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Ils ont réussi?

18 décembre 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

? à trouver un pied-à-terre pour ses savates

Son apprentissage auprès de plusieurs fabricants de chaussures lui a donné le goût de travailler les matières. Et sa persévérance a fait le reste. Bill Labonne faisait partie des gens qui « trace tracé ». Depuis deux mois, il gère un stand au Craft Market du Caudan Waterfront, une consécration qui vient prouver qu?il a du talent. C?est quoi au juste le métier de notre homme ? Un vendeur de fantaisie, on a envie de dire. Il crée des savates. Pas n?importe lesquelles. Celles-ci sont roses, turquoises, celles-là ont un attrait sensuel et exotique, celles-là osent les matières comme les perles, les coquillages. Bill Labonne a trouvé sa voie; il avance de pied ferme dans l?univers de ces savates qui se font bijoux.

Dans son stand règne une odeur de colle. C?est là qu?il s?adonne au tam tam des marteaux, à la danse des ciseaux, au ballet des tranchets. Bill a quitté l?école à douze ans après la sixième. Ce n?est qu?à l?âge de 40 ans qu?il fait le grand plongeon et se met à travailler à son compte. Il enfouissait ses savates dans un grand sac et déambulait dans les rues à l?affût d?acheteurs potentiels. « Dimoune ine dire moi ki faire mo pa alle get responsible Caudan. Mo pa ti croire mo pou réussi. Kan mone déballe mo banne savate devant so sécrétaire mone trouvé ki line impres-sionné », se souvient-il.

En moins de deux heures, il vous fabrique une paire de savates. Devant nous une cliente débarque avec un catalogue en main et lui demande de lui créer un modèle. Plusieurs femmes sont en extase devant son stand tape-à-l?oeil. Bill a bien choisi son créneau. Le fait d?être sur place, de travailler en live devant ses clientes est un atout important. Il peut personnaliser leurs savates selon leur caractère et leur goût. « Pou le moment mo vise banne fam parce ki fam capave aseté ene paire savates tous les sémaine mais l?anné prochaine mo pé vini avec ene bane savate pou zom », explique-t-il. En attendant ce sont ses filles, Christelle, Isa et Tessa qui sont gâtées et ne manquent pas de savates à leurs pieds. Bill rêve de pouvoir un jour avoir une boutique au Caudan. « Tout le temps mone gagne la chance. Si ou tracé lor la terre ou bizin réussi. »

Gageons que ce roi du sur mesure restera à pied d?oeuvre et que parallèlement les cendrillons trouveront savates à leurs pieds.

? à lancer son premier CD

En voilà une qui sait exactement ce qu?elle veut. La preuve, elle a réalisé depuis deux semaines un rêve de jeunesse. Nathalie Couty arrive tout droit de Rodrigues pour défendre à Maurice un premier CD prometteur, Mo ti zil. Cette jeune femme, qui voulait « écrire un poème grandeur cathédrale », est allée plus loin. Elle a mis en musique ses écrits. Une saveur unique à découvrir.

La réputation de Nathalie n?est plus à faire dans la petite île où elle se promène depuis des années avec une élégance et une aise étonnantes dans l?univers de la musique. Cette Executive Officer à l?administration de Rodrigues a su imprimer sa marque dans le domaine de l?animation hôtelière. Son Stradivarius : sa voix. C?est aussi le genre qui a une présence sur scène et qui ne laisse jamais de marbre lors de ses prestations.

Il faut dire que l?adolescente de 17 ans qui chantait « Dans ses grands yeux verts » d?Hélène lors d?un concert public, est devenue une femme. Comme c?est souvent le cas dans ce domaine, il arrive un jour où l?on veut voler de ses propres ailes. On veut seulement interpréter, chanter des compositions qui viennent de ses tripes et Nathalie a franchi le pas. Ce projet de CD, elle le nourrit depuis onze ans. Elle s?est mise à son écriture depuis quatre ans. Le bébé est né il y a deux semaines et le baptême a eu lieu à l?Alliance française de Rodrigues, son sponsor principal.

Ca n?arrive que maintenant parce qu?il faut avoir les moyens pour enregistrer un album, il faut trouver les sponsors. Quand on habite Rodrigues où il n?y a pas de studio d?enregistrement, c?est encore plus difficile et puis surtout ça n?arrive que maintenant « parce qu?il ne fallait pas que je me presse, que je rencontre des gens. » « J?ai eu la chance de rencontrer des gens merveilleux qui m?ont aidé à sortir ce CD. »

Résultat : ses compositions françaises (deux sont en créole) sont étayées de messages engagés. Elles marient rythme tropical et discours social. « Li nou devoir fer to fierte pou ki en zour nou capave montrer si lor map nou pa exister, nou ena bocou pou nou montrer », chante-t-elle de son île. Les mots sont parfois brûlants comme dans La langue viper où elle fait un joli pied de nez à tous ceux qui entretiennent des commérages. Douceur, calme et volupté prennent le dessus dans Noellie dédiée à sa gamine de cinq ans. Si le rythme y est, la fraîcheur des textes ne disparaît pas et touche le c?ur. L?acoustique rivalise sans complexe avec l?électrique. Et ça roule tout seul entre le swing, le jazz, la ballade. Il y a une atmosphère dans cet album.

Y a-t-il une vie après Mo ti zil ? La réponse est oui. Nathalie Couty entend bien poursuivre sa route et sortir un CD à l?intention des enfants, son meilleur public, il paraît. En tout cas, son premier CD ne sera certainement pas un feu de paille. Soyez parmi les premiers à le découvrir. En vente à Rodrigues chez Joli Store, Eddy?s Boutik, Alex Boutik, les hôtels Les cocotiers et Cotton Bay et à la boutique hors taxe de l?aéroport. Vous le trouverez aussi chez Digi Beat, à Rose-Hill.

? à ouvrir les portes de sa cuisine grâce à un bouquin

Si on vous dit Eat N Slim. Vous pensez probablement à un autre de ces régimes impossibles et sans saveurs sensés faire maigrir ? Erreur, Mansoorah Issany frétille d?idées à cuisiner, évapore les idées reçues et le prouve bien dans ce bouquin qu?elle a lancé le 4 décembre. Une délicieuse cuisine saine et équilibrée, c?est pas sorcier et Mansoorah nous livre ses secrets.

Ce bouquin est en quelque sorte une rectification de tir. « Depuis des années, j?anime des émissions de cuisine à la télé. Je proposais des recettes riches en crème, en épices et les gens aiment ça. Un jour je me suis rendue compte qu?avec tous les problèmes de santé qui existent, il fallait faire attention à ce que je proposais. J?ai donc relevé mes manches et tenté une autre aventure. » Mansoorah a donc décidé de mijoter d?autres recettes, d?équilibrer les plaisirs de la table pour ainsi inciter ses fans à manger autrement. En collaboration avec la diététicienne Rosida Dhookun, elle s?est mise à la recherche d?autres menus. « Ma cuisine est devenue un laboratoire, ma famille, des goûteurs. » Pendant quatre ans, elle a fait le marché central de Port-Louis à l?affût de nouvelles épices, elle a essayé toutes sortes de combinaisons épicées, fait des mariages étonnants mais subtils à l?intention de ceux qui veulent manger bien « pas bizin mort de faim ou manze zis séki bouilli ». Le défi est relevé, toutes ses recherches, toutes ses recettes (poulet, poisson, salades, cuisine végétarienne, achards, cocktail?) sont dans ce bouquin avec la bénédiction de la diététicienne.

Elle vous dira que la clé de son succès repose sur 200 g de compréhension, 5 cuillères de tendresse, 1 000 g de patience, un bouquet d?humanité? Il faut dire que Mansoorah est tombée dans la poêle très jeune. Comment faire autrement avec un père qui gérait l?hôtel Mexico à Port-Louis, qui recevait des cuisiniers étrangers. Ce feu sacré, cette maestra lui a été transmise. Qui plus est, pour l?auteur, cuisiner c?est pas seulement concevoir, mitonner, c?est aussi présenter : « Il faut d?abord manger avec les yeux ». Et son bouquin donne des astuces sur la cuisine visuelle.

Pour vous tenter, devinez ce qu?elle a prévu pour Noël ? un poulet aux pruneaux, un riz fricassé aux noix decajou et épices d?Afrique, un barbecue de filet d?agneau à la gelée de goyave de Chine. Qu?en dites-vous ? C?est génial d?avoir une chef à domicile. Eat N Slim, en vente aux éditions Le Printemps.

? à renaître de ses cendres

C?était la consternation il y a quatre ans. Un septembre 2000 sombre. Tous les journaux en ont parlé, le désarroi a été total. Le bâtiment Magic Lantern avait pris feu, emportant sur son passage la librairie Le Cygne. Une librairie qui part en fumée, surtout celle-là, la plus grande de l?île, la plus ancienne (40 ans d?existence), la plus diversifiée, une catastrophe culturelle.

C?est l?excitation aujourd?hui, une revanche sur le destin sans doute. Un nouveau bâtiment a été érigé au même endroit, plus grand, 11 000 pieds carrés, plus haut, trois niveaux, plus majestueux avec ses murs parés de granites, plus moderne avec son ascenseur, son écran plat, ses luminaires d?Italie, plus pratique avec ses toilettes publiques payantes, son parking souterrain. Le Magic Lantern renaît de ses cendres.

C?est toute la famille Lim Fat qui est derrière cette consécration. Elle a faibli mais n?a pas pour autant baisser les bras. « Nous avons vu notre force à travers le témoignage des clients », explique Mimi, gérante du Cygne. L?incendie ne sera pas le chant du cygne de cette librairie.

La famille s?est serré les coudes pour repartir à zéro. Ming Chen, le Project Coordinator, le fils de Mimi, se souvient : « L?aventure a commencé avec mon grand-père qui a gagné à une loterie. Il décide alors d?acheter un terrain de 200 pieds pour monter un petit business. Il a construit un bâtiment qu?il louait à d?autres commerçants alors qu?il s?était réservé un espace pour ouvrir une librairie. » L?espace s?est agrandi mais est parti en fumée. La passion du livre est restée. La librairie Le Cygne a été relogé dans un endroit plus restreint. Très bientôt vous pourrez déambuler parmi les rayons de bouquins, de papeterie, de stylos et bénéficier de certains services (photocopies, fax) à votre aise et même vous asseoir dans un coin aménagé pour faire une pause. « On essaye de donner un bon service aux clients », lâche Mimi modestement. Pour Ming Chen, la réouverture du bâtiment est une continuation, un repositionnement. « On ira vers la valeur ajoutée. On était déjà dans l?e-book avec la promotion des écrits de Dev Virasawmy sur CD Rom. »

Les livres, c?est leur vie. Le Magic Lantern regroupe une vingtaine de boutiques allant du prêt-à-porter griffé, aux portables, du restaurant à la musique. Cette lanterne magique attirera certainement plus d?un.

? à décrocher un prix pour son « environmental friendliness »

Vinah Ganoo danse avec les plantes. Elle en connaît les moindres secrets à tel point qu?elle a été primée dans la catégorie Environmental friendliness du Barclays Business of the year 2004 awards. La directrice de Flora Marketing ltée était certes une des reines de la soirée organisée par Barcalys au Domaine Les Pailles le 10 décembre. Une femme discrète, néanmoins, plutôt modeste, plutôt secrète. « J?aime garder le profil bas » s?excuse-t-elle. En insistant, en lui faisant parler de son métier qui n?est pas si commun, on comprend vite qu?elle cultive depuis sa jeunesse une curiosité pour les plantes. Sa passion est une histoire de famille en fait. Elle a suivi quelque peu les traces de son père, un ancien forestier.

Que fait Flora Marketing Ltée au juste ? Elle importe des plantes, des baobabs africains, des liliacées, des rosacées, des cactus, des épices, des plantes ornementales, bref plus de trois cent familles d?espèces des pays allant de l?Afrique du Sud au Brésil qu?elle réexporte vers la Chine, l?Australie, les états-Unis, Hong Kong, etc. Cela fait quinze ans que Vinah se fait des contacts à travers le monde, qu?elle tâte les marchés. Elle surfe sur Internet, passe des journées entre le Free Port et l?aéroport, c?est une femme qui ne s?arrête jamais. Au-delà des cyclones, des guerres civiles, des lourdeurs administratives dans les pays producteurs, elle s?arrange tant bien que mal pour honorer ses commandes. « Quand vous êtes dans le domaine des produits périssables, il faut agir vite. » C?est sans doute pour cela qu?elle est toujours débordée, presqu?inaccessible.

Vinah entend, à travers son entreprise, présenter Maurice comme une plateforme tournante pour la région, au niveau international. Elle sait qu?elle n?a pas droit à l?erreur. Elle est tenue par exemple de connaître ses produits sous toutes ses formes parce qu?on ne plaisante pas avec des acheteurs déjà experts en la matière. Vinah va encore plus loin : non seulement elle est soucieuse de la qualité, mais elle veille aussi à ce qu?on respecte l?environnement. « On encourage les producteurs d?Afrique à maintenir un sustainable agriculture. On leur parle de préservation de l?écosystème, on leur explique la valeur des plantes pour qu?ils sachent gérer leurs ressources. »

Habituée à la rude école, Vinah Ganoo accueille sa nomination au Barclays Business of the year comme le couronnement d?un travail accompli.

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