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Jardin ou... jungle ?
Il n?est pas nécessaire de faire des kilomètres pour se rendre compte qu?il y a un laisser-aller terrible dans le jardin des Pamplemousses, visité annuellement par des milliers de touristes et de Mauriciens.
Dès la grille principale en fer forgé franchie, le regard est agressé par des bouteilles en plastique de boissons gazeuses ou d?eau minérale vides, jetées à même la pelouse, à deux pas de l?entrée. Celles-ci donnent déjà le ton de ce qui va suivre.
Et au fur et à mesure que l?on avance, on est surpris par le nombre de feuilles mortes tapissant les allées et qui font franchement désordre. Autour du tronc de certains palmiers, dénombrés à plus de 80 variétés en ce lieu verdoyant, les longues branches mortes tombées au sol, entament leur lente mais sûre biodégradation.
La peinture sur certains panneaux indicateurs des allées est écaillée et il faut s?y prendre à deux fois pour lire ce qui y est inscrit. Le panneau désignant l?avenue Bernardin-de-St-Pierre a été détaché et une main attentionnée l?a déposé au pied d?un arbre.
Sur de vastes étendues du parc, l?herbe semble n?avoir pas été tondue depuis des semaines. Et comme en été, les guêpes ont tendance à s?y loger et que les touristes déambulent souvent en savates, les risques de piqûres sont accrus.
Les nénuphars, qui ont fait la réputation de ce lieu légendaire, font pâle figure dans le bassin, certaines feuilles, étant rongées sur leurs bords, montrent des signes visibles de maladie.
Des termites ont commencé à envahir quantité d?arbres dont l?acacia ? Samania saman ? alors que sur d?autres, des lianes parasitaires se sont installées et gagnent chaque jour des pouces de terrain.
Les bouteilles vides en plastique se retrouvent ça et là. Pas en quantité monstre certes mais suffisamment pour ne pas passer inaperçues. On en trouve même dans un des cours d?eau qui traverse le jardin, aux côtés de cocos éventrés, de mouchoirs en papier usagés, de papiers de bonbons et de sachets plastifiés.
Le guide d?un tour-opérateur qui fait visiter habituellement le jardin aux touristes, confiait hier qu?il a eu le souffle coupé quand un touriste, désignant une bouteille en plastique vide, lui a demandé le nom de cette fleur rare. ?J?ai eu la honte de ma vie.?
Et pourtant, il y a des poubelles disposées dans le jardin mais celles-ci n?ont pas de couvercle et leur contenu est à la merci des corbeaux et autres chats et chiens errants qui y ont élu domicile. Une chienne qui vient juste de mettre bas non loin de la sortie, défend d?ailleurs férocement son territoire, fonçant sur les passants en montrant les crocs. Et gare à celui qui ne presserait pas le pas !
L?ancien enclos aux tortues, non loin de la sortie, laissé à l?abandon, a commencé à prendre des allures de dépotoir avec ses sachets plastifiés qui y ont été jetés, ses bouts de papiers sales et son conteneur en polystyrène.
Cette dégradation de l?une des richesses de notre patrimoine fait mal au c?ur et excède bon nombre de personnes, à commencer par les tour-opérateurs et leurs guides. ?C?est révoltant et incompréhensible?, s?insurge un guide. ?C?est vrai que cela montre l?incivisme des gens mais une société de nettoyage privée, sous contrat du ministère de l?Agriculture, est censée s?occuper du nettoyage et de l?entretien des lieux. Or, c?est visible que tel n?est pas le cas. Quelle image donnons-nous aux touristes ??
Interrogée, Maya Hanoomanjee, secrétaire permanent au ministère de l?Agriculture, déclare que le ministère est très conscient du laisser-aller qui prévaut au Jardin de Pamplemousses. C?est pour cette raison que le contrat de la société de nettoyage qui s?en occupait n?a pas été renouvelé. ?Nous avons lancé de nouveaux appels d?offres. Le choix est actuellement finalisé?.
Elle dit avoir donné des instructions au responsable du parc depuis plusieurs semaines pour qu?entre-temps, les laboureurs du ministère s?occupent du jardin et elle s?étonne que rien n?ait été fait. ?Je me demande pourquoi mes instructions n?ont pas été suivies. En tous cas, nous situerons les responsabilités et prendrons les mesures correctives appropriées?, déclare-t-elle avec fermeté. Il serait grand temps, avant que ce fameux jardin ne devienne jungle.
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