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Identity des cadavres dans le placard

27 novembre 2003, 20:00

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Disons-le tout de suite, Identity, film de James Mangold est un excellent thriller, même si on ne peut véritablement parler de chef-d??uvre. Non seulement il est le seul du genre qui, cette année, aura mérité le déplacement, mais c?est aussi le film à suspense qui alimente les conversations longtemps après. L?ennui étant qu?il est très difficile d?en parler de manière extensive sans trop en révéler, ce qui serait fatal au suspense. Ce poème de Hughes Mearns (1875-1965) avec lequel débute le film, est pour donner une idée de ce vers quoi tend le film, mais toujours sans trop en dire. Toujours dans ce même esprit, on pourrait aussi citer Alfred Hitchcock qui disait que, dans un thriller, seules comptent les cinq premières et les cinq dernières minutes.

Au cours des cinq premières minutes d?Identity justement, nous voyons un certain Malcom Rivers, auteur d?une série de meurtres atroces pour lesquels il a été condamné à mort, en train d?être examiné par un psychiatre. Puis, à la veille de l?exécution, un coup de téléphone en pleine nuit chez le juge qui l?a condamné nous apprend que ce criminel va être rejugé. Sans transition, ni aucune explication, le film nous transporte alors dans un motel glauque du Nevada, un motel au milieu de nulle part situé à proximité de routes désertes. Il fait nuit, il pleut des cordes et il y a de l?orage.

C?est à partir de ce moment que l?histoire se met réellement en place. D?abord, le décor est planté : l?endroit est presque à l?abandon, avec une cour jonchée de débris; l?intérieur est miteux avec une télé qui marche plus ou moins et on devine l?odeur du moisi et des cancrelats. Puis, les personnages font leur entrée, en commençant par le gérant du motel (John Hawkes) : davantage quelqu?un de louche (pour un motel borgne, c?est normal) que juste un excentrique et il n?est ni très sympathique, ni très honnête non plus.

Arrivent alors les pensionnaires pour la nuit qui, tout semble l?indiquer, sera plutôt agitée. Il y a la star déchue et son chauffeur : elle, Caroline Suzanne (Rebecca De Mornay) qui s?auto-parodie, est une égocentrique vivant dans son monde à elle et son comportement est carrément dans la caricature; Ed (John Cusack), le chauffeur, est ou prétend être un ancien policier et lit Jean-Paul Sartre, L?Etre et le Néant. Ils amènent avec eux la famille York : George (John C. McGinley), qui semble sortir d?une dépression nerveuse et qui n?est pas utile à grand-chose, son épouse Alice grièvement blessée dans un accident causé par Suzanne et leur fils qui ne dit pas un mot.

Il y a un couple de nouveaux mariés (William Lee Scott et Clea Du Vall) en pleine dispute, la raison de leur dispute semblant justement être leur mariage. Il y a Paris (Amanda Peet), une call-girl qui a décidé de se retirer des affaires, fortune faite. Et, il y a aussi l?Officier Rhodes (Ray Liotta), un policier qui escorte Maine (Jake Busey), un prisonnier enchaîné condamné pour meurtre.

Huis clos

Inutile de préciser que le téléphone est coupé, qu?il n?y a pas de réseau pour les portables et que les routes sont impraticables. On devine la bonne vielle formule classique du jeu de Cluedo mortel dans un huis clos, mais on devine également que ce film ne sera pas un thriller comme en voyant ces ?flash- backs? très brefs et presque déconnectés avec lesquels James Mangold introduit ses personnages et nous présente la situation. C?est une manière aussi économique qu?efficace de mettre le spectateur au c?ur même de l?action.

D?emblée, c?est-à-dire dès le premier meurtre, ce sont John Cusack et Ray Liotta qui mènent l?action. Il y a tout lieu de penser, comme l?affirme un critique, que les deux ont été choisis autant pour l?image qu?ils projettent à l?écran que pour leurs talents d?acteurs. Ray Liotta le fonceur, la brute, agissant toujours d?instinct et généralement sur les nerfs. John Cusack, le type plus ou moins ordinaire qui arrive toujours à surprendre son monde par ses capacités de réflexion et parce qu?il est, dans Identity, celui qui garde la tête sur les épaules alors que les autres autour de lui perdent la leur ? au figuré, pour certains, et littéralement pour d?autres.

Cela donne au début un peu l?impression de regarder un de ces thrillers gore traditionnels avec des personnages aussi typés que les situations sont convenues. Mais juste un peu et seulement au début c?est-à-dire jusqu?au premier meurtre. Car les meurtres ont beau être sanglants, ils sont soit montrés très rapidement, en un éclair, ou alors ils ne sont pas montrés du tout. On nous montre les cadavres et l?effet de ces meurtres sur les survivants. Ce qui vient augmenter la tension et la sensation d?étouffement. Tous ces personnages typés, joués par de véritables acteurs de genre, réagissent plus ou moins comme on s?y attend. Mais ils ont quelque chose en plus, une histoire ou un squelette dans leur placard et c?est à travers les personnages qu?interprètent John Cusack et Ray Liotta que nous les découvrons ? excepté pour la star déchue, parce que l?histoire ne nous en laisse pas le temps ? et que nous nous aventurons sur diverses pistes pour essayer de deviner ce qui se passe dans ce motel. Certains devineront, la plupart s?égareront, tous conviendront que non seulement le scénariste, Michael Cooney aura fait preuve d?imagination pour trouver les fausses pistes destinées à égarer les spectateurs assez imprudents pour se laisser aller à des conclusions hâtives mais aussi qu?il aura également fait preuve de beaucoup de rigueur : ces fausses pistes ont chacune une justification, c?est-à-dire qu?elles s?intègrent totalement au déroulement de l?histoire.

On pense à Hitchcock même si James Mangold ne prétend aucunement nous rejouer Psychose, on pense aussi à David Fincher même si ce n?est pas 7even, et ce n?est pas Usual Suspects non plus, mais on y pense certainement. De bout en bout, Identity garde ce fragile équilibre entre l?effroi du film d?horreur sanguinolent et l?excitation du thriller psychologique, ceci même après que le mystère de ces morts en série ait été éclairci, au moment où les deux histoires se rejoignent. C?est la particularité de ce film c?est aussi sa grande réussite.

Il existe bon nombre de ces thrillers qui parviennent à surprendre dans leurs deux premiers tiers et qui continuent sur pilote automatique jusqu?à une fin convenue. Identity est un des rares à faire l?inverse : avancer sur pilote automatique dans les deux premiers tiers pour nous révéler qu?il y avait en fait un réalisateur aux commandes, et puis? nous étonner purement et simplement, en révélant que l?histoire encore plus tordue que ce qu?on osait imaginer et nous ravir par la même occasion.

Une dernière chose : il y a dans cet article quelques fausses pistes et un indice véritable. Saurez-vous les retrouver et faire la différence ?

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