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Il n’y a pas que le sucre !

9 mai 2007, 00:00

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Les politiques de coopération internationale ont évolué. L’Union européenne (UE) s’est imposée comme l’un des fers de lance d’un modèle de développement dans lequel la bonne gouvernance et la préservation des ressources naturelles occupent une place centrale.

Maurice a été l’un des principaux bénéficiaires du protocole sucre dans le cadre des accords de Yaoundé, puis de Lomé et Cotonou. L’industrie sucrière, pilier de l’économie et de la société mauricienne, a porté le développement économique du pays permettant, par les dividendes dégagés, de soutenir la politique de diversification économique.

L’UE est l’un des principaux bailleurs de fonds de Maurice. Si aujourd’hui on s’avance vers l’érosion des accords préférentiels, pour lesquels les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) demandent une période transitoire notamment sur le dossier sucre, il ne faut pas perdre de vue que l’UE continue de coopérer dans d’autres domaines sur la base d’une promotion du développement durable.

“L’environnement est un axe majeur de la coopération européenne d’autant que l’UE se conforme aux engagements pris dans le cadre du protocole de Kyoto et aide donc les partenaires du Sud à s’insérer dans une logique de développement durable”, souligne Claudia Wiedey, chef de la délégation de l’UE en poste à Maurice. Espace insulaire, densément peuplé et surpeuplé – au regard des ressources disponibles, ayant connu une phase d’industrialisation rapide, Maurice est fragile.

<I>“La coopération européenne est multiforme. Le sucre est bien entendu le principal sujet de débat, de controverse même. L’UE s’affirme comme un acteur regional de la préservation de l’environnement et comme le promoteur du développement durable. Cet axe de la cooperation européenne est relativement peu connu.”</I>

Les ressources disponibles, notamment en eau, risquent de ne pas être suffisantes au regard de la demande qui s’accroît. La population n’est effectivement pas la seule consommatrice d’eau. L’agriculture, les industries et le secteur hôtelier ont un besoin d’eau très important.

De fait, dans une logique de développement durable, il est nécessaire d&#8217;avoir une gestion raisonnée de cette ressource. Dans cette perspective, se pose le problème de la gestion des eaux usées. Les autorités ont conscience de l&#8217;enjeu mais ont besoin d&#8217;un appui pour financer de tels projets de remise à niveau. L&#8217;UE assure dans ce cadre le financement des travaux de raccordement au tout-à-l&#8217;égout dans les Plaines-Wilhems.

Pour Claudia Wiedey, il s’agit aussi d’assurer “une meilleure qualité de vie aux Mauriciens” dans la mesure où les effluents des eaux usées sont polluants, notamment pour les nappes phréatiques. D’ici 2010, 60 % des habitations de la conurbation Port-Louis-Curepipe seront connectées contre 25 % aujourd’hui. Une étude montre que la “qualité de l’eau originellement touchée par les effluents s’est améliorée”, note la chef de la délégation de l’UE.

Dans ce cas précis, il s&#8217;agit d&#8217;une coopération bilatérale. Cependant, pour Claudia Wiedey, il est nécessaire &#8220;de mettre l&#8217;accent sur la dimension régionale des enjeux environnementaux&#8221;. Cette dimension est d&#8217;autant plus pertinente pour les îles du sud-ouest de l&#8217;océan Indien car &#8220;elles partagent des problématiques communes, notamment en matière environnementale&#8221;, note Fatoumia Bazi, responsable de la communication de la Commission de l&#8217;océan Indien (COI).

L&#8217;UE est le principal bailleur de fonds de la COI. C&#8217;est à travers elle que Maurice bénéficie également de l&#8217;aide européenne. L&#8217;enveloppe du 9e Fonds européen de développement (Fed) suit cette logique régionale de la coopération européenne. La COI, le Marché commun d&#8217;Afrique australe et orientale (Comesa), l&#8217;Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad) tombent sous la même tranche du Fed, mais chacune de ces organisations régionales répond à une problématique précise. Si le Comesa est chef de file du dossier intégration régionale et si l&#8217;Igad l&#8217;est pour la résolution des conflits pour la Corne de l&#8217;Afrique, la COI détient le leadership sur les questions environnementales financées par l&#8217;UE. Il n&#8217;empêche que Maurice &#8220;peut aussi profiter des programmes sur les nouvelles technologies de l&#8217;information et de la communication ou d&#8217;intégration régionale dirigés par le Comesa&#8221;, précise Fatoumia Bazi.

L&#8217;UE participe à la préservation des ressources marines. Maurice a pour ambition de devenir un seafood hub. Le programme de marquage du thon assuré par la COI et financé par l&#8217;UE vise une gestion raisonnée des stocks de thon, par une meilleure connaissance des migrations dépendantes des températures et de la qualité de l&#8217;eau. Parallèlement, un autre programme aide à une meilleure surveillance des eaux territoriales afin d&#8217;empêcher la pêche illégale. Ces deux programmes ne concernent pas que Maurice mais répondent néanmoins aux ambitions économiques du pays.

Parce que les îles de l&#8217;océan Indien partagent une réalité géographique commune, les programmes de la COI financés par l&#8217;UE trouvent un écho particulier, notamment en ce qu&#8217;il s&#8217;agit de l&#8217;érosion côtière. Cet enjeu est intimement lié au tourisme, l&#8217;un des principaux secteurs d&#8217;activité de l&#8217;ensemble des îles de la région, et a fortiori de Maurice.

La politique énergétique, qui &#8220;va bien au-delà des préoccupations liées aux enjeux du secteur sucrier&#8221;, est aussi au centre des préoccupations de la délégation de l&#8217;UE. &#8220;Nous maintenons un dialogue constant avec les autorités, nous émettons des recommandations et invitons le gouvernement à opter pour une alternative conciliant au mieux impératifs économiques et préservation de l&#8217;environnement&#8221;, confie Claudia Wiedey. L&#8217;UE n&#8217;a donc pas de moyen de pression. Elle ne peut que demander une étude menée par un expert indépendant pour une meilleure lisibilité de l&#8217;enjeu et ainsi être force de propositions. La décision finale n&#8217;en reste pas moins du ressort du gouvernement.

La coopération européenne est multiforme. Le sucre est bien entendu le principal sujet de débat, de controverse même. L&#8217;UE s&#8217;affirme comme un acteur régional de la préservation de l&#8217;environnement et comme le promoteur du développement durable. Cet axe de la coopération européenne est relativement peu connu. Pourtant, force est de reconnaître que ces programmes menés en partenariat avec les pouvoirs publics, les instances régionales ou même la société civile (voir hors-texte) sont des clés pour une transition économique &#8216;&#8216;environmental friendly&#8217;&#8217; réussie. 

Maurice est un espace fragile. La pression anthropique y est forte. Il est nécessaire d’avoir une approche raisonnée tant dans les politiques économiques qu’environnementales. À l’heure actuelle, nombre des mesures en faveur de l’environnement restent des vœux pieux ou sont sacrifiées sur l’autel de l’urgence économique.

La coopération européenne apporte des éléments de réponse, certes lents, peu visibles et méconnus. C’est sur le long terme qu’il faut penser le développement de Maurice. C’est seulement ainsi que l’on pourra y apporter ce fameux qualificatif : durable.

<B>Gilles RIBOUET</B>

<B>L’aide européenne en mutation :

De Cotonou aux Accords de partenariat économique</B>

Les accords de Cotonou entre Union européenne (UE) et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) signés en 2000, permettaient l’accès des produits ACP sur le marché européen à des tarifs préférentiels et non-réciproques. La libéralisation du commerce international prônée par l’Organisation mondiale du commerce suppose le démantèlement de ces accords préférentiels d’ici 2008. C’est pourquoi l’UE propose aux pays ACP la mise en place des Accords de partenariat économique (APE), accords de libre-échange pour lesquels les pays ACP n’auront pas à ouvrir leurs frontières aux produits européens dans les mêmes proportions. Privilégiant un dialogue avec des blocs régionaux – Maurice appartient au bloc Afrique australe et orientale, ces accords prennent en compte les spécificités de chacune des aires géographiques afin de favoriser l’intégration régionale et une meilleure compétitivité des produits. Les marchés qui se créeront seront plus à même de traiter avec l’UE et renforceront les liens entre les pays d’une même région. La dépendance au marché européen de nombreuses économies devraient donc s’alléger. Cependant, des inquiétudes subsistent. Dans ce cadre, Maurice bénéficiera-t-elle toujours d’un quota de 475 000 tonnes de sucre à écouler sur le marché européen d’autant que le bloc régional compte d’autres producteurs de sucre ? Comment le port franc mauricien pourra s’affirmer comme une plate-forme de transit et de réexportation de produits issus de pays tiers compte tenu des règles européennes complexes en la matière ? Des discussions sont en cours à Bruxelles pour répondre à ces interrogations.

<B>La coopération décentralisée, une autre forme de la coopération européenne</B>

La coopération décentralisée s’intéresse à tous les secteurs (économique, social ou culturel). Il s’agit d’une forme de coopération qui s’adresse aux acteurs non étatiques. L’Union européenne (UE) reçoit des demandes de financement pour des projets portés par des acteurs de la société civile, des organisations non gouvernementales, des groupements socioculturels.

L’objectif est de favoriser le développement à une échelle locale, plus proche du public ciblé. Dans ce cadre, l’UE dispose d’une enveloppe de 30,5 millions d’euros pour la période 2006-2012 pour financer les projets sélectionnés. Les financements oscillent dans une fourchette allant de 1 000 à 10 000 euros. La coopération européenne ne se limite pas aux relations institutionnelles avec l’État mauricien et tente de répondre directement aux attentes des acteurs de la société civile.

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