Publicité
Jean-Daniel Toulouse ou l?accusateur accusé
Par
Partager cet article
Jean-Daniel Toulouse ou l?accusateur accusé
Jean-Daniel Toulouse n?en revient pas. Il a reçu cette semaine une assignation à comparaître au tribunal de Bambous pour le 19 mars. Il est en effet accusé d?avoir... troublé l?ordre public.
Employé depuis une quinzaine d?années dans l?une des salines de la région, cet habitant de la cité EDC de Grande-Rivière-Noire soutient n?avoir jamais eu jusqu?ici maille à partir avec la police. « Première fois mo gagne problème koume sa are lapolice », s?indigne ce quadragénaire, grand-père de la petite Shelly, l?enfant de l?aînée de ses quatre filles.
Un acteur engagé de son village
Assis dans sa modeste demeure, il serre nerveusement sa guitare. Il venait de sortir d?une répétition avec les membres de la chorale de l?église St-Augustin. « Depuis l?âge de quinze ans, je suis engagé dans des activités au niveau de ma paroisse et de mon village. » Actuellement vice-président du conseil de village de Grande-Rivière-Noire, il a déjà officié dans le passé comme président de village. « Tout le monde me connaît dans la paroisse et dans le village et peut témoigner de ma probité », lance-t-il comme un défi.
Depuis le 25 novembre dernier, Jean-Daniel Toulouse n?est plus le même homme. Il a perdu de sa superbe. Humilié dans son orgueil d?homme par des policiers de sa localité, il cède souvent à l?émotivité. A raconter sa mésaventure, il pleure parfois d?impuissance.
Le calvaire de Jean-Daniel Toulouse commence banalement la veille de la fête d?Eid-Ul-Fitr, le 25 novembre dernier. Une dispute conjugale aux environs 23 h 30. Il téléphone au poste de police. Sa femme continue à hurler derrière lui. Il a un policier au bout du fil. Il se ravise, coupe le téléphone et s?y rend en personne.
« Mo même ki ti téléphoné », dit-il aux policiers qui regardent la télévision. Selon ses dires, il n?a pas le temps de consigner sa déposition. Le sergent de service le somme de partir en l?insultant. « To garde femme, toi ! Risse f? aller », lui aurait lancé le sergent. Il comprend alors que les policiers ont entendu les remarques de sa femme au téléphone. « Ki mo finne faire ou pou ou koze kum sa are moi ? » dit-il au sergent. Celui-ci aurait fait le tour du comptoir et l?aurait giflé. Il rebrousse chemin mais leur fait comprendre qu?il compte les rapporter dès le lendemain matin. Mal lui en prend.
À peine a-t-il regagné la route principale, qu?un van de la police s?arrête en trombe à sa hauteur et quatre policiers en descendent. Ils le poussent avec violence à l?intérieur. Les coups pleuvent. Il est blessé à l??il. Lorsqu?il hurle sa douleur et sa peur, des gens sortent de chez eux. « Ki piti là finne faire ? » interroge quelqu?un. Les policiers n?en ont cure et le ramènent au poste.
« Zotte finne oblige moi ek batté signe lors livre ! » C?est seulement après qu?ils le laissent partir.
Pour sa part, le sergent incriminé par Jean-Daniel Toulouse reste serein. « J?ai agi dans les paramètres de la loi. Libre à Jean-Daniel Toulouse de dire ce qu?il veut. Je vais pouvoir donner ma version des faits en temps et lieu devant le forum approprié », a-t-il expliqué à l?express dimanche.
« Une volonté d?humilier »
Reste que le comble de l?humiliation pour Jean-Daniel Toulouse, c?est aujourd?hui cette lettre qui le convoque à comparaître devant le magistrat du tribunal de Bambous. D?accusateur, il estime être devenu accusé.
« C?est une parade classique. Dès qu?un citoyen porte plainte contre un policier, banne là mette en laké ferblanc are li », explique l?homme de loi de Jean-Daniel Toulouse, Me Jean-Claude Bibi. « Ce qui me révolte, c?est cette volonté cruelle de certains policiers d?humilier le citoyen sans défense ! »
Jean-Daniel Toulouse est quant à lui perplexe : « Alors que la police me poursuit actuellement, je n?entends rien des suites des plaintes que j?ai déposées au Complaints Investigation Bureau et à la Commission nationale des droits de l?Homme, il y a déjà trois mois ! »
Publicité
Publicité
Les plus récents