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Inclusion

6 juin 2004, 20:00

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L?enchaînement des débats est inéluctable dans le domaine de l?éducation. A peine remis des convulsions qui l?ont fortement secoué ces dernières années, le monde éducatif est invité à se pencher sur une idée susceptible de provoquer des discussions vives. Il s?agit de la proposition faite à l?Etat par l?Eglise catholique à introduire le concept des classes hétérogènes ?mixed abilities? dans ses collèges.

L?intention des responsables du diocèse est tout à fait louable. Celui-ci cherche à parvenir à un système qui soit ?en faveur des pauvres?. Seulement, ce n?est pas sûr que le procédé qu?il suggère soit approprié. L?Etat devra faire montre de beaucoup de prudence avant de l?adopter.

Du reste, les décideurs publics tentent déjà depuis plusieurs décennies de garantir le droit à l?éducation des enfants, quels que soient les milieux sociaux dont ils sont issus. Le processus a pris du temps parce qu?il fallait instituer un système qui démocratise l?accès à l?enseignement sans compromettre la qualité de la formation dispensée à l?élite.

Quand le gouvernement de Seewoosagur Ramgoolam décrète en 1976 la gratuité de l?éducation secondaire, il accomplit une des avancées sociales les plus significatives de notre histoire. Peu importe si cette mesure était considérée, à l?époque, comme une corruption électorale ou si elle a été gérée dans la confusion la plus totale au départ. Il n?en reste pas moins qu?elle constitue les prémices du décollage économique des années 80.

Par la suite, Armoogum Parsuramen, puis Kadress Pillay, ont tenté de franchir une autre étape de la révolution sociale en supprimant la tyrannie de l?idéologie méritocratique. Lorsqu?ils ont voulu abolir le ?ranking? au CPE, ils ont, chacun, buté contre la résistance des forces conservatrices, dont celle de l?Eglise catholique. Il a échu au régime actuel de surmonter ces obstacles. Progressivement, l?Etat a atteint son objectif de garantir l?égalité d?accès à l?éducation même s?il n?est pas encore arrivé à offrir une égalité de réussite.

De même, les responsables de l?enseignement catholique ont évolué dans la bonne direction en rompant avec l?ancienne politique de création d?écoles seulement dans les régions huppées. Il y a eu l?excellente initiative du collège Père Laval, et, depuis quelques années, une démocratisation active se poursuit de Triolet à Case-Noyale en passant par Bambous-Virieux. Dans la mesure où ces institutions ne conduisent pas forcément à des filières ?techniques? mais ouvrent également des options ?académiques?, elles représentent effectivement un progrès.

Cependant, l?idée de classes hétérogènes qui est mise de l?avant est controversable. L?Eglise catholique dit s?inspirer des valeurs évangéliques en soutenant cette thèse. Mais est-elle aussi conforme aux préceptes de la pédagogie ?

L?opinion a prévalu un certain temps en Europe que les élèves forts feraient progresser les faibles dont la présence leur serait aussi bénéfique dans les classes hétérogènes. L?expérience et les études ont, depuis, contredit cette thèse.

?La thèse fondamentale des réformateurs progressistes était ? et est encore ? que l?éducation en commun d?enfants de capacités différentes améliore les résultats des faibles sans ralentir la progression des forts. Si cette thèse est de plus en plus récusée par la majorité silencieuse des praticiens, les professeurs, elle commence à l?être aussi par des experts?, avait conclu un professeur de l?université de Paris Dauphine, le mercredi 22 mai 2002, dans le journal ?La Croix?, l?organe de l?Eglise catholique de France.

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