Publicité
Jean-Bénito, l?homme? qui n?existait pas
Par
Partager cet article
Jean-Bénito, l?homme? qui n?existait pas
Clochard, sans domicile fixe et sans identité. Non, ce n?est pas le titre d?un film, mais ces trois expressions renvoient à une histoire qui aurait pu inspirer un cinéaste.
Cette histoire, c?est celle de Jean-Bénito Thomas. Son goût pour les boissons alcoolisées, surtout le rhum blanc, et son statut de personne sans domicile fixe sont les dégâts collatéraux d?une situation qu?il partage avec des dizaines de Mauriciens. Ce sont ces citoyens qui n?ont pas été déclarés à l?état civil dans les délais prescrits par la loi après leur naissance.
Depuis le 7 août 2006, l?existence de Jean-Bénito Thomas né il y a quarante-quatre ans, plus exactement un 3 octobre 1961, à Bambous, a été formellement reconnue par le bureau de l?état civil de la république. Contrairement à la majorité des nouveau-nés, Jean-Bénito a, lui-même, été cherché son extrait de naissance au bureau de l?état civil de Bambous. Il porte le nom de son père Max Thomas. Son prénom lui vient de sa mère Marie-Noëlle née Augustin. Sa s?ur, Marie-Louise Rosette, s?en est souvenue.
« La, mo senti moi enn dimoune. Je ne peux certes pas retourner à ma tendre enfance mais je me permets de faire marche arrière et me situer au temps de mes dix-sept ans. J?ai ma carte d?identité. Je veux faire plein de choses, m?acheter une mobylette, m?inscrire à un cours d?alphabétisation, me marier, me préparer à recevoir le baptême même si cela me fait un peu peur », avoue Jean-Bénito.
Ce dernier n?a pas eu le droit légitime d?être officiellement reconnu par l?état civil à cause de la séparation de ses parents. « Voilà où mène la séparation d?un couple. Je supplie les couples de penser à leurs enfants avant de se séparer. Je n?ai pas connu mon père. Ma mère est morte alors que je n?avais que quatorze ans. Je suis allé vivre chez ma tante. On s?est séparé lorsqu?elle n?arrivait plus à supporter le comportement de l?adolescent perturbé que j?étais. J?ignorais que je n?avais pas d?acte de naissance. Ma vie a alors basculé. J?ai erré. Je suis tombé dans l?alcoolisme. Je suis devenu un clochard.
Je dormais n?importe où. L?année dernière, j?ai été sauvé par ma s?ur qui m?a donné un toit et m?a permis de mener une vie correcte », raconte Jean-Bénito.
<B>« Le plus beau moment de ma vie »
Un jour, alors qu?elle se trouvait au bureau de l?état civil de Quatre-Bornes, Marie-Louise Rosette, la grande s?ur de Jean-Bénito, croise une vieille dame qui vient effectuer son extrait de naissance pour la première fois. « Mon c?ur s?est arrêté un instant lorsqu?elle m?a appris qu?il existe une procédure au ministère de la Femme pour enregistrer les personnes qui n?ont pas d?acte de naissance. Je me suis sentie soulagée. Je me suis toujours demandé ce que je ferais si jamais un malheur arrivait à Bénito. Je suis allée voir Mme Emilien au ministère de la Femme et aujourd?hui, mon frère, qui existait sans vraiment l?être, a une identité. C?est le plus beau moment de ma vie », confie Marie-Louise.
Depuis 2005, plus de 400 de nos concitoyens ne disposant pas encore de leur acte de naissance ont été repérés et plus de 250 d?entre eux ont été régularisés. C?est le résultat d?un projet lancé par le ministère de la Femme en 2000 et qui a été renforcé avec l?institution en août 2005 d?un comité de haute instance, présidé par Rama Valayden, ministre de la Justice. Trois d?entre eux, à savoir Louis Jacques Emilien, né le 5 juin 1944, et Manuel Rui, né le 13 décembre 1972, ont reçu symboliquement leur acte de naissance lors d?une cérémonie vendredi.
Publicité
Publicité
Les plus récents