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Identité en représentation

31 octobre 2004, 20:00

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En ces temps de commémoration voire de fanfaronnade de faits historiques, il est des termes qui provoquent une confusion de sens. C?est ainsi que des termes comme ?créolitude? ou ?coolitude? finissent par se figer dans le temps. Assez souvent parce qu?ils sont surchargés de symboles et que leur prise sur la réalité demeure très aléatoire. Un point nodal de l?identité mauricienne aujourd?hui est son inexistence de fait et sa spectacularisation sous sa forme carte-postale et exotique. Parce qu?il y a une impossibilité de rapports sociaux qui transcendent les clivages ethniques. Les stéréotypes ont la vie dure. Ce sont autant d?éléments qui illustrent l?inadéquation du rapport entre l?identité individuelle et l?identité de groupe.

L?identité individuelle reste une exaltation d?intentions pieuses et, une fois la récupération groupale réalisée, les vieux démons remontent à la surface. L?individu mauricien s?efface. On encense à nouveau la race. Et l?identité mauricienne doit repasser. Parce que nous n?avons pas su assumer notre créolité. Parce que nous sommes résolument inscrits dans une fatalité. Ce bras d?honneur que nous faisons continuellement à la laïcité. Il est tellement plus aisé de rester dans la facilité. Dans un éloge de la banalité. Il n?y a plus d?effort à faire pour une quelconque authenticité. Car on ne veut rimer créolité et mauricianité. On a choisi l?infidélité à notre identité. On est devenu de bons bigots de la religiosité.

Ingénieuse mise en scène donc pour masquer notre frilosité à assumer non notre diversité mais notre déficit de métissage. Cette autre manière de dire créolité que renient nos sages. C?est ainsi que notre identité s?est arrêtée à l?âge d?adolescence. Qu?elle est presque tombée en obsolescence. Et que nous tentons désormais vainement de lui éviter la démence. Cette folie qu?est notre habitude à ne rester qu?avec ceux qui ont les mêmes références religieuses et de classe que nous. Voilà donc des points communs entre les croyances et les sous.

De toutes les manières, la caricature ne pourra égratigner les idées reçues. Car les défenseurs de l?identité calfeutrée ont le sens de la prolepse. Cette propension qu?ont les hérauts de l?immobilité à prendre de vitesse toute envie qui tente de faire de l?identité une aventure. Ce serait pour eux un élan immature. Ces lectures qui bouleversent les certitudes. Qui compromettent les pieuses attitudes. Voilà donc comment la créolité sombre dans la lassitude.

Entre-temps, le vacuum identitaire s?étend au-delà de certains horizons qu?on avait cru indépassables. On nous conte d?autres fables. Unité dans la diversité nous est servie à table. C?est la grande ambition pour une nation qu?expriment nos notables. Une nation insaisissable dans une bêtise inlassable. Des parts de gâteau pour tous. Dans une man?uvre bien louche. Mais ils auront la touche nécessaire pour nous vendre une identité fardée de calculs sectaires à multiples couches.

Aux chercheurs donc de continuer à prendre rendez-vous avec l?histoire. Aux théoriciens d?éviter de nouvelles définitions qui pourraient être cause d?autres déboires. Aux groupes ethniques de perpétuer les tics identitaires. Et à la créolité, il ne reste plus qu?à se taire?

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