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Jaitley : l?homme qui monte en Inde

4 octobre 2003, 20:00

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Cancun a été un succès pour le ministre indien du commerce et de l?industrie, Arun Jaitley, accueilli en héros à son retour pour avoir tenu bon face aux pays développés dans les négociations agricoles. Le sort de 650 millions de fermiers indiens était en jeu, ce que nul parti politique ne peut négliger, à un an des élections générales. En outre, comme le dit le ministre des Finances, Jaswant Singh, « l?agriculture n?est pas qu?une activité économique, en Inde, mais une façon de vivre ».

À plus de 50 ans, Arun Jaitley fait figure de « jeune Turc » au Bharatiya Janata Party (BJP), comparé aux poids lourds que sont le Premier ministre, Atal Bihari Vajpayee, 78 ans, ou le vice-Premier ministre et ministre de l?Intérieur, Lal Khrisna Advani, 75 ans. Suave, élégant, très bon orateur, l?homme est monté en puissance avec l?arrivée du BJP au pouvoir. Depuis 1999, il a occupé plusieurs postes ministériels, comme celui de l?Information, du Désinvestissement (privatisation), de la Justice, enfin du Commerce et de l?industrie après un bref passage à la direction du parti.

En 1974, quand il était président de l?union des étudiants de l?université de Delhi, il avait brûlé l?effigie d?Indira Gandhi afin de protester contre l?état d?urgence. Alors admirateur de Jai Prakash Narayan, il a été emprisonné. À cette époque, Arun Jaitley était prêt à abandonner la politique pour exercer son métier d?avocat. Celui-ci le conduira à défendre des grandes multinationales, celles mêmes que dénoncent avec tant d?ardeur les « durs » du BJP qui opposent leur politique de swadeshi (l?Inde aux Indiens par les Indiens) à la globalisation, vécue comme une menace.

Arun Jaitley est habile et si Cancun représentait sa première grande conférence internationale, il n?y est pas parti les mains vides. Il s?est d?abord assuré d?un large consensus interne sur les grandes lignes de ce que l?Inde pouvait ou non accepter. Au Mexique, sa première préoccupation a aussi été de rassembler, derrière ou avec l?Inde, un certain nombre de pays en développement.

Les 300 milliards de dollars de subventions agricoles des pays riches ont été son premier cheval de bataille. Il a dit aux États-Unis et à l?Union européenne que, si des réformes agricoles étaient nécessaires, elles devaient commencer en Europe et en Amérique. « Nous ne voulons pas priver d?emplois les fermiers européens. Nous voulons sauver nos propres fermiers », répétait M. Jaitley à Cancun. Avec un message simple : les subventions dans les pays riches déforment les prix sur les marchés agricoles et pénalisent les pauvres.

La deuxième préoccupation de l?Inde va dans le même sens : son marché doit être protégé contre les produits occidentaux qui, comme la viande ou les produits laitiers, pénètrent désormais les boutiques indiennes grâce à l?abaissement des tarifs douaniers et des taxes.

Au-delà de l?agriculture, Arun Jaitley a voulu favoriser l?expansion de l?économie indienne. Dans le collimateur du négociateur, les restrictions imposées par les pays riches aux mouvements de la main-d??uvre qualifiée et les freins mis à la délocalisation (outsourcing). La délocalisation ne cesse en effet de se développer, notamment dans le domaine informatique, qui représente en Inde plus d?un million d?emplois et apporte d?appréciables ressources en devises.

2003 Le Monde ?

Françoise Chipaux

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