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Hypnose :
Films, séries télévisées, romans policiers et revues ont souvent décrit la scène : un patient étendu, une ambiance calme? Une voix basse, monocorde, insinuante qui lui murmure : « Vos paupières sont lourdes, vous avez une très grande envie de dormir?». En même temps, le sujet fixe un objet que son interlocuteur place devant ses yeux. Les paupières s?alourdissent, le cerveau devient gourd, la respiration se fait plus profonde? il est sous hypnose !
Tour de magie, sérum de vérité ou sorcellerie : bien des qualificatifs ont été associés à l?hypnose. Les clichés ne manquent pas : ceux d?espions qui finissent par révéler des secrets militaires ou d?individus à moralité irréprochable, soudainement transformés en machines à tuer, programmés par hypnose. Mais ces comparaisons ont souvent faussé le véritable sens du terme.
En fait, le mot, « hypnose », vient du grec « hypnos » qui signifie sommeil. Toutefois, cet état ne consiste pas à être endormi, mais au contraire à modifier la conscience pour porter l?attention sur certains aspects du fonctionnement psychique. Selon le Robert, l?hypnose est un état voisin du sommeil, provoqué par des procédés psychiques, physiques ou mécaniques ou par des médicaments hypnotiques. Quand on est sous hypnose, on se trouve dans un état où notre cerveau et notre esprit fonctionnent différemment de l?état de veille, et cela nous permet de faire des choses difficiles, voire impossibles à exécuter autrement, par exemple, accéder à des souvenirs oubliés, oublier des souvenirs obsédants ou effacer des douleurs.
« L?hypnose est un sommeil incomplet parce que tout en donnant l?impression de dormir, la personne hypnotisée ne dort pas vraiment, elle reste étroitement liée au monde extérieur. Ses rêves ne l?empêchent pas d?entendre la voix de l?hypnotiseur et d?enregistrer tout ce qu?il lui dit. L?hypnose est très mal comprise. On la compare beaucoup à la magie, voire au vaudou ou même à l?exorcisme », assure Poonum Saddul, con-seillère en psychologie et hypnothérapeute clinicienne.
Deux écoles de pensée
Pourtant l?hypnose permet, en théorie, d?atteindre facilement les portes de l?inconscient. Longtemps rejetée dans l?histoire, cette technique a inspiré plusieurs scientifiques. Au XVIIe siècle, Mesmer, magnétiseur et guérisseur, était considéré comme un des pionniers de cette technique. En 1814, sa théorie a été reprise par M. de Puységur, officier d?armée et chercheur, puis par Deleuse.
D?autres chercheurs ont poursuivi des travaux sur l?hypnose, ce qui a alors suscité un certain enthousiasme. Malgré le succès des opérations chirurgicales sous hypnose, la technique a été sujette au mépris. Ce n?est qu?au bout de quelques siècles pour que l?on assiste à un revirement de situation.
À ce jour, on compte deux écoles de pensée. La première se fonde sur la suggestion. Dans ce premier cas de figure, le patient sous hypnose, subit des injonctions verbales, visuelles et corporelles. Par exemple, si l?hypnotiseur suggère au sujet de guérir, il peut y parvenir.
Le deuxième cas de figure, l?hypnose ericksonienne, attribuée à Milton Erickson, sollicite la participation active du patient. Ce dernier est placé dans un état de profonde relaxation et peut, simultanément, s?exprimer librement. Le thérapeute utilise alors un langage symbolique pour guider l?inconscient du sujet et l?aider à trouver lui-même des solutions à ses problèmes.
Couramment utilisée en médecine et en psychothérapie, l?hypnose peut s?avérer efficace pour lutter contre la douleur, se libérer de certaines dépendances comme le tabac, le grignotage, l?anxiété, les troubles de la sexualité et les phobies. Selon Poonum Saddul, on peut également y avoir recours pour traiter des troubles psychosomatiques tels que les problèmes dermatologiques, l?asthme, l?hypertension artérielle, les troubles psychiques comme l?amnésie, l?hystérie, la phobie.
Comment cela fonctionne ? L?hypno-tiseur fait en sorte d?entraîner la fatigue des sens ? la vue, l?ouïe, le toucher ? et s?appuie sur la parole, qui est le véhicule primordial de toute technique de ce genre. C?est alors que le patient entre en transe ou dans un sommeil hypnotique. « Par un mécanisme dont la science ignore tous les tenants, la personne suit à la lettre les suggestions qui lui sont faites. Dans un premier temps, ces suggestions portent exclusivement sur des sensations ou des idées aptes à provoquer l?hypnose, puis, le moment venu, elles ont pour objet des pensées, des résolutions ou des actes déterminés. Par exemple, le thérapeute, dira :?Vous prenez la décision de ne plus fumer et, même si la tentation est grande d?allumer une cigarette, vous ne changerez pas d?avis.? La session terminée, il faut mettre un terme au sommeil hypnotique », explique Poonum Saddul.
Elle ajoute qu?il existe plusieurs techniques pour hypnotiser notamment l?hypnotisme par simple suggestion verbale, l?hypnose avec la fascination par le regard, ou encore avec la fixation d?un objet, placé à une vingtaine de centimètres en avant, ou d?un point. La durée de l?hypnose varie en fonction des troubles du patient. La personne hypnotisée reste la même. Cette méthode n?altère pas non plus les expériences vécues dans le passé.
« Pas question de manipuler la pensée d?autrui »
Peut-on rester bloqué en transe ? En général, aucun sujet ne peut être maintenu dans cet état pour un temps déraisonnable sans sa complète coopération. D?ailleurs, lorsque l?hypnotiseur quitte la situation hypnotique, cela interrompt la coopération interpersonnelle nécessaire à la poursuite de la transe.
Et tout individu peut être hypnotisé. De même n?importe qui peut apprendre cette technique. Auréolée d?un certain mystère, l?hypnose évoque une sorte de pouvoir occulte de celui qui l?utilise sur le patient. Y a-t-il des risques de manipulation ? L?hypnose peut-elle être dangereuse ? La relation entre le praticien et le sujet repose sur la coopération volontaire. Nul ne peut être hypnotisé contre son gré. « Même le meilleur des hypnotiseurs est incapable de triompher complètement de la volonté d?autrui. Parce que cette technique exige un consentement à la fois conscient et inconscient. Donc, il est impossible de se servir de l?hypnose pour faire exécuter un acte incompatible avec les convictions, la ligne de conduite habituelle, d?un individu. Il n?est pas question d?endormir ni de manipuler la pensée d?autrui, encore moins de prendre possession de son esprit », déclare-t-elle.
Selon Poonum Saddul, l?hypnose peut être dangereuse uniquement si l?hypnotiseur n?est pas lui même équilibré, en pleine possession de ses moyens physiques et psychiques : « Cela pourrait être dangereux, mais uniquement si l?on ne sait pas s?en servir, que l?on ignore son fonctionnement ou si l?hypnose n?est pas utilisée pour des raisons thérapeutiques par une personne formée. » D?où l?importance de s?enquérir auprès de professionnels ayant une formation appropriée et pouvant non seulement l?exercer, mais également informer sur son mécanisme.
La motivation profonde du patient
Cela dit, avant d?y avoir recours, il est primordial de faire des examens médicaux pour détecter la source des troubles, et vérifier s?il existe d?autres méthodes de soins comme la chirurgie, par exemple. L?hypnose a aussi des limites.
« Par exemple, dans le cas d?une personne suicidaire ou de personnes ayant des problèmes pathologiques graves comme la schizophrénie, l?hypnose est strictement déconseillée », renchérit Poonum Saddul. Les échecs existent également et l?hypnotisme n?est pas un remède miracle.
A priori, une hypnothérapie suppose une motivation profonde du patient. Par exemple, si un mari a été poussé à y adhérer par son épouse, il a peu de chances de réussir. Mais la plupart des échecs peuvent être évités en parlant avec le thérapeute des difficultés, des peurs que l?on ressent vis-à-vis de l?hypnotisme.
Une thérapie se fait à deux. Donc, la participation du patient est prépondérante. Sans sa coopération, les résultats thérapeutiques peuvent être retardés, déformés et même empêchés. Il faut aussi garder en tête que ce n?est pas le thérapeute qui fait la thérapie, mais le patient. L?hypnotiseur agit comme un entraîneur sportif, il donne des conseils, guide, fait faire des exercices pour développer les ressources qui manquent et supprimer les blocages.
Aujourd?hui, l?hypnose est de plus en plus utilisée dans les traitements contre le cancer, et peut aider les patients à mieux accepter la chimiothérapie. Elle peut être une technique complémentaire aux moyens traditionnels, et même rendre les visites chez le dentiste agréables ! L?hypnose peut permettre de réduire des symptômes ou aider un individu vivant une situation difficile à devenir plus positif. Rendu plus actif grâce à l?hypnose, le patient peut alors opérer les changements qu?il souhaite profondément, au moyen de ressources qui sont les siennes.
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