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?Je suis exaspéré?

18 mars 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B> Loin de nous l?idée de vouloir sous-estimer vos capacités, mais il est très rare de voir un athlète faire son come-back à 33 ans?</B>

? Justement, ce que beaucoup de gens ne veulent pas comprendre, c?est que je ne fais pas de come-back...(rires). C?est mon fils Arnaud, 10 ans, qui m?a encouragé à reprendre les entraînements.

Au cours d?une conversation en décembre dernier, il m?a demandé pourquoi j?avais arrêté. Je lui ai expliqué que je ne me sentais plus motivé. Mais il a insisté pour que je reprenne, arguant que cela lui ferait énormément plaisir de me revoir sur le court. Et puis, je pense que j?ai beaucoup à donner aux jeunes et là il n?y a pas meilleure façon que de leur servir de sparring partner. Le fait d?être sparring partner et non un membre de la sélection évite les rivalités et facilite le partage des connaissances. Mais les joueurs devront rester sur leur garde, car, à chaque fois que je monterai sur le court, ce sera pour gagner. En ce faisant, j?obligerai les autres à me suivre et éventuellement me surpasser. C?est la tactique qu?utilisait l?ancien DTN, Venu Gopal, à chaque fois qu?il jouait contre moi. Sa tactique avait porté ses fruits.

● <B>Si Eddy Clarisse s?investit autant, c?est qu?il a certainement quelque chose derrière la tête. Serait-ce le Championnat d?Afrique et les Jeux du Commonwealth, l?année prochaine ?</B>

? (?Rires) Les Jeux du Commonwealth, pas vraiment, mais le Championnat d?Afrique, peut-être. Cela dépendra de beaucoup de choses. Par exemple, serai-je capable de maintenir le rythme jusqu?à l?année prochaine ? En tout cas, je ne veux pas commettre la même erreur que pour les JIOI, c?est-à-dire reprendre les entraînements six mois avant. Et puis, je souhaite apporter mon soutien à l?entraîneur national, Annirao Dajee. J?ai écrit une lettre en ce sens au comité ad hoc de la fédération.

● <B>Justement, vous vous êtes inscrit au ?high level coaching course? qui aura lieu le mois prochain au Kenya? Envisagez-vous de prendre le tablier d?entraîneur ?</B>

? En tout cas, je n?ai nullement l?intention de prendre celui d?Annirao Dajee. Le stage du Kenya, si je suis retenu, me permettra d?approfondir mes connaissances dans le domaine du coaching et surtout de mettre en pratique ce que j?ai appris en théorie et durant mes 15 années passées au sein de la sélection.

● <B>Si le coaching vous intéresse tant, pourquoi avoir renoncé à votre emploi comme sports coach au MJS ?</B>

Très bonne question... (rires). J?ai renoncé parce que je n?étais pas prêt pour assumer cette fonction. Je voulais essayer autre chose et relever d?autres défis. Je pense que j?avais besoin de la discipline et de la rigueur du secteur privé. Mais je n?ai pas quitté le domaine du sport pour autant car j?ai travaillé pour une compagnie qui vend des équipements sportifs. Et j?ai été souvent appelé à travailler en étroite collaboration avec le ministère des Sports. Je ne crois pas que j?arriverai un jour à m?éloigner du monde sportif. D?ailleurs, j?ai fait une demande au ministère pour réintégrer mon poste de sports coach. J?espère que mes démarches aboutiront.

● <B> Vous vous sentez donc prêt à assumer les fonctions d?entraîneur ?</B>

? J?ai envie de partager. Je pense qu?il y a pas mal de jeunes comme Denis Constantin qui ont besoin d?être guidés et encouragés. Je veux les aider.

● <B> Le niveau du badminton mauricien est en chute libre, êtes-vous de cet avis ?</B>

? Oui, c?est malheureusement le cas. D?ailleurs, j?ai eu l?occasion de discuter de la situation avec un des membres du comité ad hoc, Gilles Allet. On est l?une des rares fédérations dont la plupart des joueurs sont diplômés. Arrivé un moment, les jeunes sont appelés à réduire considérablement le rythme des entraînements voire même sacrifier le sport au profit des études. Et là, je pense à des anciens éléments de la sélection, dont Yovana Marudamuthu, Irfan Elaybocus ou encore Norman Fong Sing qui poursuivent leurs études au Canada.

Le fait d?avoir coupé tout contact avec le haut niveau a également contribué à la chute du badminton mauricien. Avant, nous avions au moins un stage de haut niveau par an à l?étranger, ce qui nous aidait à progresser. Et puis, on participait à des tournois internationaux en Europe et en Asie. Maintenant, il n?y a plus de frottement avec le haut niveau. Les Seychelles, par contre, ont investi énormément dans des stages à l?étranger dont en Chine. Ce n?est pas étonnant qu?on s?est fait rattraper par les autres pays de la région.

Il y a aussi les fameux conflits au sein de la fédération qui ont perduré pendant des années. Les dirigeants sont comme des parents. Quand les parents se bagarrent, ce sont les enfants qui en souffrent. Ils sont souvent pris entre deux feux. C?est ce qui s?est passé en badminton.

<B><I>?Le système actuel encourage malheureusement la paresse. Résultat : les performances ne sont plus à la hauteur. Il faut absolument revoir ce système.? </B></I>

● <B> Pensez-vous que l?absence d?un directeur technique national (DTN) a également contribué à la chute du badminton local ?</B>

? Si vous m?aviez posé la question, il y a quelques années, je vous aurai certainement répondu par l?affirmative. Mais je pense qu?il faut regarder les choses d?un autre oeil. On a tendance à prendre la parole d?un entraîneur étranger comme parole d?évangile. Et pourtant, nous avons des entraîneurs qualifiés à Maurice à l?instar de Sylvain Hennequin et Annirao Dajee qui peuvent s?occuper de la préparation de l?élite. Si ces personnes acceptent de travailler ensemble, ils feront du bon travail.

● <B>Mais ne pensez-vous pas qu?aussi longtemps que les entraîneurs auront leurs enfants ou encore des proches au sein de la sélection, ils auront du mal à se faire accepter par les joueurs ?</B>

? Le contexte mauricien est tel qu?il faut malheureusement faire avec. Qu?on le veuille ou non, les sentiments personnels passeront toujours avant. Mais il est du devoir de l?entraîneur de s?assurer que ses actes n?affectent pas les autres.

● <B> Un poste de dirigeant à l?AMB vous intéresse-t-il ?</B>

? Pourquoi pas !

● <B> Vous êtes membre de la World Olympian Association de Maurice. Parlez-nous de cet organisme ?</B>

? Son rôle est de promouvoir l?esprit de l?olympisme et amener les jeunes vers le sport. Il est, toutefois, malheureux de constater que les olympiens sont en train de commettre les mêmes erreurs que nos dirigeants sportifs. Il y a actuellement deux groupes qui se battent pour diriger l?association. Cette situation m?attriste. J?ai l?intention de soumettre ma démission. Je reviendrai seulement quand les olympiens se réuniront comme une famille.

Vous avez été athlète de haut niveau puis entraîneur. Quel regard jetez-vous sur le sport mauricien ?</B>

? Le sport se porte mal. Dans 70 % des fédérations, les dirigeants se battent soit pour un billet d?avion soit pour assister aux Jeux olympiques. C?est toujours l?intérêt personnel qui prime. Les conflits internes des fédérations finissent par ternir l?image du sport au point que même les sponsors ne souhaitent plus investir dans ce domaine. Et ce sont la discipline et les athlètes qui en font les frais.

Et puis, les fédérations ne font pas suffisamment de marketing pour vendre leurs disciplines auprès des jeunes.

Comment sortir le sport mauricien du gouffre ?

? Il faudra renouveler l?effectif des fédérations et trouver des gens qui veulent travailler pour le sport et non pour leurs intérêts personnels. Qu?ils soient honnêtes envers eux-mêmes. Il faudra également revoir le système de l?allocation de bourses de haut niveau. Cela m?exaspère de voir qu?un athlète ne s?entraîne qu?un minimum de 32 heures par mois, soit à raison de quatre séances de deux heures par jour. Et là encore, il faut compter combien de temps l?athlète passe sur le terrain de jeu car il faut compter l?échauffement et le temps consacré au ?coze cozé?. À mon époque, on s?entraînait un minimum de 20 heures par semaine. Le système actuel encourage malheureusement la paresse. Résultat : les performances ne sont plus à la hauteur. Il faut absolument revoir ce système.

● <B>Que pensez-vous du Trust Fund for Excellence in Sports ?</B>

? C?est une très bonne chose. Il ne faut pas que l?État se serve des athlètes uniquement pour ramener des médailles. Il est important que l?athlète soit rassuré sur son avenir professionnel.

● <B>Parlons actualité? Comment avez-vous célébré la fête de l?Indépendance ?</B>

? Comme j?avais une finale à disputer le lendemain (NdlR : la finale du Tara Republic Open dont il est le vainqueur) j?en ai profité pour me reposer en écoutant la radio.

● <B> Qu?est-ce que cette fête représente pour vous ?</B>

? L?indépendance est très importante pour tout individu. Les Réunionnais, par exemple, envient la débrouillardise des Mauriciens car ils dépendent toujours de la France.

● <B> Suivez-vous l?actualité politique ?</B>

? Ces derniers temps oui, surtout depuis les démissions de certains ministres.

● <B> Qui, selon-vous, remportera les élections générales cette année ?</B>

? C?est l?électorat qui a la réponse. Quoique les récents sondages aient montré que la bataille sera difficile.

● <B>Si on vous donnait la possibilité de choisir le ministre des Sports, qui choisiriez-vous ?</B>

? (?rires) Moi !

<I>Propos recueillis par</I> <B>Neeta Persand</B>

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