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Ils ont tué?par accident

15 juillet 2006, 20:00

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Fatal. Un mot qui sonne le glas. Ceux qui directement ou indirectement provoquent un accident mortel plongent des familles dans le deuil. De leur côté, c?est aussi le choc. Qu?on soit responsable ou pas, on est submergé par un maelström de sentiments. Le psychologue clinicien Vijay Ramanjoloo évoque « l?émergence de peurs, d?anxiétés et d?angoisses répétitives ». Nadège, 46 ans et mère de famille, en sait long sur ces sentiments.

Le sort a voulu qu?elle soit impliquée dans un accident fatal. Elle roulait à Rose-Hill quand un ivrogne a perdu l?équilibre pour tomber sur la route. L?inévitable s?est produit. Nadège l?a heurté de plein fouet et l?homme est mort quelques heures plus tard. Heureusement pour Nadège, de nombreux témoins étaient présents et l?ivrogne était un clochard connu du coin.

Les témoignages corroboraient. Nadège a été libérée sous caution, l?affaire rapidement rayée et aucune charge n?a été retenue contre elle. L?affaire n?était pas pour autant classée dans la tête de Nadège. Ce qu?elle retient, c?est ce moment où elle s?est sentie comme dans un cauchemar.

« J?avais l?impression que j?allais bientôt me réveiller. J?entendais sans cesse dans ma tête, le son du pare-chocs contre cet homme et l?horrible sensation de mes roues lui passant sur le corps. J?étais angoissée et en même temps en colère, à cause de l?irresponsabilité de cet homme qui est venu chambouler nos vies. Mon mari et mes enfants ont dû être très patients avec moi et il a fallu que je suive un traitement avec un psychologue pour me déculpabiliser. »

Personne n?est à l?abri d?un accident. N?importe qui peut y être impliqué. « Les responsabilités sont souvent partagés : un cycliste qui roule dans le noir sans phares, un piéton ivre, un conducteur qui a un moment d?inattention », explique le chef inspecteur Ben Buntipilly. La conduite défensive peut certes diminuer les risques : rester concentré, observer, anticiper, « prévoir l?imprévu ».

Dans la pratique, ce n?est pas toujours évident. La vie de Sanjay, 28 ans, a basculé un soir alors qu?il retournait d?une virée entre copains à Grand-Baie. C?est lui qui conduisait. Sanjay n?a pas vu le cycliste qui roulait sur le bas-côté de la route. Alors qu?une voiture le doublait, il s?est rabattu un peu trop sur la gauche, fauchant le cycliste qui est mort sur le coup. Sanjay a été accusé d?homicide involontaire, son permis a été suspendu pour trois ans et il a dû payer une amende de Rs 30 000.

Mais le plus dur a été de s?en remettre. « Je ne pouvais pas dormir sans faire des cauchemars où je revoyais cet homme en sang sur l?asphalte. J?ai été insulté par la famille du cycliste, j?avais peur pour mes jours. Si les choses se sont calmées avec le temps, même aujourd?hui, me remémorer ce moment est pénible », affirme-t-il. Il a fallu un an, après la récupération de son permis, pour que Sanjay ait le courage de reprendre le volant.

Toute une éducation à faire

Il faut dire que les accidents fatals sont souvent le fruit d?une conduite agressive et du non-respect de Code de la route. On les connaît, ces fous du volant. Klaxons, coups de freins, appels de phares, injures ou gestes obscènes? Ils roulent vite, brûlent les feux rouges, prennent les cyclistes et les piétons pour des obstacles, conduisent sous l?effet de l?alcool, téléphonent au volant. « Il y a toute une éducation à faire dans ce sens », explique le psychologue clinicien. « Les gens sont conscients de leurs devoirs, mais n?ont pas cette culture de respecter les codes », ajoute-t-il. Et pourtant, si la conduite est une pratique fondamentalement individuelle, la route est un lieu de collectivité. On devrait donc garder en tête qu?elle n?est pas une sphère exclusive qui nous est réservée et que l?on doit prendre l?autre en compte. Il y a va de notre vie et celle des autres. Et si malgré toutes les précautions, vous deviez commettre un homicide involontaire, vous aurez à vous armer de beaucoup de patience pour traverser le cap. Il n?y a malheureusement pas de panacée pour cela.

Ce que vous encourez

Si vous êtes impliqué dans un accident où il y a mort d?homme, la procédure est de vous rapporter au poste de police le plus proche pour faire une déposition. Vous êtes assisté d?un policier qui retranscrit le fil des événements selon vos dires. S?il y a mort d?homme, les policiers vous garderont probablement en cellule sous une charge d?involuntary homicide ou de wounds and blows jusqu?au prochain jour ouvrable.

Un magistrat, sur recommandation de la police, fixera alors une caution pour votre remise en liberté provisoire en attendant que l?affaire soit entendue en cour.

Vous devrez être assisté d?un avocat pour votre défense. S?il est prouvé par un ou des témoins que l?homicide était réellement involontaire et qu?il n?y a pas eu irresponsabilité de votre part, vous en serez quitte. Au cas contraire, vous risquez une peine d?emprisonnement, une amende et la suspension de votre permis de conduire.

Délit de fuite, le refus de faire face

Vous conduisez tranquillement, vous êtes en route pour la maison? et à un certain moment, l?envie vous prend de changer de fréquence de radio? deux secondes d?inattention, et c?est le choc ! Vous venez de heurter quelqu?un. C?est la panique : vous l?avez sûrement tué ! Vous vous voyez déjà en prison. Vous vous dites alors que c?est le piéton qui a traversé imprudemment. Vous prenez immédiatement une décision : vous faites marche arrière, vous passez la première et vous prenez la poudre d?escampette.

Des situations comme celle-là ? à quelques détails près ? ne sont pas rares : 435 cas en 2004, 135 en 2005, dont 48 % impliquant des piétons. Si certains s?estiment victimes de malchance et considèrent n?avoir rien à se reprocher, d?autres, même s?ils n?avaient pas l?intention de tuer ont quand même péché par imprudence : ils ont grillé un feu rouge ou pris un verre de trop. Si vous échappez à la justice, fuir sa conscience et les remords est une autre paire de manches. Vous pouvez en perdre le sommeil, vivre dans la hantise d?être retrouvé. Vous pensez sans cesse au drame dans lequel vous avez plongé une famille que vous ne connaissez pas. C?est un poids qu?il faudra porter toute sa vie avec les traumatismes que cela comporte.

Les cas de déni de la réalité existent également. Le conducteur fait alors totalement abstraction de ce qui s?est passé, refoule l?épisode au plus profond de son inconscient et vit sa vie comme si rien ne s?était passé. « Cela traduit quelque part un vide relationnel. Avec le progrès on est dans une espèce de course où on ignore les choses simples et fondamentales de la vie : l?intérêt pour l?autre, l?importance de porter assistance à une personne en dan-ger », explique Vijay Ramanjooloo. Pour le psychologue, c?est peut-être aussi la traduction d?une défaillance symbolique par rapport à la loi.

Il existe aussi certains cas ou des automobilistes préfèrent se présenter au poste de police après une semaine, voire un mois, pour reconnaître le délit. Pour d?autres, c?est une question de protection : sur le lieu de l?accident, les esprits peuvent vite s?échauffer? Mieux vaut alors quitter les lieux et se présenter au poste de police le plus proche.

Pour les accidents de la route, le conducteur a, d?un point de vue légal, quatre heures pour en informer la police sans être accusé de hit and run. Mais à la base, le délit de fuite n?arrange rien. « Si vous n?êtes pas responsable, la fuite peut aggraver votre cas. N?oublions pas que la non-assistance à personne en danger est un délit », nous a déclaré le sergent Ben Buntipilly de la Road Safety Unit. Par ailleurs quelqu?un qui s?enfuit donne l?impression d?avoir quelque chose à se reprocher.

Plus il tarde à reconnaître son implication dans l?accident, moins la probabilité d?être disculpé, notamment à travers l?alcootest, sera possible.

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