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?Je veux apporter du bonheur?

12 août 2005, 20:00

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Roger Clency, la soixantaine triomphante, quarante-huit ans de métier dans le séga mauricien. Il est aujourd?hui l?un des meilleurs ambassadeurs du séga mauricien. Ce séga qui se définit à travers son rythme et ce bonheur enivrant qu?il procure à ceux qui aiment ses saveurs. La rançon du succès : une plume avisée, de l?humour à gogo, un sens de la composition, du rythme, et beaucoup de sérieux pour ce métier qu?il chérit tant. Depuis 1958, son verbe haut, sa plume affûtée, sa gouaille de chanteur populaire, ses duos avec son ex-épouse Marie-Josée, on l?aime, de sept à soixante-dix-sept ans.

Cet as de la chanson, parfois montré du doigt en raison de son humour à la «pa tous mo zoué zoué », a souvent été abonné aux critiques condescendantes. Il les affronte avec le sourire, voire même une sérénité rafraîchissante, parce que le séga mauricien, c?est d?abord un texte travaillé, des jeux de mots subtils et un brin d?insolence populaire. Il écorche certaines réalités afin de mieux arrondir les angles. Il est d?ailleurs le premier à avoir porté l?homosexualité en chanson, sur l?album Roulé Clency, sorti en début d?année.

Cet amoureux du public, malheureux dès qu?il n?est plus sur scène, veut bientôt retrouver son ami Désiré François, pour un concert unique, en compagnie de sa compagne de route. Le beau mois d?octobre, qui fait éclore les belles couleurs de l?été, est d?ores et déjà choisi. « Je suis chanteur, j?aime les gens, j?aime la musique et j?aime la scène. Je veux seulement apporter du bonheur aux gens. »

Et comme tout artiste, Roger Clency a son double. Dans la vie de tous les jours, il est timide, un peu en retrait. C?est sur scène, qu?il devient un autre homme. La scène, ça l?amuse, ça lui plaît. « C?est ma vie, mon coin, mon jardin secret. » Avec

Marie-Josée, depuis l?époque de Valse créole et surtout de Vansa may là, Roger Clency a trouvé son port d?attache. Et comme la chanson c?est une vision du monde, des pans de réalité mauricienne, Roger Clency voudrait aujourd?hui, rendre ses lettres de noblesse au séga mauricien. Même si Paris, où sa famille et lui se sont installés en 1982, continue à lui offrir d?autres choix et d?autres possibilités artistiques.

Si le zouk antillais ou encore le reggae et le ragga marchent si bien en Europe, pourquoi pas le séga mauricien, se demande-t-il. « C?est parce que le séga mauricien est encore à la recherche de son identité. Le séga d?ambiance se perd au profit de mélodies venues d?ailleurs. Le séga c?est notre culture, notre patrimoine. Il faut que les jeunes s?y appliquent. Il faut que le séga mauricien ait une base rythmique reconnaissable, d?où l?on puiserait pour créer à nouveau, et le séga mauricien pourra s?exporter davantage.»

<B>Personnage entier</B>

Roger Clency est un personnage entier. Au fort tempérament, même si de prime abord, ce n?est pas ce que l?on remarque. Une chanson, ça vient de partout, de la rue, des journaux, de ce que l?on entend. Le séga, doit être par contre plus travaillé, plus précis. Il doit respecter un schéma précis et n?a qu?un but : divertir et faire danser.

Sa musique, comme sa vie, ne sont faites, que de notes enlevées, de spectacles, de tournées dans les hôtels, comme celle qu?il prépare pour l?année prochaine, en Europe et en Australie. Lui qui a mis ses talents au service du tourisme des années durant, veut encore, aujourd?hui, faire danser des foules. « A Paris, on chante pour les Mauriciens qui y habitent. On peut apporter du bonheur et de la gaieté pour les quelques Français qui sont là, mais ils ne connaissent pas encore notre musique. »

Difficile dans ce cas de vulgariser davantage le séga mauricien. « Il suffit de le structurer, de lui conférer une vraie identité. » Et cette identité-là, Roger Clency y travaille depuis quarante-huit ans. Et maintenant, que va-t-il faire ? Continuer à écrire, à composer, à créer, parce que la musique, c?est sa plus belle réussite. «C?est à travers la musique que j?ai construit ma vie, ma famille, mes quatre enfants et parce que la musique, c?est mon métier, je ne m?arrêterai que si je n?arrive plus à créér. »

Il rêve. Il imagine. Il invente. Il déconne. Il se brûle aussi. La reconnaissance ou le manque de reconnaissance peut décourager. « Je me suis souvent dit que j?allais arrêter, mais le lendemain, je me remettais à écrire, » explique-t-il dans un éclat de rire. Et comme les vieux loups de mers, Roger Clency surfe encore sur la même vague : le séga d?ambiance. Et toujours en ligne de mire, cette envie de voir enfin le séga mauricien arrivé au sommet. Une gageure ? Un fantasme ? Non, une aspiration.

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