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Jean Houbert : Les Réunionnais plus ? décolonisés que nous
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Jean Houbert : Les Réunionnais plus ? décolonisés que nous
Voilà une assertion pouvant faire localement froncer les sourcils de plus d?un indépendantiste invétéré. Elle n?est pourtant pas l??uvre de n?importe qui. Son auteur, Jean Houbert, d?origine mauricienne, est professeur de relations internationales à l?université d?Aberdeen, Ecosse. Il termine à la mi-1982 une étude comparative entre les îles dites s?urs et les politiques de décolonisation anglaise et française. Il fait, entre autres, un parallèle entre les Malouines et Mayotte, îles excisées des territoires argentin et comorien respectivement de la manière la plus colonialiste qui soit, en vertu du principe de l?autodétermination des peuples, utilisé à la Machiavel comme outil de néo-colonialisme pour maintenir une présence et une influence occidentalistes aux quatre coins du globe.
Jean Houbert quitte Maurice comme marin au début des années 1950. Sa vue défaillante le contraint ultérieurement à porter des lunettes et donc à quitter la marine, celle-ci étant allergique aux myopes comme aux astigmates. Il se rattrape en prenant de l?emploi au Collège de la Mer, chargé de l?éducation académique des marins. Cela lui permet d?étudier à la London School of Economics et à la Sorbonne. Il obtient un doctorat en relations internationales, en soutenant une thèse sur la crise de Suez.
Concernant la décolonisation des îles s?urs, il émet des thèses qui peuvent surprendre et qui appellent même des commentaires. Il affirme ainsi que le Réunionnais lui paraît plus décolonisé que le Mauricien, tout en reconnaissant que l?indépendance politique donne à celui-ci davantage de possibilités de développement dans le système capitaliste mondial que celui-là. Il précise, en outre, que l?apparente richesse supérieure du Réunionnais est factice car non produite par lui mais provenant de l?assistanat métropolitain français. Il admet même que cet assistanat bloque tout projet de développement local ou presque à la Réunion.
Il justifie ce paradoxe par sa thèse que la décolonisation de Maurice, via son indépendance, bouleverse moins radicalement le train de vie du Mauricien que la départementalisation de l?île s?ur qui change du tout au tout celui du Réunionnais. (N.B. : Il serait plus exact de parler, ici, de l?effet de Michel Debré, le véritable Père Noël de la Réunion. A l?île s?ur, il y a inéluctablement un avant et un après Papa Debré. De cet ancien Premier ministre français, en quête d?une circonscription plus sûre que celle trop hasardeuse d?Amboise, date le souci de Paris de faire de la Réunion la vitrine de la France dans l?océan Indien, aux frais des contribuables français, bien sûr. On peut difficilement parler, ici, de décolonisation alors qu?on nage en fait dans un néo-colonialisme éhonté qu?on aurait tort de critiquer puisqu?après tout il s?agit d?une affaire franco-réunionnaise).
Il se peut que la Réunion de 1982 diffère davantage de celle d?avant la départementalisation de 1946 que l?île Maurice de 1982 ne diffère de celle d?avant 1968 (mais du moins nous ne devons à personne d?autre que nous les nombreuses améliorations portées à notre économie ainsi qu?à notre manière de vivre).
Jean Houbert récuse la néo-colonisation de la Réunion car la France ne l?exploite pas mais au contraire assure jusqu?à 90% de son P.I.B. Les Réunionnais ne sont plus assez stupides pour oser réclamer à Paris leur indépendance politique. Ils souffrent toutefois de ne pas être les maîtres sur leur île et devoir à tout bout de champ se soumettre aux diktats des zoreilles que leur envoie Paris.
Il se dit de gauche et mal à l?aise pour approuver ce néo-colonialisme européen, abusant du droit d?autodétermination des peuples pour perpétuer leur domination sur d?anciennes colonies, transformées en territoires outre-mer. Il admet que l?autodétermination fut considérée comme la panacée devant permettre aux colonies d?accéder à l?autonomie et à l?indépendance. Certains Etats insulaires surprennent cependant les observateurs en réclamant leur droit de rester sous le contrôle de leur puissance coloniale. Il s?en est fallu même de 7% de voix pour que l?île Maurice de l?Intégration soit de ce nombre. En fait, le respect sacro-saint et absolu que l?Afrique décolonisée accorde, dans les années 1960, aux frontières imposées le plus arbitrairement du monde par les puissances coloniales au XIXe siècle, pérennise sans doute la pire séquelle du colonialisme imposé à certains peuples en raison de la loi du plus fort. Pensons plus particulièrement aux peuples se retrouvant arbitrairement cloisonnés derrières les frontières artificielles de plusieurs pays limitrophes, tant en Afrique, en Asie et même en Amérique latine.
De même, nous, Mauriciens, devons respecter le droit des Rodriguais, des Agaléens et des Chagossiens de demeurer les maîtres dans leurs îles natales même si juridiquement elles font partie du territoire mauricien. Nous imposer d?une quelconque manière à nos frères et s?urs de nos îles lointaines c?est déjà faire preuve d?un esprit colonialiste le plus abject.
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