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Il tue ses deux frères et un voisin
Une colère latente, qui n?attendait qu?un élément déclencheur. Dubrayeel Bhugeloo, alias Eshan, alias Gogo, âgé de 41 ans, s?est laissé emporter dans une folie meurtrière, hier, pour une histoire de paillasson placé devant sa porte. Un élément qui semble banal mais qui cache en fait un conflit fraternel pour un terrain laissé par les parents. L?homme a tiré sur tout ce qui entrait dans son champ de vision, tuant à bout portant ses deux frères et un voisin qui se trouvait sur la route.
Il a, dans la foulée, blessé un autre frère, l?épouse de ce dernier et leur neveu, un adolescent de17 ans. Il s?est ensuite donné la mort. En début de soirée la police a procédé à la saisie de quatorze fusils chez les Bhugeloo.
Les victimes d?Eshan Bhugeloo sont Adam Farook Bhugeloo, 62 ans, Farzley Omar Bhugeloo, 36 ans, et Sheik Cader Elahee Doomun, 65 ans. Les trois blessés sont Mohammad Ali Dina Bhugeloo, 55 ans, alias Baboo, son épouse, et Reeaz Bhugeloo, son neveu. Eshan et Farzley sont nés d?une autre mère que Farook et Mohammad Ali Dina.
Selon les renseignements recueillis sur place, c?est une guerre de longue date entre les frères Bhugeloo pour l?héritage d?un grand terrain laissé par leur père depuis son décès, il y a quelques années, qui serait à l?origine du geste inconsidéré d?Eshan Bhugeloo, en fin d?après-midi, hier, à Petit-Verger, St-Pierre. Hier matin, ce fut le déclic : la goutte d?eau qui a fait surgir tout son ressentiment. Le matin, des arpenteurs étaient venus mesurer la superficie du terrain qu?occupent tous les membres de cette famille.
Et en fin d?après-midi, l?épouse d?Eshan Bhugeloo devait l?informer, alors qu?il était sur son lieu de travail, dans son snack à Circonstance, St-Pierre, que ses enfants avaient fait une chute sur un paillasson placé devant leur porte par son frère Farzley.
Eshan Bhugeloo regagne son domicile en quatrième vitesse. Une violente dispute éclate entre lui et Farzley. Les deux frères en viennent aux mains.
?Mo finn gagn kout bal, vinn tir moi?
Des témoins expliquent qu?Eshan, ne pouvant se mesurer à son frère, devait battre en retraite pour revenir avec un fusil de chasse. Il cherche alors Farzley. Ne le voyant pas, il va de l?autre côté de la route chez son autre frère, Farook. Ce dernier, qui se trouve dans sa cour, est abattu par Eshan. Il succombe à deux coups de balle au cou et à l?abdomen.
De retour sur la route, Eshan tire trois coups de feu sur Farzley qui reçoit une balle à l?abdomen, une au visage et la troisième à la fesse gauche. Prise entre les balles, l?épouse de Mohammad Ali Dina, Ameena, est blessée à la main. Son mari reçoit, lui, une balle au ventre.
Le couple est admis à l?hôpital Jeetoo. Leur neveu, Taher Ahmed Khodeer, alias Reeaz, qui tente de se cacher derrière une fourgonnette prend, lui, une balle à l?épaule. Il appelle alors un voisin de son téléphone cellulaire : ?Mo finn gagn kout bal. Vinn tir moi pou amenn moi lopital.? Il est actuellement admis à la clinique Mauricienne.
Entre-temps, un voisin des Bhugeloo, qui travaillait dans son jardin, Sheik Cader Elahee Doomun, alias Dawood, âgé de 65 ans, entend les détonations. Il vient sur la route, voit Eshan armé et tente de le ramener à la raison. Il obtiendra, pour toute réponse, trois balles, une à l?abdomen, une autre au poumon gauche et une troisième au c?ur.
A l?Information Room de la police, une requête est faite vers 16 heures. Les policiers sont informés que des coups de feu ont été tirés. Une unité de l?Emergency Response Service est dépêchée chez les Bhugeloo, à la route Royale, Petit-Verger. A leur arrivée, un homme gît au milieu de la route dans une mare de sang. Il s?agit de Dawood.
Les policiers ralentissent et aperçoivent, au même moment, un homme armé d?une carabine. Ils doivent toutefois redémarrer en trombe car l?individu vient de tirer un coup de feu dans leur direction. Le véhicule est touché d?une balle.
Présence de plusieurs unités de police
Du renfort est demandé. Des policiers de St-Pierre et la Divisional Support Unit devaient arriver peu après, ainsi que des hommes de la Special Supporting Unit. Il s?agit aussi de contenir la foule qui s?est graduellement massée sur les lieux. Cette équipe est rejointe par des éléments du Groupe d?intervention de la police mauricienne.
La Major Crimes Investigation Team (MCIT), dirigée par le surintendant de police, Prem Raddhoa, et l?inspecteur Ranjit Jokhoo ainsi que la Criminal Investigation Division (CID) de Moka-Flacq, dirigée par l?assistant surintendant de police Dany Seebaluck sont aussi là.
Il est 18 h 15, les Drs Satish Boolell et Satish Kumar Gungadin, accompagnés du Dr Prem Chamane, stagiaire à la section médico-légale, arrivent sur place. Les médecins légistes viennent se renseigner avant de se rendre à la morgue de l?hôpital Victoria pour pratiquer les autopsies.
Vers 18 h 25, une équipe du Scene of Crime Office (SOCO) menée par le sergent Ravin Salabee et des officiers du Forensic Science Laboratory (FSL) débarquent sur place. Aidés des éléments de la force régulière, ils collectent des indices dans la cour de la famille Bhugeloo et sur la route. Le photographe de la police, Rajen Calkee, et le dessinateur de la police, Anil Appanah, prennent respectivement des clichés et des mesures sur les lieux.
Les funérailles des trois victimes et de leur agresseur ont lieu ce matin.
Mohammad Le rescapé
■ ?Rescapé? de la tuerie, il a écopé d?une blessure au ventre. Lui, c?est Mohammad Bhugeloo alias Baboo, 55 ans (en avant-plan sur la photo).
A l?unité des soins intensifs de l?hôpital Jeetoo, où il a été admis, on jugeait hier soir l?état de santé du quinquagénaire comme stable.
Mohammad est taxidermiste : il empaille des oiseaux, des poissons, des requins?
Ce métier, il y a initié lui-même son fils, un étudiant de 16 ans. Ce métier est une affaire de famille : Baboo a démarré très jeune. Il a emboîté le pas à son père, Adam.
Alaoudin Bhugeloo, le frère épargné
■ Alaoudin Bhugeloo (photo), 46 ans, habitant à Floréal, est accablé. Il dit ne pas comprendre les circonstances qui ont poussé son frère, Eshan à commettre l?irréparable.
Après avoir appris la terrible nouvelle, il s?est rendu chez ses frères à Petit-Verger. Mais en arrivant sur les lieux, la tension est montée d?un cran lorsque les éléments de la MCIT lui ont refusé l?accès.
Ces derniers ignoraient qu?il faisait partie de la famille où le drame s?était joué. Après l?intervention d?un de ses proches et Me Bala Baloomoody, il a pu avoir accès à la cour qui était barricadée par les éléments de la SSU.
RÉACTION À CHAUD
Haroon Doomun : ?Nou ti kroir petar pou Divali?
■ Haroon Elahee Doomun, 72 ans, est inconsolable. Il accepte difficilement la disparition de son frère Dawood. D?autant plus que pour lui, ce dernier a perdu la vie bêtement. La victime, raconte-t-il, travaillait comme jardinier au ministère de l?Agriculture jusqu?à sa retraite. Marié, il était père de deux enfants, tous deux mariés et habitant Coromandel.
Dawood Doomun passait tout son temps dans sa plantation de légumes, dans sa cour même. ?Divan la port isi, li touzour okip so zardin. Li ti kontan gref son bann plant?, déclare le septuagénaire d?une voix cassée.
Comme tout le monde dans le voisinage, il a entendu plusieurs détonations. Et comme tous les autres, il a cru que c?étaient des enfants qui s?amusaient : ?Nou ti kroir petar pou divali?, soupire Haroon Doomun.
Dawood Doomun est sorti sur la route Royale pour voir ce qui se passait. Là, il s?est retrouvé face à face avec Eshan Bhugeloo armé d?un fusil. Lorsqu?il a lancé à ce dernier : ? Gogo ! ki to pe fer?, sans crier gare, celui-ci lui a tiré dessus à bout portant
Eshan Bhugeloo s?est par la suite agenouillé sur le rebord du trottoir. Puis, il s?est tiré une balle à la gorge. Une autopsie a attribué son décès à un choc provoqué par une balle à la tête.
Tous ceux interrogés ont été unanimes à dire qu?Eshan Bhugeloo, ?ti enn bon dimoun?. A Petit-Verger, St-Pierre, c?était un homme sans histoire. On reconnaît qu?il ne s?entendait pas avec ses frères pour une affaire de terrain, mais il n?avait jamais eu de problèmes avec des voisins.
Eshan Bhugeloo était marié et père de deux enfants en bas âge. Pendant huit ans, il avait travaillé comme ?quality controller? à World Knits avant de se lancer dans la restauration : il tenait un snack à Circonstance, St-Pierre.
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