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Images venues des grands fonds

9 septembre 2004, 20:00

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Centre de plongée de l?hôtel La Pirogue. Dimanche, 8 h 30. Sous les cocotiers, de nombreux hommes-grenouilles s?affairent? Rectification : il y aussi quelques femmes-grenouilles.

Que font-ils ? Certains enfilent leurs combinaisons étanches, noires, bleues ou vertes qui collent au corps comme une seconde peau. C?est qu?il fait hyper froid dans les grands fonds. D?autres, le torse nu, les pans de leur combinaison rabattus sur les flancs, sont penchés sur des espèces d?obus métallisés : ce sont les deux bouteilles d?oxygène qu?ils hisseront sur leur dos avant l?immersion. Pour une heure ou deux de totale liberté sous l?eau. On fait de la plongée sous-marine pour le plaisir, pour le sport, pour les sensations fortes, pour l?amour de la mer. Ce jour-là, c?est du sérieux : les sociétaires de la Mauritian Scuba Diving Association (MSDA) vont participer pour la première fois à une compétition de photographie sous-marine. Quoi ? Ils vont réellement descendre dans ces profondeurs pour fixer les beautés de ce monde qui restent ignorées de la plupart d?entre nous ?

Pourtant, ils ont tous l?air détendus, comme pour une simple balade dans ce décor idyllique, juste un zeste de tension ou plutôt une attention décuplée quand les directives, les règlements et l?itinéraire sont énoncés par les hommes-clés du comité organisateur, Pierre Szalay et Gerald Rambert. Là-bas, le président de la MSDA, un ancien de la SMF, maintenant responsable du centre de plongée des hôtels La Résidence et Beau- Rivage, passe de groupe en groupe et explique que l?on plongera du côté de l?aquarium et de Rempart-Canon.

Pour ceux que ces noms anodins pourraient ne rien évoquer, précisons d?entrée que c?est en dehors des brisants, en haute mer, là où elle n?est plus du tout la même, là où l?eau prend une couleur indigo et où elle surtout mouvementée. Très. Comme nous allons tout de suite nous en rendre compte, candides profanes que nous sommes?

Les plongeurs-photographes, lourdement chargés, se dirigent vers les embarcations mises à leur disposition par l?hôtel. Il y en a trois, plus un « zodiac » qui a la responsabilité de revenir avec ceux qui ne participent pas ou qui auraient le mal de mer? Nous sommes parmi ceux qui l?appréhendent un peu, habitués du très rassurant lagon. Heureusement, il y a avec nous un médecin, Yusuf Sookun, et pas n?importe lequel? Il est hyperbariste, c?est-à-dire un spécialiste de la plongée sous-marine. Il distribue des comprimés d?Avomine à? ceux qui en veulent. ?Prevention is better than cure?. Surtout arrivé au grand large. Elyane, épouse de Pierre Szalay, spécialiste de la médecine sportive et de plongée, a suivi les compétiteurs sous l?eau.

Nous voilà partis. Nous sommes dans le Punto Blue dont le puissant moteur ronfle agréablement. A bord, outre le médecin et son épouse, Zoria, il y a aussi Gilbert et Gilberte Pigeot dont le fils Xavier est un des organisateurs de la compétition. Et une grosse légume, Joël Toussaint, directeur de la communication chez Air Mauritius qu?accompagne son épouse, Axelle. Air Mauritius sponsorise le prix : Coup de c?ur et prendra des dispositions pour exposer les photographies en Europe.

Le hors bord dans lequel nous avons pris place et qui nous semblait raisonnablement grand, devient, dès la passe franchie, une coque de pistache que fouettent et soulèvent d?énormes paquets de mer rendus encore plus agressifs dans le sillage des bateaux qui nous précèdent. Notre skipper, Steeven, est jeune mais il connaît heureusement son affaire et coupe habilement les vagues qui viennent se jeter rageusement contre notre embarcation.

Le jury, sous l?eau

Après une dizaine de minutes de cette chevauchée infernale sur les flots ? Gilbert Pigeot (qui se veut rassurant) en nous disant que, en fait, il a vu pire et Joël Toussaint qui trouve le temps de proclamer que, ?sur Air Mauritius, on atterrit mieux? - nous arrivons enfin sur le site de la plongée. Ouf ! Ce n?est pas le cas de le dire, trempés comme nous le sommes, mais tout de même, on a eu chaud?

A quelques encablures, les autres embarcations tournent en rond. Elles devront rester dans les parages pour récupérer les compétiteurs. Ils sont quinze, avec quinze accompagnateurs et quinze autres plongeurs, membres du jury.

Selon les instructions reçues, ceux-ci devront évoluer à la limite des 20 mètres de fond et ne pas prendre des photos ?genre nature morte?. Ils auront 45 minutes pour travailler mais ils pourront remonter à la surface avant s?ils sont satisfaits de leur récolte.

Un par un, les plongeurs basculent dans l?eau. Ils restent un moment à la surface puis disparaissent dans les profondeurs insondables.

Ils remonteront vers midi pour rentrer à l?hôtel pour prendre un déjeuner léger et repartir plus tard pour une autre plongée.

Nous les attendons sous les cocotiers. Nous en profitons pour questionner le président Jean-Marc Cangy (qui a fait la première plongée du matin seulement à cause d?une grippe) sur les rudiments de la plongée.

Une question nous brûle les lèvres : les requins ? Aucun problème pour les plongeurs selon lui, car les squales se tiennent à distance. Il explique qu?il y a une sorte de respect mutuel entre eux, chacun restant dans les limites de son territoire. Ah bon ! tant mieux.

Nous apprenons aussi que les femmes font d?excellentes exploratrices sous-marines étant d?un naturel plus calme que les hommes. La plongée fait de plus en plus d?adeptes et les accidents sont rares. La formation dans les centres de plongée suit des règles très rigoureuses et ceux qui le pratiquent devraient aussi avoir une hygiène de vie saine.

Vers 16 heures, les compétiteurs reviennent, par petits groupes de trois ou quatre, tout dégoulinants de l?eau des grands fonds, nimbés de l?aura de l?aventure et de quelques bribes d?algues tenaces.

Premières impressions : ?La visibilité n?était pas parfaite?. ?C?était mieux ce matin?. ou encore : ?Allez comprendre, le soleil été pourtant là dans l?après-midi?. Mais en général, tout le monde semble content que cette première aventure - parce que c?en est une assurément - se soit bien passée. Le docteur Sookun, qui a dû se taper une deuxième sortie avec les compétiteurs, explique qu?il n?a pas eu à intervenir.

Un jeune costaud, Jonathan César, débarque, tout content de ses photos. Il les montre, sur le petit écran de son appareil numérique. Il se dirige vers un petit bureau où un petit groupe est très occupé à enregistrer les photos des plongeurs sur un ordinateur. Elles sont minuscules. On ne les distingue pas très biensur l?écran.

Mais les photographes des profondeurs, eux, semblent heureux. Ils ont encore dans la rétine les merveilles qu?ils ont vues et fixées sur pellicule, pour les faire admirer aux terriens d?ici et d?ailleurs.

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