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?Il y a une différence entre mon éthique et celle des autres?

25 septembre 2006, 00:00

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● Vous êtes en train de mener une bataille contre Patrick Assirvaden sur une question d?éthique. N?est-ce pas prêcher dans le désert ?

L?éthique, selon la définition du Petit Larousse, se réfère au bonheur de l?homme, à la morale et à la conduite de ces hommes. A l?heure actuelle, les entreprises font un grand tam-tam avec ce qu?elles appellent la bonne gouvernance. Le terme gouvernance est un anglicisme qui ne veut rien dire si, à la base, on n?est pas clair dans nos objectifs économiques ? les intentions et les intérêts.

L?éthique et la bonne gouvernance ne sont donc pas dissociables. Personnellement, je conjugue ma vie au verbe être, donc je crois en des libertés, des principes, des valeurs et je n?accepte pas, par conséquent, certaines choses que beaucoup d?autres peuvent trouver acceptables.

Il y a une action concrète à mener, une action qui devrait normalement venir des institutions de l?État. Ces institutions y sont souvent elles-mêmes impliquées. Du coup, il ne reste que des individus, qui ne peuvent pas être manipulés, et qui continuent à apporter une contribution à la société. Maurice a connu sa part de scandales et avec la création de l?Independent Commission against Corruption (Icac), on a commencé à voir des réactions à partir des dénonciations. Aujourd?hui, les gens prennent beaucoup plus de précaution et des entreprises ont été obligées de venir de l?avant avec des codes d?éthique, de bonne gouvernance et autres, et c?est positif.

Mais j?avais dit une fois que la corruption et la fraude roulent et coulent dans notre société comme une rivière. Navin Ramgoolam a cité cette phrase ad nauseam dans tous ses meetings. Il me semble que cette fois encore, la fraude et la corruption roucoulent. A partir des informations que je reçois, je ne vois pas de changement. Au contraire, je dirai que les choses empirent. Donc, de temps en temps, il faut secouer notre société. Quand j?ai des informations que je juge sérieuses, je dénonce les cas. Au risque d?être poursuivi. Mais avant d?aller à la police ou à l?Icac, je contacte la personne incriminée pour lui demander confirmation des faits. Souvent, elle ne répond pas. Comme dans le cas du CEB, par exemple.

● Avez-vous confiance en l?Icac et la police ?

(Hésitations?) Oui et non. Je pense que s?il n?y a pas d?ingérence, les personnes qui dirigent nos institutions ont le potentiel de faire un excellent travail. Malheureusement, je pense qu?à partir de lobbies et de pressions dégueulasses de même que la pression politique, des rapports dorment dans les tiroirs, des cas ne sont pas référés en cour ou encore ceux qui l?ont été découlent d?enquêtes mal préparées.

● Donc, nous aurons beau rédiger des codes d?éthique et parler de bonne gouvernance, mais c?est seulement pour la galerie ?

Je viens de prendre connaissance du code d?éthique de La Sentinelle. A mon avis, il n?est pas complet et j?ai écrit au président pour lui faire part de mon opinion. Donc, il ne faut pas montrer du doigt et dire qu?on n?arrive pas à mener un combat contre la fraude et la corruption. Cette société n?est pas entièrement pourrie. Des milliers d?employés travaillent honnêtement. Malheureusement, d?autres gens échappent au filet de dénonciation. Et quand je regarde l?enrichissement de ceux-là, je me pose des questions. Essayez d?aller au Registrar et voyez les assets qu?ont certains. Inexplicable. Il y a des gens qui tirent des bénéfices énormes de la corruption.

● Quelle est la source du problème ?

Notre système économique, capitaliste, repose sur la domination. Cela repose sur le principe de hire and fire, sur le paiement de commissions, la publicité mensongère, la concurrence déloyale. Et tout cela rend le système incapable de générer une éthique acceptable. Que veut dire bonne gouvernance pour les managers ? Faire en sorte que l?entreprise accumule des profits. Et au nom du profit, qu?est-ce qu?on ne fait pas ? Au vu et au su de tout le monde. Tout devient acceptable dans la pratique, mais les gens restent hypocrites.

Je pense que la solution repose sur les jeunes. Il nous faut une autre mentalité. Celle où les gens remettent en cause les idées reçues et refusent d?être de simples exécutants.

● Mais que comprenez-vous par l?éthique ?

L?éthique n?est pas une question de moralité. L?éthique est un ensemble de valeurs, de repères qui sont acceptés par l?opinion commune. Mais cela dit, l?opinion commune n?est pas l?idéal. Quand on introduit le paradoxe, quand quelqu?un introduit une idée nouvelle, cela fait avancer les choses et donc l?éthique, qui n?est pas une notion statique, évolue. Et certaines personnes peuvent avoir une opinion plus avancée de l?opinion commune ? je prends mon exemple. J?ai l?impression qu?il y a une dissonance entre mon éthique à moi et l?éthique des autres. Mais l?essentiel, c?est qu?il y a des choses qui sont acceptables et d?autres pas. Et il y aura toujours des gens qui viendront dénoncer toute mauvaise pratique qu?ils considèrent contraire à son éthique personnelle.

● Donc, on peut même devenir intégriste dans son éthique ?

Tout à fait. Comme dans toute chose. Mais si on se remet en question et qu?on se pose des questions constamment, il devient difficile de tomber dans l?intégrisme.

● Pensez-vous que l?actuel gouvernement est plus éthique ou moins éthique que le précédent ?

Comment peut-on dire que ce gouvernement est un gouvernement éthique ? Réduisons le terme éthique à sa définition la plus simple : ce qui est mauvais ou acceptable. Priver un pêcheur de son allocation de mauvais temps est inac- ceptable. Priver les enfants de leur pain quotidien n?est pas éthique. Je peux vous citer de nombreuses décisions que le gouvernement prend et qui ne font partie ni de la bonne gouvernance, ni de l?éthique. L?éthique est multidimensionnelle. L?éthique n?est pas uniquement un code écrit. Retirer de l?argent à ceux qui en ont besoin sous prétexte qu?on ne doit pas gaspiller, c?est du non-sens. C?est de la mauvaise gouvernance et ce n?est pas éthique.

Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN

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