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Impulsion
Avez-vous noté combien sont tièdes les réjouissances de nos amis étrangers qui assistent, d?ici, aux victoires de leurs compatriotes aux Jeux d?Athènes ? Qu?ils soient Européens ou Asiatiques, leur joie est bien discrète alors que certains ont plutôt la réputation d?être bavards en ces circonstances. Ou peut-être? n?est-ce pas la nôtre, de joie, qui est trop exaltée ?
Car vous aurez aussi noté que, depuis une semaine, la plupart d?entre nous ont réduit de nos conversations les spéculations politiques, les drames de l?actualité et autres commérages qui les peuplent en temps normal. Nous nous surprenons débattant, avec le plus grand sérieux, des ?chronos? des uns et des autres, alors même que la dernière fois que nous avons mis les pieds dans un stade remonte aux années de collège. Les yeux ahuris face à nos exclamations devant la télé, les enfants ont l?air de se demander si nous ne sommes pas retombés dans l?enfance. Que nous arrive-t-il donc ?
Le vocabulaire passionné de nos amis chroniqueurs sportifs vient immédiatement à l?esprit pour tenter de saisir cette excitation : le pouvoir du sport de faire rêver, la magie de l?olympisme, l?irrépressible sentiment de victoire qui gagne tout le pays quand un de ses enfants est victorieux? D?accord. Mais cela ne suffit pas pour expliquer comment ces places en finale nous font jubiler beaucoup plus qu?une médaille d?or française ne fait bondir ces Français d?ici. Les émotions, ça ne s?explique pas, dit-on. Pas toujours.
Le Portugais Francis Obikwelu n?en est pas un. Il est Nigérian. Le Grec Ilias Iliadis, médaillé en judo, est Américain. Eunice Barber n?est pas non plus française, pas plus que ne l?est Hind Dehiba ou Pi Hongyan. On peut ainsi allonger à volonté la liste des ?transfuges?. Et il n?y a pas mille raisons à ces mouvements. Quand un athlète décide de quitter son pays d?origine pour courir sous d?autres auspices, c?est que son pays n?a pas pu, pour des raisons économiques, ou n?a pas voulu, parce qu?il n?en fait pas une priorité, le soutenir et l?aider. Or, premier exploit, ce n?est pas le cas de nos vedettes.
Ces trois Mauriciens qui défient les leaders du monde, se sont construits à la sueur de leurs efforts et avec le soutien de leur pays, aidés dans une certaine mesure bien sûr. Alors que ces leaders-là ont acheté les hommes qu?ils veulent pour se bâtir un palmarès, nos hommes ne portent que nos couleurs. Ce qui gonfle notre poitrine quand Buckland s?élance ou que Chimier s?envole, c?est l?orgueil de leur insolence. Ils autorisent à penser que les grands ne sont pas forcément ceux que l?on croit. Que ce pays-là n?est pas si petit s?il fait d?aussi grands hommes, s?il permet à ses enfants d?arriver là, que les Mauriciens, au fond, sont des gens bien si ses enfants ont risqué leur carrière pour porter son nom.
A cette fierté un brin chauvine qui se réveille à l?apparition de nos maillots rouges, se mêle encore l?admiration devant l?audace personnelle de ces jeunes, la force de leur foi, une volonté si grande de gagner que l?on se dépasse sans arrêt. Ils incarnent des valeurs auxquelles on s?associe, des valeurs qui doivent nous définir pour réussir. Sur un plan individuel, sur le plan national. Ils ouvrent une fenêtre, et nous soufflent dehors : ?Si nous arrivons à réussir ça?? Qui sait à quelles victoires on peut aspirer si elle reste vivide cette impression?
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