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?Je suis sensible aux attentes de la population?

8 juin 2004, 20:00

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<B>? Quel est le contexte économique général du budget 2004-2005 ?</B>

Le contexte est extrêmement difficile si l?on tient compte des nombreuses incertitudes sur le plan international, notamment avec la hausse vertigineuse du prix du pétrole, les énormes pressions exercées sur les prix des matières premières par le gigantesque développement en Chine, la hausse importante des tarifs du fret, la menace grandissante du terrorisme, le démantèlement de l?Accord multifibre, sans oublier les offensives contre le Protocole sucre et les autres accords préférentiels. C?est donc dans un environnement contraignant qu?évolue l?économie mauricienne, dont la vulnérabilité aux facteurs externes ne devrait aucunement être sous-estimée ou banalisée. Cela veut dire que la reprise attendue au niveau de la croissance économique en 2004, estimée à 5,3 %, demeure précaire. Même l?inflation, qu?on a pu ramener à 3,9 %, pourrait reprendre la courbe ascendante en raison de facteurs internationaux sur lesquels on n?a aucun contrôle.

En ce qui concerne les finances publiques et le budget national, on sait tous que le présent gouvernement a hérité d?un déficit budgétaire aussi énorme que 6,7 % et d?une ardoise de dettes publiques de Rs 74 milliards, avec toutes leurs implications négatives sur l?ensemble de l?économie mauricienne. A cela, il faut ajouter que les meilleurs actifs du gouvernement, comme ceux de Mauritius Telecom, ont été vendus et les recettes mal utilisées, ce qui fait qu?il ne reste pas grand-chose à vendre pour mobiliser des ressources financières tant nécessaires pour concrétiser des projets dans l?intérêt du pays et de la population. En raison de ce lourd héritage, le présent gouvernement fait face à d?énormes contraintes budgétaires, surtout qu?il faut agir sur deux fronts : redresser les ?economic fundamentals? tout en investissant massivement pour préparer l?avenir du pays en face de la globalisation.

Les investissements publics massifs effectués ces dernières années dans l?éducation, la formation, la santé, l?ICT, le logement, le tout-à-l?égoût et dans d?autres infrastructures économiques et sociales ont exercé d?énormes pressions sur le budget national. Le déficit budgétaire, bien que ramené à moins de 6 %, reste élevé, alors que la dette publique a augmenté significativement. La marge de man?uvre est donc extrêmement limitée, notamment en raison des investissements non moins significatifs nécessaires pour les ?ongoing projects ?, du paiement de la deuxième tranche du PRB, du poids du ?servicing? de la dette, sans oublier le devoir de réduire le déficit budgétaire et la dette publique. Cette situation appelle au sens de responsabilité de tous les partenaires sociaux.

<B>? Pendant combien d?années encore le gouvernement va-t-il nous dire qu?il a hérité d?un difficile héritage des travaillistes, notamment concernant le déficit budgétaire ? </B>

Transformer une maison délabrée en un endroit où il fait bon vivre prend du temps. Il est un fait que nous avons hérité d?un déficit budgétaire représentant 6,7 % du PIB. A partir de là, nous avons lentement amélioré les choses pour ramener le déficit à 6 % et nous pensions le ramener à 5,5 % cette année. Malheureusement, on n?y arrivera pas. Il devrait tourner autour de 5,7 %.

<B>? Pourtant, il ne devrait pas y avoir d?investissements massifs de l?Etat dans les infrastructures cette année puisque tout a été fait ou presque?</B>

Pas vraiment. Dans l?éducation, par exemple, nous avons des engagements qui ont déjà été pris. Toutes les écoles n?ont pas été construites. Au niveau du tout-à-l?égout, il y a encore des projets qui sont en cours et qu?il faudra financer. Nous avons aussi nos engagements en faveur des plus démunis. Il nous reste environ encore 2 500 ?low cost housing ? à construire. Au niveau des technologies de l?information et de la communication (Tic), tout ne s?arrête pas avec la cybertour d?Ebène. Nous avons des projets pour la construction d?un ?business parks? à Rose-Belle et un autre à Goodlands.

<B>? Quels sont les principaux objectifs de l?exercice budgétaire? </B>

Le budget 2004-2005 aura pour objectifs suivants de : dynamiser davantage l?investissement privé, favoriser la création de richesses dans le pays ainsi que l?élargissement de la base économique ;

<I>privilégier la formation et réunir les conditions pour favoriser la création d?emplois ;

poursuivre le combat contre la pauvreté et l?exclusion sociale ; et

accentuer les efforts pour réduire le déficit budgétaire et la dette publique. </I>

<B>? Vous avez indiqué que le thème du budget sera la démocratisation de l?économie. Qu?est-ce que cela veut dire ? </B>

La démocratisation de l?économie ne sera pas le thème du budget 2004-2005 en tant que tel. Mais, les mesures économiques et sociales que je vais annoncer vont permettre de réunir davantage des conditions qui puissent accroître les chances et les opportunités favorisant le sens de l?initiative, la mise en valeur des ressources humaines, le développement d?une culture d?entrepreneuriat et l?élargissement de la base économique, synonyme de démocratisation économique.

Depuis que nous sommes au gouvernement, jamais auparavant les travailleurs, les laboureurs et les planteurs ont autant profité des initiatives de démocratisation. Les exemples abondent. A commencer par les bienfaits de l?Illovo Deal, qui a permis aux travailleurs-planteurs actionnaires du SIT de devenir propriétaires de 7 000 arpents de terres ayant toujours appartenu aux établissements sucriers et d?acquérir une partie de ces terres à titre individuel à des prix inimaginables dans des morcellements agricoles et résidentiels. Le VRS, de son côté, a permis, non seulement à quelque 8 000 travailleurs de toucher environ Rs 2 milliards de ?cash compensation?, mais ils vont obtenir plus de 800 arpents de terres des établissements sucriers avec toutes les infrastructures nécessaires dont la valeur dépasserait largement les Rs 3 milliards.

En sus de cela, les investissements dans l?éducation, l?accès pour tous nos enfants à une éducation qualitative, la valorisation de l?enseignement technique, les efforts au niveau de la formation et de l?orientation professionnelle? sont autant d?actions concrètes qui visent à favoriser l?éclosion de talents et de compétences. Une telle approche va nécessairement élargir le champ des opportunités à nos compatriotes. De plus, le développement apporte dans son sillage une amélioration du niveau de vie de la population. Dynamiser ce développement, un des objectifs du prochain budget, aiderait ce processus. Il y a aussi les efforts entrepris pour combattre la pauvreté et l?exclusion sociale, dont l?un des axes demeure l??economic empowerment? de ceux concernés à travers des micro-crédits qui encourage le lancement de petits business. Nous nous efforçons aussi à donner un ?boost? au secteur des petites et moyennes entreprises en général. D?ailleurs, l?attribution des responsabilités des PME à un ministère spécifique lors du dernier remaniement ministériel est une indication de la démarche gouvernementale. Toutes ces initiatives témoignent de la réelle volonté de ce gouvernement de poursuivre le vrai processus de démocratisation. Et, évidemment, le budget 2004-2005 tiendra compte de cette philosophie, qui m?est particulièrement chère.

<B>? Ce discours sur la démocratisation de l?économie n?est-il pas emprunté pour ne pas se laisser distancé par Navin Ramgoolam sur ce terrain ? </B>

Je trouve au contraire que Navin Ramgoolam a bien du culot de dire qu?on copie son discours. Pour nous, il ne s?agit pas uniquement de paroles creuses. La démocratisation de l?économie a commencé par la création du Sugar Investment Trust (SIT), qui a ouvert l?actionnariat de l?industrie sucrière aux travailleurs. Je viens d?évoquer le deal Illovo et les 7 000 arpents de terres. Le démocratisation de l?économie se poursuit avec la réforme du système éducatif, qui donne à nos enfants de meilleures chances d?accéder à une bonne éducation.

Je souhaite élargir la base de l?économie et faire de chaque Mauricien un entrepreneur. Il faut pour cela un changement de mentalité. L?aspiration de chaque jeune Mauricien ne doit pas être de trouver un emploi dans le gouvernement ou dans le secteur privé mais de créer sa propre entreprise.

<B>? Quelle est la marge de man?uvre dont vous disposez en termes de recettes et de dépenses? </B>

La marge de man?uvre est très étroite. Au niveau des recettes, un accroissement ne peut venir que d?une augmentation des taxes ou d?une administration fiscale efficiente. La Mauritius Revenue Authority, qui sera mise sur pied dans le sillage du budget, regroupera tous les départements responsables de la collecte des différentes taxes, à savoir le département de l?Income Tax, celui de la taxe sur la valeur ajoutée ainsi que le département des enregistrements et les services douaniers. L?objectif est d?assurer une meilleure coordination entre ces départements, une gestion intégrée au niveau des logistiques et un suivi plus pointu des dossiers, afin de s?attaquer résolument au problème de l?évasion fiscale. Cette approche intégrée va, sans aucun doute, permettre une administration fiscale plus efficace.

Par ailleurs, une autre manière de trouver des recettes additionnelles est de vendre des actifs. Or, comme je l?ai dit plus haut, les meilleurs actifs du gouvernement ont déjà été vendus. Donc, on ne pourra non plus jouer sur ce clavier.

En ce qui concerne les dépenses, il y a les investissements dans des ?ongoing projects? qui ne peuvent être bloqués. Toutefois, tant pour les dépenses, ?d?investissements? ou courantes, le gouvernement est déterminé à veiller à ce que l?on obtienne ?value for money?.

Pour la première fois dans l?histoire du pays, le budget national s?insère dans le cadre d?un ?Medium Term Expenditure Framework?, dont l?une des composantes est le ?result-based budgeting?. C?est un système qui assurera un monitoring constant des projets exécutés par les différents ministères et départements publics, afin de veiller à ce que les ressources financières allouées soient judicieusement utilisées et les objectifs fixés atteints dans les délais indiqués. Désormais, donc, la performance, l?efficacité et les résultats seront privilégiés. Le MTEF va nous permettre de faire des projections sur les revenus et les dépenses sur une durée de trois ans au lieu d?un an, comme c?est le cas actuellement. Ce système sera, toutefois, introduit par phases. Nous allons commencer par les ministères de l?Education et de la Formation pour ensuite inclure ceux de la Santé, de la Sécurité Sociale, de l?Environnement, des Infrastructures publiques? et ainsi de suite. Il coule de source que ce système permettra de mieux contrôler les dépenses et éviter les gaspillages.

<B>? Le déficit budgétaire reste élevé alors qu?on nous promet chaque année des mesures pour contenir les dépenses publiques?</B>

Je vous ai expliqué au début de notre entretien le pourquoi de la présente situation en ce qui concerne le déficit budgétaire. Tout découle de l?héritage légué à ce gouvernement. C?était une tâche cornélienne que de débuter avec un déficit budgétaire aussi fort que 6,7 % avec, je le répète, toutes les implications que cela comporte pour l?économie. Nous aurions pu nous contenter de redresser cette situation en évitant les investissements massifs effectués ces dernières années. Mais nous aurions commis un crime envers le pays car nous aurions hypothéqué l?avenir. Nous avons agi en tant que visionnaire et avec responsabilité. Or, nous savons que nous avons le devoir de baisser le déficit budgétaire ainsi que la dette publique. Ces deux objectifs restent nos priorités et nous poursuivrons les efforts dans cette direction. Nous prenons bel et bien des mesures pour contenir les dépenses publiques. Le mécanisme du MTEF dont je vous ai parlé sera un outil important à cet effet.

<B>? Comment comptez-vous stimuler la relance de l?investissement privé? </B>

Pour cela, il faudra attendre le discours du budget. Mais, nous savons qu?il y a des secteurs où existe un réel potentiel d?investissements. Je pense ici à l?ICT, à l?agro-industrie, à la diversification intra-sucre, à la modernisation du secteur agricole non-sucre, aux industries de substitution, au secteur des ?seafoods ?, aux infrastructures, aux services en général, sans oublier les opportunités dans des pays de la région.

<B>? On a l?impression que le gouvernement en veut au secteur privé pour ne pas avoir joué le jeu au niveau de l?investissement ? </B>

Je ne pense pas que ce soit le cas. D?ailleurs, je suis satisfait que l?investissement reparte. Le secteur privé commence à reprendre confiance dans l?économie et cela ne peut qu?être positif. Il faut que le secteur privé saisisse toutes les opportunités. Les taux d?intérêt ont baissé considérablement. Je sais que ce n?est pas le seul facteur déterminant mais cela devrait quand même contribuer. Si on est honnête, il faudra reconnaître que le gouvernement a créé le bon environnement pour l?investissement.

<B>? La création d?emploi vous préoccupe-t-elle ? </B>

Je suis conscient que c?est un dossier qui mérite attention. C?est le devoir du gouvernement de créer les conditions nécessaires pour la création d?emploi. C?est d?ailleurs l?une de nos priorités pour l?avenir. En tant que ministre des Finances responsable, je veux prendre des mesures pour assurer l?avenir de mes concitoyens. La population aussi a sa part de responsabilités. Elle doit pouvoir choisir ceux qui dirigeront au mieux sa destinée.

<B>? Peut-on s?attendre à un allègement de la fiscalité ? Existe-il une chance que la TVA soit réduite ? </B>

Une telle éventualité n?est même pas imaginable à ce stade. Le contexte et les contraintes budgétaires étant ce qu?ils sont, seuls des magiciens pourraient créer une telle illusion. Or, je ne suis pas un magicien et je ne peux faire des miracles.

<B>? Ce qui voudrait dire qu?il n?y aura pas de budget électoraliste ? </B>

J?ai les pieds bien sur terre et je continuerai à agir avec réalisme et responsabilité dans l?intérêt du pays. Toutefois, je dirai que je suis sensible à certaines attentes de la population, surtout de ceux au bas de l?échelle.

<I>Propos recueillis par</I> <B>Stéphane SAMINADEN</B>

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