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Jean Claude de l?Estrac : gagner le combat de l?authenticité
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Jean Claude de l?Estrac : gagner le combat de l?authenticité
Parti pour le front. Zone de combat où s?affrontent, d?un côté, ?versions officielles, ethnocentriques ou politiques? et de l?autre, la seule soif de vérité. Jean Claude de l?Estrac en est revenu. Non pas pour ?prouver? quoi que ce soit, mais bien pour ?raconter? l?histoire. Celle des Mauriciens enfants de mille combats.
Le deuxième tome de la trilogie a été lancé mercredi 7 décembre par Raouf Bundhun, vice-président de la République. Un propos incisif et documenté qui peint tout en couleurs contrastées, la période anglaise. De la ?transition souple? entre Français et Anglais à la ?naissance d?une nation?, l?auteur évite les embuscades de ?la contradiction et de la complexité?pour égrener les années, de 1810 à 1968.
Première victoire : celle qui met en déroute ?les préjugés qui déchirent?. La blessure est si profonde que l?auteur y consacre tout un chapitre ? le quatrième de ce deuxième tome. Sujet sensible car il touche aux opinions, voire aux convictions. Le pari est de restituer le colon sans le caricaturer.
Rapporter les préjugés de la mentalité coloniale en les plaçant dans leur contexte. Faire intervenir le regard et le recul contemporain sans pour autant juger et condamner ces Mauriciens d?une autre époque.
<B>Laisser véritablement parler l?histoire</B>
L?historien se fait rapporteur. Recense les cas les plus frappants pour illustrer les relations tendues entre les Blancs et les gens de couleur. Il laisse véritablement parler l?histoire. S?efface derrière les citations lumineuses, minutieusement choisies, pour conserver son objectivité. Illustration d?une posture expliquée en avant-propos : ?En disant les choses comme elles sont, on en vient à découvrir ce qu?elles ne sont pas.?
Jean Claude de l?Estrac aligne le ?procès mascarade? et le ?martyre de Ratsitatanina?, ainsi que les tribulations du révérend Jean Lebrun. Il montre aussi son intérêt pour la petite histoire, qu?il dose d?une main assurée avec la ?grande?. Technique qui contribue à aérer le récit.
C?est en faisant l?économie de commentaires qu?il nous raconte l?histoire de ?M. Bétuel, de la population blanche, mort en 1823? qui avait demandé à être inhumé auprès de son fils, dans le cimetière destiné aux gens de couleur. Sa famille demandera son inhumation ?sous prétexte (qu?elle) serait à jamais déshonorée si ses restes étaient confondus avec ceux d?un homme de couleur?. Les faits parlent d?eux-mêmes. L?historien a atteint son but.
<B>Véritable bouleversement d?idées</B>
Ce qui lui vaut la ?caution? de Vijaya Teelock, de l?université de Maurice, historienne et présidente de l?Aapravasi Ghat Trust Fund. Elle écrit, en guise de préface : ?Une approche trop insulaire, une lecture limitée par des ?illères. Voilà ce que l?on pourrait reprocher aux diverses tentatives passées de comprendre l?histoire de Maurice. Elles auront manqué, pour la plupart, d?une perspective de longue durée.?
Approche qui sert de pierre angulaire à la ?saga de l?engagé indien, esclave de remplacement?. Jean Claude de l?Estrac éclaire ?l?émancipation économique des Indiens? avec des statistiques sans appel.
A l?image miséreuse des débuts, il substitue une autre, plus dynamique. ?En 1910, les immigrants et leurs descendants possèdent 47 888 arpents, soit 45,9 % des terres cultivables de tout le pays. Un tiers des terres sous culture de cannes leur appartient, dont 80 % à des paysans propriétaires suite aux divers projets de morcellements.?
Véritable bouleversement des idées reçues, des images gravées dans la mémoire collective. Pour le véhiculer, l?auteur se munit d?un style concis, tout en phrases courtes. Ses paragraphes d?égales longueur, aux intertitres placés à intervalles réguliers sont agréables à l??il et facilitent la lecture. Les chapitres sont construits comme des épisodes autonomes.
La bibliographie, riche de 97 ouvrages s?appuie à la fois sur les sources officielles, tel ce Report of the Royal Commissioners appointed to enquire into the treatments of Immigrants in Mauritius, de 1875. Et sur les travaux de ses confrères contemporains, tels Benjamin Moutou, Amédée Nagapen, Vijaya Teelock, ou encore le Dr Satteeanund Peerthum et Satyendra Peerthum. Autant de cordons de sécurité pour baliser les mille combats. Ceux de l?authenticité.
* Disponible en librairie à Rs 400.
EXTRAIT
<B>L?affaire Ratsitatanina</B>
■ En 1821, Ratsitatanina, un prince merina, neveu du roi Radama 1er de Madagascar, avait été exilé et enfermé ? illégalement ? dans une prison de Port-Louis à la demande du souverain malgache. Radama entretenait des rapports chaleureux avec le premier gouverneur anglais, sir Robert Townsend Farquhar. Ratsitatanina avait été envoyé à Maurice après avoir été accusé de tentative d?assassinat sur la personne de James Hastie, l?envoyé de Farquhar à Madagascar, devenu conseiller militaire de Radama.
L?évasion de Ratsitatanina, en février 1822, de la prison de Port-Louis, les accusations portées contre lui et son procès, avaient suscité des inquiétudes durables au sein de la population blanche. Si l?on en croit le témoignage de Laizafy, un complice malgache qui l?avait ensuite dénoncé, le prince s?était échappé pour rejoindre au Champ de Lort, puis à la Plaine Verte, un groupe de rebelles malgaches armés qui devaient ?descendre brûler la ville la nuit?, ?faire la guerre aux Blancs? et ?mettre le pays à feu et à sang?.
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