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?Infosys recherche l?excellence?

26 avril 2004, 20:00

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Pouvez-vous résumer en quelques mots la culture d?Infosys ?

D?abord, nous sommes une entreprise qui attache beaucoup d?importance au respect des individus. Puis, nous nous assurons que la méritocratie prime toujours. Ensuite, il faut avoir le sens de l?équité en menant des négociations et le client doit rester le point focal de notre attention. Finalement, les leaders doivent donner le bon exemple. Toutes ces valeurs auxquelles nous adhérons ont une nature universelle. Leur finalité : la recherche de l?excellence. C?est notre devise.

L?histoire d?Infosys est singulière. Ses fondateurs n?avaient aucune fortune au départ. 23 ans après, vous avez atteint une taille mondiale?

C?est une industrie où l?on peut partir de zéro et croître rapidement. C?est la voie qu?ont suivie Microsoft, Dell et Oracle, entre autres.

En Inde, de tels exemples sont plutôt rares?

C?est vrai que nous sommes les premiers en Inde à avoir développé de cette manière alors que nous avons démarré dans des conditions modestes. C?est d?ailleurs une grande satisfaction pour nous d?avoir donné cet exemple de réussite sur un plan global. L?Inde a été historiquement une nation de petits entrepreneurs, de petits ?shopwallahs?(boutiquiers) et d?agriculteurs. Nous n?avions pas jusqu?ici pensé sur une échelle globale. Les Indiens pensaient qu?on a besoin d?un héritage familial important pour établir un conglomérat. Infosys a apporté la preuve que l?on peut créer la richesse et la partager avec beaucoup de gens sans en posséder au départ.

Racontez-nous les différentes phases de l?aventure d?Infosys.

Les premiers dix ans ont été difficiles. Nous avons à peine enregistré une croissance durant la période de 1981 à 1991. Je me souviens, qu?en 1989, nous avions presque abandonné. Cepen-dant Narayan Muthy nous a dit qu?il va persévérer même s?il devait être le seul rescapé du groupe. Nous avons repris espoir. Peu à peu le destin allait nous sourire. En 1993, Infosys comptait 300 employés. Nous employons aujourd?hui 25 000 personnes. Les revenus du groupe s?élèvent à $1 milliard. La capitalisation boursière de l?entreprise a atteint $10 milliards.

Sur quels atouts repose ce succès indien dans le domaine de l?informatique ?

Je ne crois pas que le peuple indien a des aptitudes particulières. L?Inde est un pays très vaste et dispose ainsi d?un réservoir immense de talents. Ensuite, le système d?éducation est un facteur qui a énormément aidé l?industrie informatique à décoller. Alors que les Américains et les Européens concentraient leurs efforts à former des banquiers et des avocats, l?Inde produisait des ingénieurs en masse. Cela n?a pas toujours été le cas. Dans les années 50, on produisait des enseignants. Durant les années 60, chacun aspirait au statut de fonctionnaire. Durant les années 70, la profession de médecin avait la cote. Puis, dans les années 80, le métier d?ingénieur a commencé à attirer nos meilleurs talents.

Un coup d??il au CV des directeurs d?Infosys démontre d?ailleurs que vous avez tous une formation d?ingénieurs et pas de managers?

Dans une entreprise, la stratégie compte pour seulement 10 %. Ce sont les aptitudes propres des employés qui en font le succès. Du reste, je crois que la formation scientifique aide à développer un raisonnement logique et un esprit structuré, deux facteurs essentiels pour réussir en management.

Quel accent est mis sur la formation à l?intérieur de l?entreprise ?

Chaque employé doit obligatoirement subir une formation d?une durée de dix jours par an. Nous consacrons un budget très lourd à cet item. C?est pour cette raison que nous construisons à Mysore un centre doté des facilités modernes pour assurer la formation de nos employés. Il y a trois types de formation. D?abord il s?agit de familiariser la recrue avec la technologie que nous employons. Ensuite nous offrons une formation continue aux anciens. Et finalement, les plus brillants ont accès à des cours de gestion et éventuellement de leadership.

A quel rythme croît l?industrie informatique ?

Au niveau mondial le taux se situe entre 8 % et 12 %. Dans certains secteurs spécifiques des TIC, tels les services externalisés, le chiffre atteint les 30 %. La progression sera très forte pendant longtemps encore. C?est une tendance qui ne peut être freinée à moyen terme.

Les nouveaux compétiteurs sont-ils une menace pour l?Inde?

L?Inde a pris une avance considérable qu?il sera difficile de rattraper. Nous avons un modèle de développement qui repose, comme je l?ai dit, sur un système éducatif performant. Nos universités produisent chaque année 3 millions de diplômés, dont 275 000 ingénieurs. Seuls les Etats-Unis font mieux. De ce nombre environ 70 000 poursuivent des études de MBA. Les compagnies indiennes qui sont des leaders mondiaux ont des projections très optimistes. Infosys enregistre un taux de croissance annuelle de 30 %.

Décrivez-nous vos projets à Maurice.

Nous inaugurons aujourd?hui notre centre de sauvegarde des données et des applications informatiques sur deux étages du bâtiment Hassamal, à Rose-Hill. Une dizaine de Mauriciens ont été envoyés en formation en Inde à cet effet. Trois Indiens feront aussi partie du personnel. Si les principaux sites d?opération d?Infosys sont menacés ou détruits ? par un conflit armé, une attaque terroriste, un virus informatique, une cyber-attaque, des erreurs de logiciels, un incendie, etc. ? la compagnie peut basculer ses opérations vers son centre mauricien. Le même centre servira pour la production de logiciels. L?investissement pour ce centre s?élève à Rs 60 millions. Nous avons, en outre, loué un étage de la cybertour à Ebène. Nous nous y installerons provisoirement en attendant d?ériger notre campus à Albion. Nous avons prévu un budget d?environ Rs 800 millions pour ce centre.

Combien de personnes emploiera-t-il ?

Étant donné le nombre d?ingénieurs disponibles à Maurice, disons que Infosys peut recruter un nombre illimité d?ingénieurs pour le centre d?Albion. Tous ceux qui possèdent les qualifications nécessaires pourront être recrutés. Mais je tiens à signaler que nos exigences sont élevées. En Inde, par exemple, il y environ un million de postulants pour 10 000 emplois offerts. Pour le centre de Rose-Hill, nous avons interviewé 200 ingénieurs pour en recruter cinq.

Pourquoi avez-vous choisi Maurice pour installer votre centre de sauvegarde de données ?

Nous cherchions un pays vers lequel il serait facile de déplacer un grand nombre d?informaticiens en cas de besoin. Il fallait avoir la garantie que le gouvernement qui nous accueille allait faciliter nos démarches. Or, l?ancien Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth et le ministre de la Technologie, Pradeep Jeeha, nous ont convaincus de leur volonté à donner les chances à l?industrie informatique à Maurice. La vitesse de réaction du gouvernement mauricien a été décisive. Le bilinguisme a certainement joué en votre faveur. Un cinquième de nos clients viennent de l?Europe. Il y a une forte possibilité d?expansion en France. Nous avons aussi la capacité de pénétrer l?Afrique francophone. Tout cela peut être fait avec Maurice comme tremplin. Nous avons un produit destiné aux banques qui est déjà répandu en Afrique anglophone. Beaucoup d?autres pays sont des clients potentiels mais la langue pourrait représenter une barrière. Vous êtes bien situé en terme de fuseau horaire. Enfin, je dois dire que les affinités culturelles entre nos deux pays ont été un avantage important pour Maurice. Les cadres indiens qui seront éventuellement affectés aux centres mauriciens ne seront pas trop dépaysés.

Comment se comparent les tarifs de connexion offerts par Maurice par rapport à la concurrence ? </B>

Ces tarifs ont baissé de 70 % en deux ans. C?est encourageant. Ils sont plus chers qu?en Inde, comparables à ceux de la Malaisie et moins chers que ceux de Singapour.

Quelle formation prévoyez-vous pour les employés mauriciens d?Infosys ?

Nous rencontrons aujourd?hui des responsables des deux universités mauriciennes pour proposer un programme de formation à environ une centaine de diplômés mauriciens à Mysore, dans le centre d?Infosys. Si au bout de cette formation, nous jugeons qu?ils ont les qualités que nous exigeons de nos recrues, un emploi leur sera offert. Nous croyons qu?il y a un fossé trop large entre les universités et le monde du travail. C?est pour cela que nous donnons aux jeunes issus de l?université un complément de formation.

On a parfois reproché à nos décideurs de vouloir commencer par le bas de gamme, les centres d?appel.

Cette notion n?existe pas pour nous. Il n?y a pas de bas de gamme. Il ne faut mépriser aucune activité qui génère de l?emploi. Du reste, il y a une mauvaise conception de ce que c'est qu?un centre d?appels. Imaginons un client britannique qui appelle un opérateur mauricien pour demander de lui expliquer comment réparer son ordinateur. Allez-vous considérer que cet opérateur exerce un emploi bas de gamme, sans de grande valeur ajoutée ?

?Nos exigences sont élevées. En Inde, il y environ un million de postulants pour 10 000 emplois offerts. Pour le centre de Rose-Hill, nous avons interviewé 200 ingénieurs pour en recruter cinq.?

Propos recueillis par Raj MEETARBHAN

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