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Ils ont vu le vrai visage du monde
Les images parlent mieux que les mots. Les journalistes peuvent se démener pendant des semaines à décrire la spirale infernale de la purification ethnique, la seule vue d?une fosse commune où sont entassés des dizaines de corps pâles et inertes suffit à transmettre l?ampleur d?une tragédie. La richissime exposition que propose à partir de lundi la World Press Photo (WPP) témoigne de ce pouvoir extraordinaire de révéler le monde tel qu?il est.
Deux cents photographies, dont une de notre compatriote George Michel, seront exposées à l?Institut de Maurice. Elles ont été sélectionnées parmi 60 000 autres venues du monde entier. L?exposition, organisée à l?occasion des 50 ans de la WPP, voyagera durant un an dans plus de 80 villes de 40 pays. Elle sera visitée par plus d?un million de personnes.
Certaines images sont violentes, d?autres poétiques. «Nous ne cherchons pas à choquer mais à démontrer les réalités de ce monde», explique le représentant de WPP, Marc Prüst. Elles partagent toutes les mêmes caractéristiques, notamment une pertinence socioculturelle et une capacité inégalable de stimuler l?empathie.
La photographie qui a remporté le prix de «l?image spéciale» l?année dernière, a été prise dans un camp de prisonniers en Irak par un photographe français de l?agence Associated Press, Jean-Marc Bouju. Au premier plan, se dessinent des barbelés zébrant un homme assis derrière, sur le sable ocre. Il n?a pas les mains liées mais porte sur la tête une cagoule noire. Il serre un jeune garçon. Des traces de larmes récentes sillonnent le visage du petit. D?un seul coup d??il, le drame de la guerre est rendu évident.
LES HORREURS DE LA GUERRE
Le président du jury explique son choix. «La photographie a le pouvoir de démontrer les horreurs de la guerre ainsi que la compassion des hommes. Cette photo n?est pas anti-Etats-Unis, elle est antiguerre.»
Marc Prüst relate l?expérience du photographe. «Pendant la chute de Bagdad, Bouju était stationné dans le désert avec les troupes américaines. Il vit un groupe de prisonniers attendant d?être transportés vers un autre camp et un en particulier, qui était accompagné d?un enfant. Cela lui fit penser à sa propre fille. Il se demanda alors que faisait le gamin avec ce prisonnier et pourquoi ce dernier avait les mains libres. Les soldats lui expliquèrent qu?ils avaient arrêté l?homme. Alors qu?ils attachaient ses mains, son fils commença à paniquer. Les soldats n?ont pas voulu séparer le fils de son père et lui délièrent les mains.»
Les âmes plus sensibles trouveront de quoi être enchantées. L?exposition est compartimentée en dix sections. A ceux qui sont révulsés par les photographies de guerre et de souffrance, l?exposition offre aussi le glamour de la catégorie «Arts et divertissements», la sérénité de la section «Nature», la mondanité de la «Vie quotidienne», l?action des «Sports», et bien d?autres. L?exposition de la WPP est gratuite. Elle restera ouverte pendant deux semaines.
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