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Il faut sauver le cateau vert

10 septembre 2004, 20:00

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A 20 mètres au-dessus du sol, sous la pluie fine de la forêt de Macabé, se balance Jason Malham. Il exécute la même acrobatie chaque jour pour atteindre, au creux des troncs d’arbres indigènes, les nids destinés aux cateaux verts. Dans ces boîtes parsemées à Plaine-Lièvre et Bel-Ombre, il y installe des sciures de bois fraîches. Néo-Zélandais de 35 ans, il est à l’aise dans cet environnement. Il en a fréquenté un semblable quand il tentait de sauver le kakapo dans son pays natal.

Avec ses collègues, de Nouvelle Zélande toujours, Paul Freeman, Tom Bedoy, Pete Haverson et les autres, Jason vit dans un abri rudimentaire en plein cœur de la forêt pour sauver cette fois le cateau vert, dernière espèce vivante de perroquet dans les Mascareignes. Ils s’assurent chaque jour que le plastique, posé autour des troncs pour éviter que les rats et autres prédateurs ne grimpent, a bien tenu. Puis ils vérifient si des œufs ont été abandonnés. Ils les prélèvent alors délicatement et les mènent à la volière de Rivière-Noire, installée par le Mauritius Wildlife Fund (MWF). Où ils grandiront avant d’aller rejoindre les autres dans un territoire d’environ 40 km2 dans le Parc national des gorges de la Rivière-Noire.

Le cateau vert (echo parakeet) aurait pu s’éteindre comme le perroquet turquoise de Rodrigues, le perroquet bleu et le perroquet des Mascareignes. On ne comptait que 25 entités en 1986. Ils sont aujourd’hui quelque 230.

<B>Nourris au biberon</B>

Avec la prochaine saison des amours, une cinquantaine de bébés devrait se joindre à la communauté. Si l’ornithologue gallois Karl Jones n’était pas passé par là, si le MWF n’avait pas poursuivi ses efforts, le cateau serait en train de faire causette avec le dodo au musée.

L’aventure commence véritablement en 1992. Cent abris d’oiseaux sont installés, mais pas un seul n’est utilisé. A force de persévérance, la technique sera acquise dix années plus tard. En 1995, le travail de secours, qui consiste à ramasser les œufs et les oisillons abandonnés, commence à porter ses fruits. «Nous avons dû faire un travail de terrain très intense pour collecter des informations. C’est en 1997 que nous enregistrons les premiers succès avec la reproduction en captivité. Mais l’arrivée de spécialistes en aviculture et un accent plus important sur les facteurs hygiéniques vont améliorer les choses », explique Vikash Tatayah, directeur de la conservation de la faune pour le MWF.

A Rivière-Noire, dans une volière longue de 30 mètres, les oisillons sont placés par groupes de cinq, pour qu’ils ne s’attachent pas à leurs « parents » humains. Ces derniers veillent sur eux à travers des caméras, histoire de les déranger le moins possible. Ils sont régulièrement nourris au biberon. Là, ils attendent que les rejoignent leurs petits cousins. C’est la saison. De septembre à décembre, les femelles pondent. C’est pour cela que les officiers du MWF sont actifs : ils mettent les bouchées doubles pour que tous les abris soient prêts et inaccessibles aux rats.

La participation étrangère a été fondamentale au projet de conservation. Pas moins de 20 Néo-Zélandais y ont travaillé. Jason Malham, coordonnateur du projet, en est d’ailleurs à sa quatrième saison à Maurice. Dans les mois à venir, il travaillera avec cinq Anglais et Néo-Zélandais.

L’objectif immédiat est d’arriver à 300 cateaux verts. Ce chiffre atteint, explique Vikash Tatayah, la surveillance pourra être réduite à un niveau de low-intensity monitoring. Ils pourront souffler quand ils auront atteint 600 echo parakeets, le nombre estimé des perroquets avant l’arrivée des Hollandais. Ils sont sur la bonne voie. «Tellement d’espèces sont en voie de disparition. Là on est dans une situation où on va en sauver une. C’est magnifique !» conclut Vikash.

<B>Un des plus beaux oiseaux du pays</B>

Le «echo parakeet», aussi connu sous le nom de gros cateau vert, est la dernière espèce de perroquet encore en vie dans les Mascareignes. Il pèse entre 130 et 210 grammes. Il a un rôle très important à jouer dans la dispersion de graines et de fruits. C’est aussi un des plus beaux oiseaux du pays. Il se nourrit de fruits, de fleurs, de feuilles et d’écorces d’arbres variés. De septembre à décembre, les femelles pondent entre un et quatre oeufs. La période d’incubation dure 25 jours. 55 jours après l’éclosion, les plumes commencent à pousser aux petits oisillons.

<B>Lente extinction</B>

C’est l’installation des colons au 18e siècle qui provoque une première diminution dans la population des perroquets. Avec la destruction des forêts humides qui constituent leur habitat naturel, le nombre diminue encore.

En 1950, par exemple, des parties importantes de la forêt de Kanaka sont rasées pour la culture du thé. Puis de 1969 à 1973, 4 000 hectares de forêts avaient été coupés pour faire de la place à une plantation de pins américains. Ce sont autant de pas vers l’extinction, accélérée par l’arrivée de prédateurs, tels rats, chats et macaques.

Les premiers programmes de sauvetage en 1975, axés sur le kestrel et le pigeon des mares, ne bénéficieront pas au cateau vert. Des maladies et des problèmes de reproduction, tels des parents qui ne nourrissaient pas leurs oisillons, donneront du fil à retordre aux chercheurs.

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