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Il faut cultiver le goût du savoir

15 février 2004, 20:00

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<B>APRÈS</B> plus de soixante ans d?existence et plus de 3 600 titres publiés, la collection Que sais-je ? s?est donné rendez-vous, au début de ce siècle, une fois de plus avec le goût du savoir. Sommes-nous toujours enclins à cultiver notre curiosité pour la connaissance ? Ils sont journalistes, enseignants, chercheurs, bibliothécaires et ils appartiennent à toutes les disciplines ? sciences, religion, art, philosophie, droit, entre autres. Ils ont voulu répondre à une enquête dirigée par la collection. Ils ont tous manifesté leur volonté d?accéder à un savoir illimitée.

Comme eux, beaucoup d?hommes ont exprimé ouvertement leur fantasme de tout savoir afin de voir l?univers dans ses énormes complexités du point de vue de Dieu. Mais le savoir encyclopédique est-il possible ? D?ailleurs que signifie ?tout savoir? ? Si la formule ?Que sais-je ??, qui a vu le jour pendant la Renaissance, évoque la passion philosophique pour ce qui est vrai, elle sous-entend bien une connaissance encyclopédique. Mais le savoir encyclopédique, c?est quelque part regrouper les différentes disciplines pour observer une chose.

En d?autres mots, il s?agit d?avoir un regard pluridisciplinaire. Mais, comme l?a montré Serge Paugam, sociologue et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), même s?il y a complémentarité entre disciplines, ce regard tend plutôt à éloigner l?observateur de la réalité. Parce que regrouper plusieurs champs de savoir, c?est créer une unicité des savoirs. C?est en somme réduire chaque discipline à toutes les autres au nom de l?interdisciplinarité. Or, la connaissance ne se trouve pas comme on a tendance à le croire à l?intersection des disciplines.

Mode d?accès idéal

Certains admettent volontiers qu?aujourd?hui l?accès à un savoir encyclopédique n?est pas un problème. Il suffit de consulter l?Internet. Mais c?est là un savoir qui est localisé à l?extérieur du cerveau humain, dans une machine. La nouvelle technologie n?offre pas de repère idéal. On ne peut maîtriser sa démarche qui consiste à trouver un support culturel et méthodologique pour bien orienter sa recherche. Ce qui manque, c?est le mode d?accès idéal. C?est pourquoi malgré l?existence des données qui s?ouvrent sur un savoir global, de moins en moins de gens y accèdent et ceux qui y accèdent, oublient aussitôt après avoir utilisé ce qu?ils ont cherché. Le savoir, disait Jean Laplanche médecin-psychiatre et psychanalyste, est aujourd?hui rendu trop numérique.

Il est vrai que les gens ont une vaste culture générale. Mais elle est quantitative plutôt que qualitative. Claude Gauvard, de l?Institut universitaire de France, faisait remarquer qu?on va vers une connaissance stéréotypée : ?Si les gens pensent qu?ils savent, au niveau de l?interprétation et de la réflexion, ils sont très mal informés?. Ce qui signifie que le savoir s?appauvrit. Notre culture générale occupe plus d?espace à l?horizontale qu?en profondeur. C?est ce qu?on appelle aussi le nouvel élitisme. Il s?agit ici d?un savoir encyclopédique superficiel. En réalité, l?important n?est pas une collection de savoirs. Ce qui compte, c?est le savoir organisé en fonction de l?exigence d?une situation donnée. C?est ce qui permet de mieux comprendre la réalité. Il faut donc développer sa volonté de savoir et cultiver son goût pour l?effort. Car le temps consacré à l?apprentissage grignote toujours sur le temps des autres plaisirs.

Les méthodes pour accéder au savoir ne manquent pas. Arnaud Desplechin, cinéaste qui a réalisé La sentinelle, La vie des morts, Comment je me suis disputé; ma vie sexuelle, et dernièrement Esther Khan, affirme, lors d?un entretien accordé à Christophe Prebois, que ?le cinéma m?a initié à la peinture, à la musique, à la littérature, à la philosophie?. Cependant, s?il trouve que le cinéma force les gens à être curieux, il reconnaît toutefois que le vrai paradis, c?est la bibliothèque personnelle. Certes, ce ne sont pas les livres qui manquent mais le temps. Il faut alors associer le temps au désir de savoir, car l?oisiveté n?a jamais constitué un appel automatique de la connaissance. Et en faire une chose sacrée. Hegel disait bien que la lecture des journaux est la prière du matin. Alors, pour développer un tempérament d?encyclopédiste, commencez déjà par là?

?Il est vrai que les gens ont une vaste culture générale. Mais elle est quantitative plutôt que qualitative. Ce qui signifie que le savoir s?appauvrit. Notre culture générale occupe plus d?espace à l?horizontale qu?en profondeur. C?est ce qu?on appelle aussi le nouvel élitisme.?

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