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Idées politiques en quête de parti

16 avril 2006, 00:00

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La politique ne serait-elle qu?une affaire de personnes, de querelles intestines, de linge sale ? Les pages de nos journaux regorgent de ces histoires de chefs qui s?entre-déchirent. Les journalistes ne sont pas à blâmer, ils sont les spectateurs affligés et les médiateurs obligés de ce cirque débile. Ce dimanche, rideau ! La vie politique, c?est surtout le débat d?idées, la confrontation des programmes, l?analyse des projets de société. Parlons-en.

Il est d?autant plus urgent de ramener le débat sur le plan des idées que plus il se crée de partis politiques ? sept dans l?Alliance sociale au pouvoir, trois, quatre dans l?opposition ? moins il existe de débats d?idées politiques. Il en résulte que le citoyen est amené à estimer que les idées en politique ne comptent nullement et que seuls importent, chez les hommes et les femmes qui en font, le contour de leur profil, l?histoire de leur patronyme, le poids de leur valeur ethno-électorale. Une exception qui confirme la règle : le petit parti Lalit a des idées, mais toutes généreuses qu?elles soient, elles ne semblent pas répondre aux exigences économiques de l?heure.

Il y a justement dans la situation économique extrêmement précaire dans laquelle se trouve le pays, l?urgence de discours politiques renouvelés, de réorientations programmatiques, de remises en cause fondamentales. Il convient de parler vrai aux citoyens. Je sais ce qu?un chef de gouvernement (ou de parti) responsable et courageux devrait dire, en la circonstance, aux Mauriciens. C?est assez pénible mais, à moins de compromettre irrémédiablement l?avenir, je ne vois pas d?alternative.

L?économie est en crise en raison d?une restructuration du commerce international qui va affecter durablement nos intérêts. Il faut arrêter de parler de « conjoncture ». Cette nouvelle donne exige un ajustement de notre structure économique. La situation est d?autant plus difficile que le pays a vécu bien au-dessus de ses moyens au cours de ces dix dernières années. Les promesses électorales et l?assistanat social universel ont ruiné les finances publiques. Les caisses se sont vidées. Il faut changer de politique.

Un pays en banqueroute qui a recommencé à mendier des aides, celles généralement accordées aux pays les plus pauvres de la planète, ne peut pas financer un État providence que même les pays les plus riches sont incapables de soutenir. La pension universelle, l?école gratuite (plus le transport), la santé pour tous, les subventions à gogo, le riz pour celui-ci, le fioul pour celui-là, sont aujourd?hui un non-sens économique. Le coût de ces générosités sans cesse accumulées a produit un pays surendetté qui affiche des déficits budgétaires répétés. Les subventions de l?État finançant une part considérable des dépenses des ménages ? l?éducation des enfants, la santé de la famille, le loisir automobile ? l?argent économisé est surtout dépensé dans une consommation débridée de produits importés. Ce qui alimente un déficit commercial atteignant un niveau effrayant.

La fête est finie. Il faut se serrer la ceinture, ceux du moins, qui ont pris de l?embonpoint. Il n?est plus possible à l?État d?accorder à tous les Mauriciens, sans considération de leurs moyens financiers, les mêmes services et les mêmes privilèges. L?argent public est devenu rare, il doit aller prioritairement à ceux qui en ont vraiment besoin.

La remise à niveau passe donc par un réexamen du principe d?État providence. Il coûte aujourd?hui trop cher. Elle est bien belle l?idée de refuser de catégoriser les Mauriciens selon leurs revenus et d?accorder à tous les mêmes prestations, mais il faut avoir les moyens de l?appliquer. Quand on ne les a pas, le principe de justice réclame que ce soit les plus faibles qui bénéficient de ce que l?État peut encore offrir.

Tant pis s?il s?agissait d?une promesse électorale. Elle est irréfléchie et démagogique ; il est insensé de verser une pension à tous les Mauriciens, indépendamment de leurs revenus financiers alors que le Fonds se dégrade dangereusement. L?urgence, au contraire, c?est de cibler les bénéficiaires, de retarder l?âge de la retraite à 65 ans et d?augmenter les primes. Sinon, c?est voler aujourd?hui l?argent des futurs retraités. Si la réforme n?est pas engagée maintenant, ce sera trop tard.

C?est également révoltant que le fioul de tous ceux qui possèdent un véhicule motorisé, y compris les berlines à plusieurs millions de roupies, soit subventionné par l?État. C?est quand même élémentaire de s?assurer que ceux qui trouvent le moyen de s?acheter des voitures paient leur fioul au prix qu?il coûte. Et non pas de se faire financer leur confort par les miséreux qui les regardent passer?

Tout aussi aberrante est la dernière générosité en date : le transport scolaire gratuit pour tous. Il est injuste d?offrir cette assistance à tous les écoliers sans considération des ressources financières de leurs parents. Je ne connais aucun pays, aussi riche soit-il, qui ait fait cette folie financière. Ce n?est pas soutenable. La santé gratuite ne me semble pas moins déraisonnable. Les soins coûtent cher, l?allongement de l?espérance de vie sera, sur les services, une pression supplémentaire et nécessitera des investissements plus importants. Il faut faire payer ceux qui le peuvent. Bien des Mauriciens auraient pu, auraient voulu contribuer aux coûts des soins souvent de qualité qu?ils reçoivent dans les hôpitaux publics.

Il faut dépenser mieux l?argent public, économiser sur les subventions universelles, cibler ceux qui ont besoin du soutien de l?État mais aussi augmenter les recettes fiscales. Il existe un moyen simple et juste. En vertu de quel principe les Mauriciens doivent-ils continuer à accepter l?inégalité du régime de la taxe immobilière ? La plus petite cahute construite en milieu urbain s?attire une taxe, alors que les villas de luxe qui agrémentent le paysage rural à l?intérieur des terres, à Rivière-Noire, Tamarin, Péreybère, Trou-aux-Biches, Flic-en-Flac, Mapou ou Roches-Noires en sont exonérées. Je ne connais pas de pire exemple d?injustice fiscale.

L?assainissement des finances publiques ne règle pas tout. L?État peut être pauvre et le pays riche de sa production industrielle. L?autre priorité, c?est la création d?emplois, des emplois capables de produire de la richesse, destinés notamment à ces 40 % de jeunes exclus du système scolaire. C?est là l?affaire du secteur privé, ces grands et petits entrepreneurs qui risquent leur argent et leur patrimoine. Le gouvernement doit tout faire pour les encourager, qu?ils soient Mauriciens ? et que l?on sache, cela ne dépend pas de la couleur de la peau ? ou étrangers. Ces entrepreneurs ont besoin d?être rassurés par un environnement accueillant et facilitateur et l?existence d?institutions indépendantes et fiables. Ce qui se passe présentement va dans le sens contraire. Il est urgent de refaire la fonction publique, de recycler ces bureaucrates qui ont appris à mettre des bâtons dans les roues pour mieux démontrer leurs importances. À moins qu?il ne s?agisse de passer de l?huile pour graisser les mécaniques.

Un pays qui fait de ses entrepreneurs des boucs émissaires politiques et des mal-aimés sociaux se tire une balle dans le pied. C?est le sport favori de nombreux partis. Il faut au contraire les motiver, les inciter à faire davantage. Posséder n?est pas une tare. Voyez ce qui se passe en Chine depuis que Deng Xiaoping a excité le goût d?entreprendre des Chinois.

Et quelle importance pour l?État ou l?ouvrier que l?investisseur se nomme Dalais ou Sant, Woo ou Alwaleed. Y a-t-il un parti prêt à dire ses banales vérités aux Mauriciens ? Non ? Alors nous avons affaire à une bande de faussaires.

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