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Jean-Claude Gaspard A mots ouverts

3 décembre 2004, 20:00

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Cet homme là, plus il fait, mieux il fait. Ni pic, ni roc, ni péninsule, juste une carrière florissante, longue de quarante ans. Devenu chanteur de séga comme d’autres deviennent poète ou auteur, Jean-Claude Gaspard a fait comme Molière. Il s’est inspiré des travers de ses contemporains pour écrire des chansons à effet comique, de la farce la plus bouffonne jusqu’à la psychologie la plus élaborée.

Ses chefs-d’œuvres, ce sont des pièces de musique qui font aujourd’hui figure de miroir d’une société mauricienne qu’il se plaît à regarder droit dans les yeux, tantôt avec malice, tantôt en se tordant de rire. Dans la foulée, il a abordé les «problèm carri» jusqu’au «problèm la caz », en passant par les «problèm fami».

S’il n’avait pas forcément à cœur de corriger les mœurs, il souhaitait seulement mettre en musique ce que l’observateur attendri et concerné qu’il est, voulait chanter. Tout ceci, distillé avec une gouaille particulière et des « zé dé mots », des calembours jouant admirablement sur le double sens, le quiproquo, voire l’ambivalence. Des traces, il en a donc laissées par milliers, au cœur de notre patrimoine musical.

Trève de tergiversations. Son fabuleux destin commence en 1966. Un jeune homme du nom de Jean-Claude, décroche le premier prix dans un concours de radio crochet, orchestré par Serge Lebrasse et ses complices de l’orchestre des Yankees. Il vient d’interpréter Cheveux longs, idées courtes, une chanson d’une figure de la variété française, un certain Johnny Hallyday. Ce dernier, comme lui, bat aujourd’hui des records de longévité dans la musique. « Séga là ine vine tou sèl après. »

La première composition avfait déjà été écrite. Le premier séga est né quelque temps plus tard. Il s’appelle Séga wati wala. Jean-Claude Gaspard sort de l’eau pour se jeter sur un bateau, celui du séga d’ambiance. Mariage enn bénédiction, le deuxième gros succès, le fait passer du statut de jeune premier à celui d’artiste. Il fait du séga parce qu’il aime le folklore mauricien. C’est ce que lui appelle «bataz séga». «Quand enn dimoune pé assizé ek ki li tane enn séga, li bizin éna envi lévé pou li dansé. Et si li pas capav lévé dansé, li bizin content parol ki li pé tandé. »

Pendant quarante ans, Jean-Claude Gaspard est donc apparu là où on l’attendait : le séga d’ambiance. « Mo kontan séga qui touche léker, l’esprit ek la conscience ». Il s’est donc tout permis, mais il s’est surtout permis le droit d’être lui-même. « Mo séga ine reste pareil. Zordi, public préfère trouve bane zèn. Moi, mo pé commence rétire moi, mone fatigué. Banne vié bizin laissé la place bane zèn » Jean-Claude n’y va pas par quatre chemins.

Chacun a droit à sa chance. Ce n’est ni choquant, ni injuste. Il ne croit d’ailleurs pas que si l’on est star un jour, on le reste pour toujours. « Sakaine so lépok. Ti éna enn lépok kot piblic ti pli apprécié moi. » Nostalgique Jean-Claude? Non. « Sakaine so lépok. Kan mone arrive moi aussi, éna lé zok kine moins apprécié, aster ine arrive mo tour. Mo simplément fier ki mone réissi chanté pendant quarante ans. Mone faire enn pas pou nou folklore, mo espéré lé zot pou continué. »

Du côté des Gaspard, la relève est assurée. « Mo éna cinq ti fi ek dé garçon. Zot tout chanté ek dansé. » Denis-Claude et surtout la benjamine Mary-Jane, ont déjà repris le flambeau. La dynastie Gaspard est saine et sauve. L’épouse, celle qui trône dans l’anonymat au sommet de la dynastie, a été la compagne idéale. « Kan ou chante dans l’hotel et ki ou négliz ou la caz, bizin soutien enn fam, sinon pas ti pou capav arrive aussi loin. Quand mo pé paré pou allé ek ki mo pantalon trois quart ek mo chémiz à fleurs bien propre ek bien répassé, bizin merci, » souligne-t-il en riant.

Madame Gaspard, comme madame Colombo, n’apparaît jamais sur les affiches, elle préfère rester dans l’ombre de son mari et de sa célébrité, peut-être pour rester objective par rapport à tout cela, ou tout simplement parce qu’elle n’aime pas les sunlights. « Zamé li pane même permet moi dir so nom. » Et que pense Madame Gaspard de son mari? « Li pensé ki mo sérié, ki mo prend compte mo zenfan ek mo la caz, mo sérié dans mo travay. »

Et aujourd’hui qu’il a été promu chanteur populaire avec le record de la longévité, sa contribution dans le domaine culturel a été reconnue sur le plan national, dans l’Océan Indien jusqu’en Europe. Il s’est ainsi fait l’ambassadeur de son île. Ce n’est pas seulement parce qu’il a chanté Mauritius Welcomes You, c’est aussi et surtout parce qu’il s’est produit sur plusieurs scènes étrangères.

En 1990, Jean-Claude Gaspard a décroché le Certificate and Badge of honour in the field of culture. Une reconnaissance nationale qui le conforte et le réconforte. «Souvent mo gagn l’impression qui déhors, en France ou en Angleterre, banne là plis apprécié nou la mizik ki piblic morisyen. Mais si zordi mo contribition ine rekonet, mo léker content. »

Sur sa vie et son œuvre, Jean-Claude Gaspard porte un regard tranquille. « Mo fier oui, mo bien fier !» Mais l’homme n’est pas plus orgueilleux que cela. Il n’a jamais flotté sur un nuage. On ne se refait pas après une carrière prolifique, égrenée sur quarante longues années.

Jean-Claude est resté lui-même, fidèle à sa musique, son talent, son folklore, sa famille, son public et à la municipalité de Beau-Bassin Rose-Hill, où il travaille depuis trente-neuf ans. C’est ce qu’on appelle une vie bien remplie.

UN DVD POUR COURONNER 40 ANS DE CARRIERE

Il a été le premier à lancer le CD de séga chez nous avec son Dhobi de classe. C’était en 1987. Aujourd’hui, il est le premier à lancer le DVD musical local. Jean-Claude Gaspard marche malgré tout avec son temps. Ses 40 ans de scène célébrés le 28 avril au Théâtre Serge Constantin à Vacoas, se sont donc immortalisés sur DVD. Un DVD qui sortira le 10 décembre, produit et réalisé par Stage Craft Ltd. « C’est enn cado ki mo pé offert mo bane fans ek piblic morisyen en zénéral, » explique-t-il. « Si mone arrive aussi loin, c’est grâce à piblic. » Douze de ses chansons les plus connues, de Problem carri, à Dhobi de classe, en passant par Pisse pot, y figureront également en version karaoké. Le DVD sera en vente à Rs 300.

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