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Jacques Weber, ou la délection voluptueuse du verbe
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Jacques Weber, ou la délection voluptueuse du verbe
Jacques Weber nous est revenu après 18 ans, quand il se produisit sur la scène du Plaza. Revenu par amour. Charmé par l?hospitalité proverbiale du Mauricien ; épris, en juin dernier, du fol amour généré par ?ce vrai petit bijou, sublime, si beau, si touchant, à l?acoustique magnifique?. ?C?est une musique. On a envie d?y entendre sa voix. S?installe un rapport intime...? Ce sont ses mots de mercredi dernier, à l?hôtel Saint-Géran, qui l?accueille. Il s?agit du plus beau théâtre de l?océan Indien, celui de Port-Louis, riche d?une mémoire féconde.
Le comédien est venu nous offrir une lecture vivante de Mikhaïl Boulgakov dans Le Roman de Molière. C?était samedi soir au Théâtre de Port-Louis. D?actualité, Molière ? Il ne compte pas y chercher quelque contemporanéité. ?Il est temps de se rendre compte qu?il s?agit de pièces du XVIIe siècle et de les apprécier comme telles. C?est presque comme une tentation archéologique qui consisterait à exhumer et autopsier nos propres racines. Je ne cherche pas à ?vulgariser?. C?est un terme que je n?aime pas.?
Jacques Weber est sur scène. Une scène dénudée. Pour seuls compagnons, une banquette et un pupitre minimalistes où reposent ses feuillets d?un texte qu?il ne porte pas totalement en mémoire. Jacques Weber est en scène pour une lecture-spectacle. Heureux de dire.
Aux premières paroles, son visage s?éclaire. Il allume le ventre noir de l?espace. Le ballet de ses mains croque la parole, la caresse avec volupté,
l?enveloppe, l?enroule, la déroule. Ses mains ramènent en mémoire celles d?Hurbert Von Karayan dirigeant son orchestre philharmonique ; ou encore celles de Brel sur la scène du défunt Pathé Palace. La vastitude du geste, mémoire du geste juste. Fascinant !
Etrange communion
On assiste aux épousailles du lieu et d?un vieux routier qui a incarné tous les grands rôles du répertoire classique, qui a habité tous les théâtres de France. ?Cela se passe souvent comme ça dans le milieu du théâtre. avait-il dit. Un comédien ou un metteur en scène ayant un rapport privilégié avec un auteur ou un lieu particulier.? Avec l?éclairagiste aussi, peut-on présumer.
On touche du doigt la phrase célèbre de Louis Jouvet que rappelait Weber : ?Au théâtre, on joue. Au cinéma, on a joué.? Ce samedi soir, Jacques Weber a tant joué, a tant vécu sa lecture, que des mots se sont permis de lui filer entre les doigts. On joue, on lit, on vit. Au point où, ne pas connaître son texte, ajoute à l? authenticité de l?instant. Le comédien constamment entre texte et lecture. Où la parole prime. N?est-ce pas ?la sensualité de la langue?, qu?elle soit de Racine, ou de Marguerite Duras, ?ce dénuement du langage, jusqu?à un équilibre de musicalit?, qui captive Jacques Weber ? On vit pourtant une lecture-spectacle, dont le metteur en scène est son épouse Christine Weber; et son régisseur général, Xavier Gallais, ?un des grands, grands, grands comédiens?.
Par contre, ici, la manière dont le romancier traite la thématique l?enchante tout autant. ?C?est un très grand romancier que Boulgakov. Il s?est emparé de la vie de Molière d?une plume magnifique. En bordure du fantastique. Un humour à chaque recoin de mot. Lui qui a eu les mêmes rapports avec Staline que Molière avec Louis XIV,il nous en dit beaucoup aussi du rapport entre l?Etat et l?artiste, entre l?artiste et le pouvoir.? L?on pense inévitablement au combat des intermittents du spectacle ces jours-ci en France.
Et s?il arrivait à cet ?insoumis? des planches, à ce monstre de comédien, tant à la scène qu?au cinéma, qu?à la télévision, de perdre la voix ? Question qui, visiblement, lui fait peur. ?Cette question est étonnante. J?ai déjà vécu une phobie de ce genre. J?écrirais. Mais pas pour le théâtre. C?est peut-être dû à une sorte de claustrophobie. J?aime les grands espaces du cinéma.? De son avis, c?est la concentration qui diffère entre jouer au théâtre et jouer au cinéma. Son impression de la télévision se résume par le v?u de Victor Hugo : ?Je rêve d?écrire un théâtre qui ne peut se lire que dans un fauteuil.?
Et si le théâtre se faisait diurne ? Autre question qui désarçonne ce chaleureux comédien, heureux d?être à Maurice. ?Le théâtre est une tradition de la nuit. Je pense à Shakespeare et autres. C?est un confort qui conforte. Peut-être que face à la difficulté??
A noter que le spectacle n?aurait pas eu lieu sans la participation de l?agence Immedia, en partenariat avec le CCB.
Jeanne Gerval ? Arouff
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