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Interview de Le Pen l?ami de Duval-Ramgoolam

26 décembre 2005, 20:00

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La presse gouvernementale n?hésite pas, en cette fin de décembre 1980, d?interviewer Jean Marie Le Pen et d?offrir à ses lecteurs, en guise d?étrennes, des propos lepénistes. L?aubaine paraît trop alléchante, aux yeux de ce quotidien pro-Duval et pro-Ramgoolam, pour rater l?opportunité d?interviewer un des seize candidats à l?élection présidentielle de la République française. Celle-ci verra, le 10 mai 1981, l?élection de Mitterrand (nul n?a oublié son pèlerinage initial, une rose à la main, dans le Panthéon français et son recueillement devant la tombe de Jean Moulin) et la défaite de Valéry Giscard d?Estaing (ni son lugubre ?au-revoir? à la population française). Le prétexte trouvé, à cette interview, par cette presse à la solde de l?Hôtel du gouvernement, est de savoir qui se cache derrière la candidature de l?extrême-droite française. Nous apprenons par la même occasion que Gaëtan Duval est partie prenante avec son ami, Jean Marie Le Pen, de la création d?un front anti-communiste dans le sud-ouest de l?océan Indien.

Q : Quelles en sont la signification et la portée ?

J.M.L.P : L?hégémonie communiste est une menace mondiale. Elle s?exerce partout inlassablement et implacablement. L?Occident est impuissant à la contrer efficacement (N.B. Voilà qui sous-estime l?impact du coca-cola, du chewing-gum, du blue jean, de la pop-music, d?Hollywood et de ses navets). Dans le tiers monde, le communisme porte habilement le masque du nationalisme et de? l?indépendance. Il faut coordonner les possibilités de réaction et de défense face à cet adversaire protéiforme. Cela suppose l?échange d?informations et l?appui réciproque. Bref, c?est un pacte d?alliance politique.

Q : A Maurice comme ailleurs ?

J.M.L.P. : A chaque cas spécifique, sa solution appropriée. Il faut montrer la voie à un Occident en repli et en désordre. Le communisme ne peut qu?apporter la mort et la misère.

Q : Quelle forme concrète revêtira le pacte politique privé ?

J.M.L.P. : Nous avons procédé à des entretiens préliminaires. Nous nous sommes mis d?accord sur la perception du danger et de l?ennemi à combattre. Des négociations ultérieures élargiront et préciseront à la fois notre combat. Nous y intéresserons d?autres pays ainsi que des exilés politiques.

Q : Visez-vous plus particulièrement les Seychelles, Madagascar et les Comores ?

J.M.L.P. : Nous visons tous les pays de la région ayant appartenu jadis à la France. Cela inclut, bien sûr, ceux qui subissent un régime communiste et qui encourent le risque de se « cubaniser ».

Q : Y a-t-il des possibilités d?opposition à Madagascar ?

J.M.L.P. : Le communisme porte en lui sa propre mort. Il est impuissant à résoudre les problèmes économiques et sociaux mondiaux. Les pays communistes s?enfoncent dans la misère et la médiocrité. Ils doivent recourir à la force et à la dictature. Leur démesure finit par engendrer une opposition.

(N.B. Sage est l?auteur de cette prière ?Seigneur préserve-moi de mes amis??)

Q : Que pensez-vous de la situation politique mauricienne ?

J.M.L.P. : Maurice est un microcosme des problèmes devant se poser au monde entier. Elle fournit la preuve de la possibilité du vivre ensemble et harmonieux de différentes ethnies, chacune conservant son génie propre. La démocratie n?est pas tant la règle de la majorité qu?une prépondérance corrigée par le respect scrupuleux des droits de la minorité. Un gouvernement, même élu à une forte majorité (90 % de suffrages à un régime hitlérien, par exemple) n?a jamais le droit de faire n?importe quoi. La diversité ethnique de Maurice constitue sa principale richesse. L?équilibre à respecter n?est pas facile. Rien ne l?est. Elle y est parvenue.

Q : Que conseiller à ceux qui croient dans des solutions communistes à leurs problèmes ?

J.M.L.P. : Qu?ils visitent un pays subissant un régime communiste. Quelques jours leur suffiront pour tout savoir de leur régime policier, de l?absence de toute liberté même syndicale, du manque d?efficacité économique.

Q : Les avez-vous visités ?

J.M.L.P. : Pas tous mais ce que j?ai vu me suffit. S?ils sont les paradis marxistes sur terre qu?ils prétendent être pourquoi tant de personnes risquent leur vie pour les fuir ? Pourquoi un rideau de fer pour empêcher la sortie de ceux qui veulent s?en aller et interdire l?entrée de ceux qui veulent voir de visu leur modus operandi.

Q : Que signifie, en politique, être de droite?

J.M.L.P. : On peut taxer la droite d?être réaliste et même parfois d?égoïsme. On ne peut la taxer d?utopisme. Elle tient compte des réalités et que l?homme existe dans une dimension précise. C?est à tort qu?on nomme de droite le nazisme ou le fascisme. Ils sont de gauche en ce sens qu?ils promettent un paradis si on leur permet de supprimer ceci ou cela. Mussolini est un élu socialiste. Hitler se félicite au départ de sa victoire prolétarienne. J?accepte une division politique droite/gauche comme la séparation, la distinction entre réalistes et utopistes. Il y a loin entre l?énoncé des idées généreuses et leur matérialisation. Les plus beaux discours contre la peine de mort sont l??uvre de Marat et de Robespierre.

N.B. : ?Ô Liberté, que de crimes commet-on en ton nom !? C?est encore Péguy qui observe que ?tout commence en mystique et tout finit en politique?.

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