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?Il faut éliminer les taxes sur le commerce international?
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?Il faut éliminer les taxes sur le commerce international?
?<B>Quelle est votre appréciation de la santé de l?économie mauricienne ? </B>
Je pense que Maurice jouit d?une bonne santé économique. Certes, elle a des problèmes qui découlent essentiellement du succès qu?elle a connu dans le passé. Il faut simplement réadapter les institutions. Celles-ci ont bien servi le pays durant sa transition d?une économie à faible revenu à une jouissant d?un statut de revenu moyen.
Au cours de ces cinq dernières années, les revenus par tête d?habitant à Maurice sont passés de 27 % à 30 % du produit intérieur brut (PIB) par tête d?habitant des Etats-Unis. Mais le chômage est passé de 7,5 % à 10 % durant cette période. Les exportations accumulées durant ces cinq ans sont supérieures par un tiers relatif au chiffre combiné pour les cinq années précédentes.
En bref, la performance économique s?améliore. Toutefois, le plus gros problème demeure le chômage qui paradoxalement, est élevé et il est en hausse. Il y a une convergence vers les US income mais elle se voit ainsi atténuée. Il faudra réaliser un taux de croissance supérieur à 7 % si le pays souhaite doubler son revenu et devenir un pays high income dans le prochain quart de siècle.
?<B> Que devons-nous nous donner comme moyens pour atteindre cet objectif ? </B>
L?élément clé est la modernisation de l?encadrement institutionnel. Il faut plus de transparence dans la prise de décision gouvernementale et cela, dans plusieurs domaines notamment, l?allocation des terres, la délivrance des permis, l?institution des règles, entre autres. Au lieu d?allouer les ressources limitées à des individus et à des firmes pré- sélectés, pourquoi ne pas utiliser la formule des enchères ? Cela aidera à remplir les caisses de l?Etat tout en évitant la corruption et le favoritisme. Aussi, on s?assurera que les ressources vont vers ceux qui sont plus à même de les exploiter.
Les services gouvernementaux doivent être distribués de la manière la plus efficiente possible, comme dans les pays à haut revenu. Dans le court terme, il faudra arriver au même niveau des meilleures économies des pays à revenu moyen. Notre efficience technique dans la distribution de l?eau potable, de l?électricité et du téléphone et de la gestion des déchets environnementaux doit au moins être au même niveau que celle du Chili, du Botswana, de la Malaisie ou de la République tchèque.
?<B> Une fois ce seuil atteint, comment allons-nous atteindre le niveau de Singapour, de l?Irlande ou du Canada ? </B>
Il faudra rehausser nos compétences. 40 % de nos jeunes devront compléter une éducation universitaire contre seulement 20 % actuellement. Il nous faut aussi savoir comment améliorer la productivité de ceux qui ont échoué au Certificate of Primary Education (CPE) pendant ces vingt dernières années.
?<B> Y a-t-il un modèle de développement particulier que nous devrons adopter ? </B>
Maurice doit s?engager plus activement dans des comparaisons avec les pays middle income à forte croissance et avec ceux qui ont récemment atteint le statut de pays à haut revenu. Le pays devra examiner la performance économique mais aussi les différences en termes d?arrangement institutionnel, de cadre de régulations et d?incitations.
Une fois qu?un pays a atteint le niveau de succès comme celui de Maurice, sa priorité devra être l?adaptation continue des institutions et des politiques afin de s?attaquer aux inefficiences et aux injustices. L?adoption d?un modèle ou d?une expérience en particulier n?a pas de réelle pertinence. C?est la raison pour laquelle je suggère des exercices de comparaison avec un ensemble de pays.
Il nous faudra appliquer ces expériences à nos besoins et à nos réalités. Par exemple, à Maurice nous devrons pouvoir atteindre un niveau d?efficience dans le marché du travail tout en tenant compte de la diversité ethnique de la société. Or, cette question ne se pose pas en République tchèque.
?<B> Quelle sera la part des nouvelles industries dans cette transformation souhaitée ? </B>
Nous avons les moyens et les infrastructures pour lancer la prochaine phase de développement. Mais il y a une différence fondamentale entre sortir d?un PIB par tête d?habitant de 800 dollars pour arriver à 4 000 dollars, et évoluer à partir de 4 000 dollars à 25 000 dollars.
Il est très difficile pour le gouvernement de choisir ces secteurs qui vont générer la croissance. Il y aura des niches qui vont être créées dans les secteurs manufacturiers, agricoles et les services. Les entrepreneurs vont se lancer dans des activités afin de tester leurs idées et ainsi se faire de l?argent.
Le rôle du gouvernement est d?encourager ce type d?activité entrepreneuriale en récompensant les entrepreneurs dont les idées auront marché. Il faut aussi permettre à ceux qui n?ont pas réussi des sorties peu contraignantes.
Cela implique plus de flexibilité dans les lois et les règles du travail, un système de taxation uniforme qui traite les revenus générés dans différents secteurs de la même manière. Il faut aussi des régulations qui facilitent la création de nouvelles entreprises, l?expansion de celles qui ont un gros potentiel de croissance, et la sortie rapide des entreprises à travers la liquidation, les fusions ou les rachats.
Cela exige aussi l?adoption d?un régime de tarifs qui encourage l?exportation au lieu de la substitution à l?importation. A la limite, si Maurice veut devenir un centre de services pour l?Inde et pour l?Afrique australe, nous allons devoir devenir un pays où il n?y aura pas d?import duty.
Si nous voulons devenir un centre régional de transbordement, de conférences, de knowledge development, c?est la voie à choisir. Il faut éliminer les taxes sur le commerce international. Celles-ci sont contre- productives. Leur absence rendrait les transactions beaucoup plus simples.
?<B> Vous préconisez donc une refonte globale du fisc?</B>
Nous avons une structure fiscale qui ne correspond pas à nos ambitions. Le système dépend énormément des taxes commerciales et très peu des taxes sur les revenus. Nous devons appliquer une structure qui soit compatible aux pays à revenu moyen et par la suite, adopter le système en vigueur dans les pays à revenu élevé.
Environ la moitié des recettes fiscales du pays doit provenir de l?impôt direct. La taxe sur la valeur ajoutée, les excise duties et une nouvelle taxe sur l?héritage pour les riches, et une plus grande couverture de la taxe sur la propriété devront contribuer au reste.
La réforme de la taxe sur l?impôt est cruciale. L?Income tax doit contribuer 8 à 10 % du PIB. Valeur du jour, cette contribution s?élève à 2,5 % seulement contre une moyenne de 5 % pour les pays à revenu moyen et de 11 % pour les pays d?Organisation de coopération et de développement économiques. Nous pouvons réaliser cet objectif avec des taux plus ou moins similaires que ceux pratiqués en ce moment, mais avec des moyens efficaces pour combattre l?évasion fiscale et en éliminant les nombreuses exemptions fiscales.
En même temps, il faut envisager des mesures fortes pour contrôler les dépenses de l?Etat. Nous devons utiliser la croissance pour apporter un certain équilibre entre les dépenses qui représentent 27 % du PIB et le fisc qui, lui, contribue pour 20 % du PIB. Si la croissance des dépenses publiques est maintenue au taux d?inflation, durant la prochaine décennie, les taxes et les dépenses vont s?équilibrer.
?<B>Pourquoi l?introduction d?une taxe sur l?héritage est-elle importante ? </B>
Il faut que le système fiscal soit perçu comme étant équitable. Je suggère une taxe sur l?héritage qui doit seulement frapper ceux qui sont très riches. Cette taxe existe en Europe et aux Etats-Unis. Je ne vois pas pourquoi à Maurice l?on devrait s?y opposer. Il n?y a absolument aucune logique à ne pas taxer le transfert d?énormes richesses aux enfants héritiers qui ne contribuent pas à la création de la richesse et de l?emploi.
?<B> Croyez-vous que l?île Maurice est bien engagée dans la voie de la démocratisation de l?économie ? </B>
Il y a beaucoup de mesures dans le dernier budget qui vont dans le sens de la démocratisation économique. Il nous faudra bâtir sur ces décisions. Le dernier budget prône un changement d?approche et de philosophie.
?Si la croissance des dépenses publiques est maintenue au taux d?inflation, durant la prochaine décennie, les taxes et les dépenses vont s?équilibrer.?
Propos recueillis par Akilesh ROOPUN
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