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Ils arpentent nos autoroutes à 180 km/h

24 février 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les mains solidement agrippées au volant, les yeux fixés sur la route, Niven fait vrombir le moteur de sa Mitsubishi EVO VI. Dans quelques instants, le départ du run sera donné. Et lancé à plus de 180 km/h, les drags (participants), batailleront dur sur l?autoroute pour remporter la course. Non, vous n?êtes pas dans un remake de Fast and Furious, mais bien dans la réalité. En effet, chaque samedi, une trentaine de voitures se rassemblent afin de tester ce qu?elles ont sous le capot. « C?est une bande de potes qui veut se faire respecter et ça passe par les runs », souligne D. un spectateur assidu de ces courses.

Mais gagner le respect des autres concurrents n?est le seul but de la course. C?est aussi une affaire d?argent, voire de gros sous? « J?y participe pour le fun, c?est un divertissement et un moyen de me faire de l?argent. Il m?est déjà arrivé de gagner Rs 75 000 lors d?une course », ajoute, de son côté, Niven, 20 ans, drag depuis trois ans.

Et lorsqu?une somme est mise en jeu lors d?une course, elle varie selon que l?on est débutant ou professionnel. Un débutant est nommé ainsi, non pas à cause de son manque d?expérience, mais parce que son portefeuille est moins important que celui de son collègue « professionnel » « Un débutant parie au minimum Rs 2 000 et au maximum Rs 5 000. Les professionnels commencent à Rs 10 000 et vont jusqu?à Rs 100 000 », révèle V. 27 ans, abonné aux runs. De plus, il n?est pas rare que les drags parient leur propre voiture. « Au début, je louais une voiture et un jour, j?ai gagné une Mitsubishi Evo VI pendant une course », évoque Niven.

Bien qu?illégales, les runs sont de plus en plus populaires à Maurice et peuvent attirer une foule de 300 personnes. Les participants âgés de 20 à 35 ans, sont majoritairement issus d?un milieu social élevé et propriétaire d?une voiture puissante. Ainsi Subaru Impreza, Mitsubishi Evo IX, Honda Civic V-Tec et autres bolides japonais se défient sur la route.

<B>Un système de communication bien agencé</B>

Il s?agit d?un milieu « underground » dans lequel les initiés ont mis en place un système de communication bien agencé. Fonctionnant sur le principe du bouche à oreille, participants et spectateurs se rencontrent chaque samedi soir. Le lieu où se déroule la course est inconnu et dévoilé à la dernière minute. « En général, on se donne rendez-vous au Plaza le samedi soir vers 22 heures, et de là, on décide d?un lieu pour la course. Ces derniers temps, les courses ont eu lieu à Ébène », nous explique D.

Toutefois, les organisateurs notent que depuis trois mois les interventions des forces de l?ordre se sont accentuées. Ils ont, par conséquent, modifié leur système de communication. Dorénavant, c?est par e-mail et sms que les organisateurs font circuler le nom du prochain lieu de la course.

De même, il arrive que des personnes se postent à 3 km du lieu de la course afin de prévenir une arrivée éventuelle des forces de l?ordre. Mais ce système n?est pas infaillible. « L?année dernière, je me suis fait arrêter deux fois par la police. La première fois, c?était à Midlands Dam et la seconde, à Grand-Bassin. J?ai eu une amende pour excès de vitesse de Rs 1 500 pour la première et de Rs 3 000 pour la seconde », explique Niven. Une somme insignifiante comparée à celles mises en jeu pendant les courses.

Mais un accident survenu samedi dernier a un peu refroidi les organisateurs dans un premier temps, et ils ont décidé de mettre un terme à leur activité clandestine. Toutefois, il semblerait que l?inconscience ait pris le pas sur la raison, car le bruit des crissements de pneus va continuer à retentir durant les week-ends à venir.

<B> A. O.</B>

<B>Une législation difficilement applicable</B>

Il existe une législation concernant les courses de voitures à Maurice qui stipule que « personne n?a le droit sans le consentement ou l?autorisation d?un commissaire de police de prendre part à une course de vitesse entre véhicules sur une route publique », nous indique un représentant de la police. Une législation qui est difficilement applicable, puisqu?il est nécessaire que les participants d?une course soient pris sur le vif pour être arrêtés. « Il faut les prendre en flagrant délit, on ne peut rien faire s?il y a un simple attroupement de voiture, d?où une certaine difficulté pour les arrêter », ajoute l?agent de police.

Parallèlement les policiers sont confrontés à des voitures roulant à plus de 150 voir 180km/h, un autre obstacle au bon déroulement de l?application de la loi. « Ça ne veut pas dire que la police baisse les bras, il y a des patrouilles le soir pour empêcher que ces courses aient lieu », précise le policier.

Notons qu?un participant à un run sauvage est passible d?une amende de Rs 1 000, qui peut être revue à la hausse en cas de récidive.

« Cela reste une somme dérisoire comparée à ce que ces courses leur rapportent. Les sanctions devraient être plus sévères », souligne l?agent.

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