eu les Jeux des îles tout récemment et les gens n?ont pu avoir de congé. Selon moi, la meilleure période pour tenir ce genre de stage est novembre-décembre. Les jeunes sont en vacances et on peut donc les servir en matière de support pédagogique. C?est-à-dire permettre aux cadres de travailler avec eux. Il n?y a pas meilleure formation que la pratique?, soutient-il. Il devait préciser que les cadres n?ont pu profiter de la présence des jeunes qu?en deux occasions seulement.

Jean-Paul Martin n?a pas non plus caché sa déception devant une présence féminine peu marquée à ce stage. Rabia Patel, joueuse de la sélection nationale, était la seule représentante féminine. ?La fédération internationale insiste pourtant pour qu?il y ait plus de femmes pour ce genre de formation. C?est important pour l?avenir du tennis de table féminin. Pour ce qui est de Rabia, je pense qu?elle fera un très bon entraîneur?, dit-il.

La concurrence, élément de motivation

La question qui préoccupe surtout ce formateur de la FITT est ce qui adviendra de ces cadres après ce stage. Selon lui, il ne suffit pas de former des entraîneurs mais il faut aussi qu?ils aient l?occasion de mettre en pratique ce qu?ils ont appris. ?C?est bien de former les cadres mais est-ce qu?ils auront l?occasion de mettre en valeur ce qu?ils ont appris, au niveau de leurs régions? Ce n?est pas sûr car à Maurice, on se concentre trop sur l?élite. Vous avez un entraîneur chinois qui n?entraîne qu?une poignée de joueurs. Il n?y a pas de travail de détection effectué. La génération de l?élite mauricienne est pourtant assez vieille ?, constate-t-il. Pour le Français, l?élite actuelle peut tenir encore quatre ans et il faudrait profiter de ce laps de temps pour former la relève.

Jean-Paul Martin a cité comme exemple Madagascar qui, fait-il remarquer, avait une forte génération de joueurs, ce qui lui a permis de dominer la région. Mais cette génération a disparu. Il n?y a pas eu de relève et par conséquent, Madagascar s?est retrouvé nettement loin derrière Maurice. ?C?est ce qui risque d?arriver au tennis de table mauricien si les instances concernées ne se concentrent pas, dès maintenant, sur la relève.?

Cependant, la formation des jeunes ne doit pas se faire au petit bonheur. Il fadrait une méthode d?enseignement avec des niveaux d?apprentissage et aussi un plan d?action. ?En France, nous avons différents niveaux, par exemple, la balle blanche et la balle orange entre autres. Pour atteindre la balle blanche, le jeune doit passer une série de coups. Dans le deuxième cycle, il aborde des choses plus importantes. Et puis, il faut qu?il y ait des compétitions pour les jeunes. Ce qui n?est pas actuellement le cas à Maurice. Il est difficile de juger le travail d?un entraîneur s?il n?y a pas de concurrence. C?est uniquement quand les entraîneurs sortent des jeunes que l?on reconnaît s?ils sont bons ou pas. La concurrence est aussi un élément de motivation, à la fois pour l?entraîneur, et pour les joueurs?, souligne-t-il.

L?expert français est d?avis qu?il y a un potentiel d?avenir important à Maurice. La réussite se résume pour lui à cinq éléments, notamment une salle, des joueurs, des entraîneurs compétents, des dirigeants pour s?occuper de l?administration et de la mise en place des compétitions et enfin, les ressources. Lors des séances d?entraînements avec les jeunes, il devait constater que certains n?avaient pas de revêtements pour apprendre la base. Il devait ainsi suggérer que des revêtements soient offerts en guise de récompense lors des compétitions. Tous les éléments sont selon lui présents pour réussir reste que la relève fait défaut et le fait que la salle n?est pas rentable valeur du jour. ?Il faut que la salle soit utilisée à plein temps sinon les propriétaires n?hésiteront pas à l?utiliser pour la pratique d?autres disciplines. Il ne faut pas qu?elle soit occupée uniquement par l?élite mais également par les jeunes et par les membres du public. Le tennis de table de loisir sert aussi à développer cette discipline?, fait-il ressortir.

Maurice fait figure de ?riche?

En ce qu?il s?agit de faire du centre d?entraînement de tennis de table de Beau-Bassin un centre de haut niveau, il dira : ?Au vu de l?infrastructure dont vous disposez, c?est faisable. Mais dès le départ, il faut qu?il y ait une convention qui favoriserait l?intérêt des joueurs mauriciens. La FITT va certainement mettre à la disposition du centre un ou deux entraîneurs à plein temps.? Il estime cependant que Maurice devrait s?assurer que les entraîneurs travaillent sur les jeunes mauriciens également. En d?autres mots, il faudrait limiter le nombre de participants étrangers et non donner l?infrastructure sans pouvoir en tirer bénéfice.

Pour ce qui est du niveau du tennis de table en Afrique, ce formateur qui a visité plusieurs pays du continent noir est convaincu que Maurice fait figure de ?riche? en termes d?infrastructure. Maintenant, il s?agit de briller sur le plan africain. ?Vous avez brigué des médailles aux Jeux des îles mais il ne faut pas vous contenter de cela. Il faut maintenant aller chercher des médailles aux Jeux africains.? Maurice, selon lui, se positionne comme la troisième meilleure nation du tennis de table en Afrique derrière l?Egypte et le Nigeria. En comparant le niveau africain à celui des autres continents, il estime que l?Afrique pourrait s?en sortir, s?il avait plus d?échanges avec le reste du monde, notamment l?Europe et l?Asie. Le Francais devait prendre l?exemple de Patrick Sahajasein, Ravi Bhurtun ou encore de Didier Hao Thyn. ?Ils ont eu l?occasion de s?entraîner pendant trois ans en France. Résultat, ce sont ces joueurs qui réalisent des performances. Ils savent comment s?entraîner et surtout maintenir leurs rythmes.?

En ce qui concerne des possibilités d?échange entre Maurice et l?héxagone, Jean-Paul Martin soutient qu?il a eu des discussions avec les dirigeants mauriciens. ?Il se pourrait que l?on s?oriente vers une coopération entre ces deux pays.?

Il faut savoir que l?expert de la FITT a eu une rencontre avec le coopérant français Christian Marty, samedi dernier, pour justement discuter des possibilités d?échanges à travers le soutien de la coopération française. Si les démarches se concrétisent, alors entraîneurs et joueurs pourront espérer se perfectionner à travers des stages en France.

Pour revenir au stage animé par le Français, il faut savoir que ce dernier était assisté de son épouse, Martine Martin, du sport coach Gérard Denis et de Sydney Picon. Ces deux derniers ont surtout servi de jury lors des examens pratiques.

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